La mise en valeur du sens propre de la
locution figee : un essai sur les rapports
Paulhan-Eluard
著者名(日)
福田 拓也
雑誌名
東洋法学
巻
53
号
2
ページ
340-324
発行年
2009-12-22
URL
http://id.nii.ac.jp/1060/00000721/
Creative Commons : 表示 - 非営利 - 改変禁止
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La mise en valeur du sens propre de la locution fig6e :
un essai sur les rapports Paulhan-Eluard
Takuya FUKUDA
1. L'Opacit6 de la langue
I1 est juste de remarquer le souci de Paulhan de nier 1'instrumentalit6 repr6sentative du langage, de faire ressortir 1'opacit6 des mots et leur irr6ductibiljt6 la pens6e, ce que fait par exemple M.-P. Berranger( I ) . En effet, Paulhan le r6p te plusieurs reprises
dans les lettres adress6es Eluard ("Et bien plus profond6ment Lil faudrait] que les
mots ne solent plus tenus pour slgnes Inutation des idees ou des choses"( 2 ) ; "Je suis
pr60ccup6 de d6montrer que les mots ne sont pas une traduction des pens6es [..・] mais
une chose eux-memes, une mati re d re'duire, et difficile."( 3 )), comrne dans ses articles
("Les mots s'usent force de servir, et quand ils ont une fois r6ussi ne donnent plus beaucoup d'eux-memes"(4 ) ; "La langue pour lui [le po te] pr6serve son opacit6"( 5 )); la position que r6sume un passage des "Hain-tenys, p06sie de dispute", parus en 1939: "L...]le langage et l'expression ne sont pas un milieu inerte et transparent comme
une vitre laisse au paysage son ordre et ses mesures mais bien un milieu
sp6ci-fique, poss6dant ses lois propres de r6fraction, et qui nous montre 1'envers conune
( I ) De'paysement de l'aphorisme, Jos6 Corti, 1988, p.103-104. ( 2 ) J. Paulhan, Choix de lettres t.1 (1917-1936), Gallimard, 1986, p.30. ( 3 ) Ibid., p.31.
( 4 ) "Syntaxe", Proverbe, no 1, Ier fe'vrier 1920, [p. I].
( 5 ) Jacob Cow le pirate ou si les mots sont des signes, Oeuvres compl tes II, Paris, Tchou; Cercle du livre pr6cieux, 1966, p.140.
La mise en valeur du sens propre de la locution fig e : un essai sur les rapports
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une lentille fait les objets et les personnages chaque 6v6nement de l'esprit."( 6 ) Il reste cependant signaler en quel sens peut s'entendre pr6cis6ment cette"opacit6" de la langue pour Paulhan et Eluard. Autrement dit, il faut connal^tre quel niveau la situer.
Il y a par exemple l'opacit6 Iangagi re au niveau phonique. Peut- tre s'agit-il plut6t
de la pratique d'un Desnos, conune l'observe M.-P. Berranger: "Lutter contre 1'6rosion
de la langue et la transparence du signe c'est bien ce que fait Desnos lorsqu'il d6place les liaisons conventionnelles entre signifiant et signifi6 par ses croisements phoniques
et s6mantiques." ( 7 )
I1 est aussi possible de voir dans la "mati re d re'duire" 1'6v6nement qu'est 1'acte de
discours. C'est ce que fait Nicole Boulestreau, quand elle dit l'instar du Paulhan de "L'exp6rience du proverbe": "Le proverbe a L'6vidence d'un <<6v6nement>>, d'une
r6-fe'rence magiquement produite [...]"( 8 ) . Cette observation est bien fond6e, en cecr que
dans "L'exp6rience du proverbe", Paulhan consid re le proverbe comme "tout autre
chose qu'une phrase donn6e, form6e de certains mots, propre rendre certains faits",
comme "le contraire d'une phrase: un 6v6nement ind6pendant de tous mots, un fait
qu'il s' agit d'exprimer"( 9 ) . Donc, Ie proverbe incarne bien 1'opacit6 de la langue,
com-prometteur qu'il est de la fonction repr6sentative du langage. Mais force nous est de
( 6 ) Les Hain-tenys, Ibid., p.96. ( 7 ) op.cit., p.l02.
( 8 ) Nicole Boulestreau, "...Comme une langue commune: Eluard l'6cole de Paulhan", Litte'rature, no 27, octobre 1977, p.47.
( 9 ) "L'Exp6rience du proverbe", op.cit., p.123. Il est noter que la port6e de cet article ne se limite pas la simple constatation de l'6v6nementialit6 de la phrase proverbiale. Loin de l , paulhan est bien conscient d'une grave cons6quence que cette 6v6nementialit6 implique: Ie retoumement radical du statut de l'6nonc6 langagier: contrairement ce qui arrive dans la relation repr6sentative classique du fait et de 1'6nonc6, c'est l'6nonc6 comme fait, comme chose qui est exprimer par un metalangage. Cette arriv6e d'un fait au milieu de la langue. Paulhan la tient comme un p6ril contre lequel tous les membres d'une communaut6 linguistique doivent tre en mesure de r6agir, en completant cette "maladresse [・・・] inh6rente peut-etre tout langage" au moyen de l'explication m6talinguistique du fait qu'est le proverbe, pour r6tablir et faire survivre le fonctionnement repr66sentatif du systeme linguistique un moment expos6 au danger.
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rappeler que "L'exp6rience du proverbe" est parue en 1925. Dans ces conditions, et 6tant donn6 que notre recherche se limite aux premiers contacts de Paulhan et d'Eluard,
oti des observations du penseur marquait, n'en pas douter, plus profond6ment
1'oeuvre du p0 te, l'article n'entre pas dans notre consid6ration ici. Et cela, d'autant
plus que jusqu'aux alentours de 1920, Paulhan n'est pas parvenu d6gager si nette-ment le caract re mal6fique de l'6v6nenette-mentialit6 du proverbe, capable de nuire la
si-gnification, constituant donc 1'opacit6 du langage.(ro)
Nous pouvons questionner la mat6rialit6 et 1'opacit6 du langage au niveau des rela-tions syntagmatiques entre les mots. Paulhan 6crit de l'illusion qui fonde "les juge-ments conununs sur le mensonge ou la sinc6rit6 : c est savoir que l'on parle sa pen-', '' ,
s6e directement, sans interm6diaires, plut6t que de parler ses mots dont 1'encha^mement et les jeux pourraient, suivant des lois vari6es, donner mille combinaisons 6tonnantes."(n)
Et M.-P. Berranger dit en rendant compte de la pens6e paulhanienne: "L・・・] s'il [Paul-han] tente de rchabiliter l'autonomie du signe linguistique et s'attache <<aux mots
s6-par6s>> de la pens6e, L...] simplement il pr6ne une structure autre qui tiendrait compte
du signe linguistique." (12)
Bien que la demi re de ces trois interpr6tations de l'opacit6 des mots nous int6resse plus que les deux autres, nous ne l'adoptons pas non plus, en ceci qu'elle ne tient pas
suffisamment compte du caract re tr s particulier de la notion paulhanienne de
l'opacit6 Iangagi re. A notre sens, il est n6cessaire de la r6examiner en la remettant
dans le contexte de la pens6e paulhanienne de l'6poque, ce que nous ferons en
analysant l'article paru dans le no 15 du Nord-Sud (mai 1918).
(10) Certes, d s Les Hain-teny merinas de 1913, Paulhan rel ve 1'opposition entre "une force et une autorit6" des proverbes et "le sens des mots" des phrases non-proverbiales (p.74), sans pour autant d6finir le proverbe comme un fait, un 6v6nement.
(11) Jacob Cow le pirate, op.cit., p.30. (12) op.cit., p. 103.
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CTakuya FUKUDA]
2. L'interpr6tation litt6rale de la locution fig6e
Nous aborderons ici 1'article de Paulhan paru dans le no 15 du Nord-Sud (mai 1918), parce qu' nos yeux, c'est pr6cis6ment la r6flexion sur le lieu commun de ce texte bref
qui oriente la pratique 6luardienne de la transformation de la locution fig6e. D'ailleurs, la diffe'rence de la traduction prefac6e des hain-teny, publi6e en 1913, et dont la
lec-ture ne peut pas tre dat6e (avant de contacter Paulhan ou apr s?), Ie texte de 1918 qu'Eluard a pu lire a le m6rite de pouvoir expliquer m me le retournement du clich6
effectu6 par lui en 1918, que nous avons de';j examin6.
Comme le montre le titre ("Le reproche que l'on fait aux lieux conrmuns ne tient pas
debout; et ce qui s'en suit"), l'objectif de cet article consiste, premi re vue, rendre
manifeste l'infond6 du reproche aux 6crivains qui utilisent des lieux communs. Mais en feignant ainsi de d6fendre des 6crivains comme Henry Bordeaux et Georges Ohnet, il tente de faire ressortir une probl6matique beaucoup plus fondamentale qu'implique le
lieu commun.
I1 pr6cise d'abord le statut lexical du lieu commun: en prenant des exemples de ces deux auteurs ("Henry Bordeaux, je suppose, 6crit: c ' tait une brune piquante. Ou Georges Ohnet: si l'on eat vu ce coucher de soleil sur un tableau, l'on eat cri d l'infid lit du peintre."), il montre que la locution fig6e peut tre pens6e comme une
unit6 Iexicale:
S'ils ont us6 d'un lieu commun, c'est donc qu'ils avaient 1'habitude de dire la
phrase, 1'entendre, l'6crire: ils la pensent facilement, tout d'une pens6e. Et sans plus d'effort que n'en exige splendide ou gracieuse, ni de temps, ils emploient cet
autre mot, cette autre cat6gorie brunepiquante ou coucherdesoleilquesionlevoyaits
uruntableauondiraitquecen ' estpasvrai . (13)
(13) Nord-Sud, no 15, mai 1918, [p.3].
東洋法学 第53巻第2号(2009年12月) 39 Ainsi Paulhan a pu conclure1’impertinence de la critique envers ces auteurs:ils uti− lisent le clich6tout comme ils6crivent les mots qui1’entourent;alors pourquoi criti− quer le recours aux mots?Mais il va de soi que1’essentiel est ailleurs(“Le reproche absur(1e n’en est que plus int6ressant”):partant de cet argument,Paulhan est amen6a observerdeuxtypesdelecturedel’expressionfig6e,1’uneattribu6eiciaOhnet,rautre a Jules Lema↑tre qui a reproch6a celui−ci d’avoir us6du lieu commun: Lema父tre qui lit le lieu−commun d’Ohnet,s’il le lisait aussi nat皿ellement qu’Ohnet1’a6crit,ne remarquerait pas(iavantage cette phrase que la phrase ou le mot d’註c6t6.Mais il faut imaginer qu’il la d6taille d’abord et en quelque sorte r6pさ1e:soleiL.盛c’est un coucher de solei1..tableau−Ainsi commence−t−il par en 6garer le sens v6ritable,1e sens un qui n’a rien註voir avec ce coucher et ce tableau. 11y va(ionc de1’oPPosition entre deux attitudes interpr6tatives(1evant la locution fi− g66e,dont1’une consiste註n’y voir qu’un mot qui renvoie au sens figur6et d6not6,de− vem usuel et propre,prescrit par le systらme,et1’autre consiste a y voir au contraire le sens litt6ral et comot6,0riginairement propre mais oubli6aujourd’hui,ou plutδt le va− et−vient entre les deux sens. De ce passage qui condense plusieurs616ments importants,il convient de remarquer d’abord ce qu’i1(10it aux linguistes comme Br6al et Darmesteter(14).Br6al affirme註 plusieurs reprises la primaut6dans la locution fig6e de1’ensemble des mots sur chacun des mots(lui le composent,consi(16r6s comme“partie[s]int6grante[sl(run ensemble” (“[。..],dさs que le mot est entr6en une fomule devenue usuelle,nous ne percevons plus que la formule”(15)1“Une fois encadr6dans une locution,le mot perd son indivi(luali− t6”(16)1“Aussit6t qu’un mot est entr6(1ans une locution,son sens propre et individue1 (14)M.一P.Berranger a d6ja remarqu61’inHuence de ces deux linguistes surPaulhan。op.6’1,,p.100−103. (15) Michel Br6a1,E5鋤4ε54〃撚吻肥.9science des significations,Hachette,1904,p.294. (16)1わ∫4。,P.295. (336)
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est oblit6r6 pour nous"(17)). Dans ces conditions, une lecture mot mot de 1'expression
fig6e contredirait son sens g6n6ral (par exemple, dans la locution que mentionne Br6al:
"faire un pied de nez"), en ceci qu'elle restaurerait 1"'existence personnelle" des mots.
Donc, chez Br6al aussi, bien que montr6es implicitement, il y a les deux lectures
oppo-s6es: Iitt6rale et m6taphorique.
Darmesteter parle, quant lui, dans la perspective de la m6taphore lexicalis6e,
consi-d6r6e dans le processus de sa formation. Apr s avoir defini la m6taphore comme "une
figure par laquelle 1'esprit applique le nom d'un objet un autre, gr ce un caract re commun qui les fait rapprocher et comparer"(18) , il retrace la formation de la m6taphore
us6e, con9ue en deux 6tapes:
Le processus de la m6taphore comprend deux moments: 1'un oti la m6taphore
est encore visible, et o le nom, en d6signant le second objet, 6veille encore l'image du premier; l'autre oti, par oubli de la premi re image, Ie nom ne d6signe
plus que le second objet et lui devient ad6quat. (19)
I1 est peine utile d'insister sur le fait que le texte de Paulhan pr6suppose cet
argu-ment sur le processus de lexicalisation de la m6taphore, "cet oubli de la signification
premi re". Cela est surtout visible en ce qui concerne 1'exemple de H. Bordeaux:
"c'6tait une brune piquante". Ici, il est plus question de 1'adjectif "piquante" qui
fonc-tionne comme m6taphore lexicalis6e que de 1'6nonc6 entier. S'il en est ainsi, et 6tant
donn6 que "les m6taphores mortes ne sont plus des m6taphores, mais qu'elles
s'adjoignent la signification litt6rale pour en etendre la polys6mie"(20) , on peut arse
ment comprendre que Bordeaux 6crit le mot "piquante" non comme une m6taphore, un
(17) Ibid., p.296.
(18) Ars ne Darmesteter, La Vie des mots : 6tudi6e dans leurs significations. Paris. Champ libre, 1979, p.5 1 . ( 19) Ibid., p.60.
(20) Paul Ricoeur, La Mdtaphore vive, Seuil, 1975, p.368.
東洋法学 第53巻第2号(2009年12月) 41 “1ieuco㎜un”,maisentantqu’uneunit61exicaleco㎜elesautres,etquesiLemaftre voit dans le“piquante”un lieu commun,c’est−a−dire une m6taphore,il tient compte(1u sens litt6ral du mot,donc,peut−etre le rapport entre les deux significations。Il en va(1e meme pour rautre exemple,et cela d’autant plus que Paulhan tient cette s6quence rela− tivementlongueco㎜eunmot.Ainsi,ilestincontestablequラilenvisageleprob1さme du syntagme fig6dans l’optique de la m6taphore morte dont la fomation qu’est le pro− cessus de1’usure6tait61ucid6e par Darmesteter。D’ailleurs,n’oublions pas que ce demier6voquait d61註deux lectures oppos6es de la m6taphore morte: [...]lesexpressionsfigur6espeuvent,pource貫ainespersomes,deparlacata− chrらse,etre(levenues(1es expressions a(16quates(1’objets nouveaux,alors que pour d’autreselles・ntc・nserv6t・utelatransparencedeleurvaleur6tym・1・gique.(21) 11estゑsouligner(lue pour Darmesteter,1’usure de la m6taphore6quivaut註 1’effacement du rapport entre le sens propre et le sens figur6:“[一.j c’est la catachrさse qui,a la longue,efface dans toute figure le premier temle du rapprochement et avec lui tout rapprochement.”(22)Autrement dit,voir(lans la m6taphore le sens litt6ral revient n6cessairement a etre conscient de la double signification,1e rapport conflictuel entre les deux sens de la s6quence(“Sans cet oubli,1a d6signation nouvelle reste toujours double,encha↑n6easaracine”(23)),puisquelesensfigur6estc・d6,1exicalis6,et,en
cons6quence,cens6connupartousquiapPa丘iementauneco㎜unaut61inguistique・
Il serait donc justifi6de voir dans le personnage paulhanien du type Lemaitre“le con− flit de deux interpr6tations:1’une,n’utilisant que des valeurs(16ja lexicalis6es,suc− combe a1’impertinence s6mantiquel rautre,instaurant une nouvelle pertinence s6man一 (21)・P.c’‘.,P.64−65. (22)Z耀。,P.64. (23)1耀.,P.65. (24)P、Ric・eur,・P.・〃.,P.369. (324)La mise en valeur(lu sens propre(le la locution fig6e un essai sur les rapPorts 42 Paulhan−Eluard 〔Takuya FUKUDA〕 tique,requiert du mot une torsion qui en d6place le sens。”(24)S盒rement,il en est ainsi s’agissant de Lemaitre,puisqu’il peut d6noncer le lieu commun,en reconnaissant la
m6taphoremorteco㎜em6taphore。
Mais,au moins,tant que nous lisons le texte en question,nous ne pouvons pas trancher la−dessus.Car au passage que nous avons cit(多succさ(ient ces lignes qui parais− sent un peu contradictoires avec les pr6c6dentes,comme si le personnage a(10ptant la lecture litt6rale du lieu commun6tait dot6d’un statut ambigu ou scind6en deux: Tout comme le malheureux commergant,dont on conna父t1’histoire et qui ne com− prenait plus rien aux trois quarts des mots p&rce qu’il s’6tait laiss6aller plusieurs jours a consid6rer et r6P6ter a part leurs lettres et syllabes。Or il le[le sens un]re− trouve par la suite et d6gu:《Tant de mots pour si peu de sens》,se plaint−il. Que n’a−t−il remarqu6tout de suite qu’il n’y avait pas plus d’un mot?C’est quelelieuco㎜unnelui6taitpasassezhabitue1,n61顧細sα3s麟8那co配耀n。
Lorsqu’il ajoute:《c’est vous qui avezρ6ns61e lieu commun》que fait−il que de rejeter sur Ohnet sa propre br6vue。 Quant a la demiらre phrase,il n’y a pas de prob1さme:il s’agit du critique qu’est le Lema貧tre qui peut discemer le double sens de la m6taphore et critique Ohnet qui,1ui, n’a pens6que des simples entit6s Iexicales。Or il n’en va pas de meme pour Ie“ma1− heureux commergant”.N’est−il pas quelqu’un qui n’est pas un critique,meme pas un homme ordinaire,puisqu’il ignore ou feint ignorer le sens lexicalis6,prescrit par la langue,du clich6,condamn6par la a un certain“d6faut d’esprit”(25),comme dira Pau− 1han。En d’autres temles,il est un d6codeur qui veut rester dans“1’impertinence s6man− tique”,au niveau du sens propre devenu innacceptable(lans le contexte,sans chercher “une nouvelle pertinence s6mantique”au niveau du sens figur6,meme s’il est lexicali一 (25) “Jacob Cow le pirate”,op.o〃.,p.140. (333):
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s6, devenu un s6m me qui contribue la polys6mie du mot. Ce personnage qui se re-fuse lire le sens m6taphorique du mot ou de la s6quence, ou qui en est simplement in-capable n'est pas sans nous rappeler "les 6trangers" de Br6al(26). Mais surtout, il
r6appara^rtra en 1919 (dans l'article: "De la recherche des m6taphores ou le tailleur chi-nois") sous la figure des enfants, des 6trangers, du p0 te. C'est que cette attitude, pour ainsi dire, d'un illettr6, vraisemblablement Paulhan la pr6conisera. Nous y reviendrons.
lci, il suffit de faire allusion au fait que cette image de 1'ignorant qui "ne comprend plus rien" et pour qui le lieu commun n'est pas assez lieu commun constitue un lien
es-sentiel entre Paulhan et Eluard.
Ainsi, nous sommes conduit penser que la lecture litt6rale du lieu commun est ca-pable de compromettre son sens cod6, donc, Ie syst me linguistique en g6n6ral. Rap-pelons le texte de'j cit6, surtout cette phrase "Amsl commence t il par en egarer le
sens v6ritable, Ie sens un qui n'a rien voir avec ce coucher et ce tableau." La port6e de cette constatation ne nous semble pas n6gligeable: on ne saurait trop souligner la di-mension subversive et destructive sur le plan de la repr6sentativit6 Iangagi re de cette
attitude interpr6tative qui ne cherche pas r6soudre la contradiction s6mantique. Ici s'annonce en effet, ne fu^t-ce que sourdement, Ie th me majeur que Paulhan d6velop-pera apr s, par exemple dans Jacob Cow (27) ou surtout dans L'Exp rience du proverbe
le p6ril inh6rent au langage de la repr6sentation langagi re meme.
Corr6lativement, Ie d6codage litt6ral du lieu commun suscite le d6sordre en mati re r6fe'rentielle. Car 1'incoh6rence s6mantique au niveau du sens litt6ral correspond
l'abolition de la r6fe'rence litt6rale. Par cons6quent, on peut dire que l'essentiel de cette
forme d'interpr6tation consiste demeurer dans la ruine de la vraisemblance
r6fe'ren-tielle sans tenter de chercher au niveau m6taphorique un r6fe'rent nouveau. S ' il en est
(26) "Aussit6t qu'un mot est entr6 dans une locution, son sens propre et individuel est oblit6r6 pour nous. Ces sortes d'incoh6rence frappent habituellement les 6trangers plus que nous, surtout s'ils ont appris la langue non par l'usage, mais par des m6thodes scientifiques." (op.cit., p.296.)
(27) op.cit., p. 1 33.
La mise en valeur du sens propre de la locution fig e : un essai sur les rapports
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ainsi, on comprend ais6ment qu'Eluard intitule le petit texte consacr6 paulhan "Jean Paulhan le souterrain". Et on constatera que toute une partie de l'activit6 p06tique
d'Eluard ne cessera d' tre motiv6e par des cons6qences de cette attitude interpretative.
Maintenant que nous avons d6gag6 Ie caract re mal6fique de 1'interpr6tation litt6rale de 1'expression fig6e, susceptible de d6r6gler la signification en g6n6ral, nous sommes en mesure de definir 1'opacit6 du signe linguistique, th me paulhanien par excellence:
c'est pr6cis6ment le sens litt6ral de la locution laiss6 dans son incoh6rence s6mantique
que veulent dire I opacite de la langue les mots consrd6r6s comme "une chose", "une
mati re d re'duire, et difficile". Certes,"les mots s'usent force de servir, et quant ils
ont une fois r6ussi ne donnent plus beaucoup d'eux-memes", si l'on tient "les mots"
comme sens propre de la m6taphore morte ou du syntagme fig6. Ce probl me de
1'opacit6 Iangagi re doit etre envisag6 en fonction du contexte dans lequel s'6crit l'article de Paulhan, plus pr6cis6ment, de sa prise de position envers Br6al et
Dar-mesteter. Nous avons vu ce que doit cet article aux deux linguistes : au premier, Ia notion
de primaut6 de 1'ensemble de la locution sur ses composants; au dernier, Ie concept de formation en deux temps de la m6taphore morte et les deux attitudes interpr6tatives qui
s'ensuivent, mais cela, il faut le pr6ciser, pour les r6futer finalement. En effet, en lisant
Essai de se'mantique et La Vie des mots, on est frapp6 par 1'id6alisme tenace de ces deux linguistes en mati re du langage(28)(Br6al:"Ce n'est pas le mot qui forme pour
notre esprit une unit6 distincte: c'est l'id6e", p.294; "Les mots, a-t-on dit avec raison, sont des verres qu'il faut polir et frotter longtemps, faute de quoi, au lieu de montrer les
choses, ils obscurcissent", p.303, 6nonc6 auquel Paulhan doit penser chaque fois
qu'il 6voque 1'opacit6 du signe. Darmesteter: "Le mot est le serviteur de l'id6e; sans id6e, point de mot; ce n'est qu'un vain assemblage de sens. Mais 1'id6e peut exister
sans mot; seulement elle reste dans l'esprit, l'6tat subjectif, et ne fait point partie du langage", p.40, etc.). C'est donc en r6action contre le parti pris id6aliste de Br6al et de
(28) M.-P. Berranger l'a de'j not6 s'agissant de Br6al. op.cit
(331)
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Damesteter qui s ' occupent de tenir compte uniquement de la signification cod6e, que
Paulhan insiste sur l'opacit6 des mots.
Parvenu ce stade de r6flexion, nous pouvons r6sumer notre lecture de ce petit arti-cle (pourtant capital) de Paulhan: Ia distinction des deux modes de d6codage du lieu
comnmn, desquels il tente de faire ressortir soit le rapport conflictuel, soit le d6codage
litt6ral, implique les enjeux graves s'agissant de la fonction s6mantique du langage: contradiction non r6solue au niveau du sens propre laquelle correspond la ruine de la
r6fe'rence litt6rale, d6n6gation du sens cod6 qui s'ensuit, et par la encore, d6r glement
possible de la repr6sentativit6 Iangagi re en g6n6ral que m6taphorise le th me de
1'opacit6 des mots.
Il est noter que Paulhan englobe dans cette cat6gorie de locution fig6e non seule-ment le lieu commun propreseule-ment dit mais aussi des autres types de s6quences fig6es: "ces lieux communs, phrases toutes faites, proverbes et toute cette couche sup6rieure des mots". Si Paulhan ainsi qu'Eluard choisissent l'ensemble de ces 6nonc6s fig6s,
c'est qu'il constitue un lieu privil6gi6 oti la "maladresse [...] inh6rente peut- tre tout
langage" apparaft le plus manifestement, oti la signification cod6 peut se de'jouer le
plus facilement sous pr6texte de respecter le sens propre, en ceci que ce genre de
locu-tion est lexicalis6 et conserve en m me temps la m6moire d"'une premi re
trou-vaille"(29) , de la tension m6taphorique entre les deux significations.
3. La pr6face aux Ne'cessite's de la vie
Avant d'entamer une analyse de quelques applications par Eluard de l'observation de Paulhan, envisageons la pr6face par Paulhan aux Ne'cessite's de la vie, texte
herm6-tique dont la lecture sera peut- tre facilit6e par notre approche de 1'article de 1918, telle
que nous 1'avons tent6e. Car, nos yeux, c'est pr6cis6ment ce texte qui r6sume le mieux ce qui lie Paulhan et Eluard.
(29) Pr6face aux Ne'cessitis de ia vie. Paut Etuard. OEuvres compl tes, t. I [Paris], Gauimard, "Bibhoth que
de ta Pl6iade", 1968 (en abr6g6 : I ), [p.55].
La mise en valeur du sens propre de la locution fig e : un essai sur les rapports
CTakuya FUKUDA]
46 Paulhan-Eluard
Comme dans le texte de 1918 Paulhan part d une "erreur", cette fois celle de V. Hugo, Mallarm6 et Mme Mathieu de Noailles pour envisager la pr6carit6 du sens des mots :
[...] les mots, Ioin qu'ils portent gout, odeur ou musique, Ie sens m me ne leur est pas une propri6t6 tellement assur6e qu'ils ne la laissent aller aussit6t que 1'6crivain
les n6glige, ou les accueille sans brutalit6 d'esprit, ou bien encore ne tient pas
compte de leurs veines, fil et sorte particuli re de r6sistance.( I, [p.55])
On peut probablement interpr6ter ce passage en fonction de la probl6matique
br6a-lienne (et paulhanienne) de la supr6matie du "sens un" et figur6 de l'ensemble de la
lo-cution sur le sens de chacun des mots composants. Bien que Paulhan ne limite pas ici
les mots ceux de 1'expression toute faite, il est ind6niable qu'il y va d'un ph6nom ne
analogue: Ie sens des mots, n'est-il pas consid6rer comme leur sens propre, oubli6 dans l'emploi locutionnaire prescrit par le code, que des 6crivains comme Bordeaux et
Ohnet peuvent certainement "n6gliger", et qul constitue une "sorte particuli re de
r6sis-tance" la signification, tout comme les "vemes" et le "fil" d'une prerre obstruent la transparence propre aux "verres" br6aliens qui m6taphorisent les mots?
Il est donc facile de comprendre qu'autour des mots se creuse une sorte de "vide",
absence de leur existence propre, oubli de leur sens litt6ral. Mais s'agissant plus
par-ticuli rement de "cette couche sup6rieure des mots", des formes fig6es comme le
pro-verbe et le clich6, Ies chose deviennent plus complexes:
Pour les proverbes, exemples et autres mots jamais marqu6s d'une premi re
trouvaille, combien ce vide autour d'eux les fait plus absurdes et purs,
pareille-ment difficiles inventer, maintenir. J'aime que Paul Eluard les re90ive tels, ou
les recherche. Ensuite commencent ses p0 mes.
東洋法学 第53巻第2号(2009年12月) 47 La“premi己re trouva皿e”veut dire pr6cis6ment la naissance d’une m6taphore,origine congue comme conflit pemlanent entre le sens litt6ral et le sens figur6,1e sensible et rintelligible.Donc,a cause de cette marque de1’origine qui permet(lue le sens litt6ral de la locution toute faite ne soit pas totalement oubli6,1e“vide”qugest Ie sens m6ta− phorique lexicalis6ne peutrendre les mots composant la locution que“plus absurdes et purs”(que les autres mots),en ce sens qu’ils sont plus visiblement et plus ais6ment ir− r6ductibles(en raison de rexistence de leur sens litt6ral,1ui aussi lexicalis6)au sens figur6et cod6,et parviement par la a conserverune partie d’eux−memes leur opaci− t60u mat6rialit6 ,ainsi qu’a avo廿un effet de non−sens。En plus de cela,ils sont “pareillement”(peut−etre aux autres mots)“difficiles a inventer”,en ce que les clich6s tout comme les mots sont cens6s lexicalis6s,et“a maintenir”,dans la mesure oU ils sont sujets a1’usure。Et Paulhan affirme qu’Eluar(1partage cette vue sur le syntagme fig6et vajusqu’a dire qu’elle constitue le point de d6part de ses poらmes.Lajustesse de cette remarque(1e Paulhan sera prouv6e plus tard。 Il faut avouer que notre lecture ne constitue(lu’une tentative d’interpr6tation qui n’exclut pas d’autres Iectures.A ce point,ce texte reste6nigmatique,irreductible a une interpr6tation univoque,Mais nous pensons que1’essentiel a6t6d6gag6:pour Paulhan tout comme Eluar(1,la locution fig6e constitue un point faible du langage oU en raison de la m6moire conserv6e de la“premiさre trouvai11e”,1e sens litt6ral est toujours sus− ceptible d’obstruer le renvoi au sens lexicalis6et cens6unique. 4.Le proc6d6d’EIuard Nous tirerons des“Exemples”(30)et(1es“N6cessit6s de la vie”,1e premier ensemble de la seconde partie du recueil de1921,quelques exemples en mati色re de1’application par Eluard de1’observation paulhanienne de la mise en valeur du sens propre de (30) Le titre meme est d’inspiration paulhanieme:rappelons que les“exemples”figurent parmi quelques appellations que domaient les merinas aux hain−teny.Voir J。Paulhan,乙8s Hα’碗6ny’nεr’nα3:po6sies populaires malgaches/recueillies et traduites par Jean Paulhan,Paris,Paul Geuthner,1913,0P.oiL,P2. (328)
La mise en valeur du sens propre de la locution fig6e : un essai sur les rapports
48 Paulhan-Eluard CTakuya FUKUDA]
1'6nonc6 fig6. Nous ne tenterons nullement une 6tude exhaustive des transcriptions de
l'6nonc6 fig6 chez 1'Eluard de cette 6poque. Notre ambition se bornera ici illustrer ce
que nous avons avanc6 du point comnmn de la recherche de Paulhan et celle d'Eluard. Pour accentuer le sens litt6ral du segment 6noncif fig6. Eluard recourt un proc6d6
tr s simple: 1'employer le plus souvent sans le transformer, mais cela, dans le contexte qui incite le lecteur tenir compte du sens litt6ral ou le va-et-vient entre les deux sens.
Nous constatons deux types d'emploi de la locution toute faite: emploi partiel et
int6-gral .
Au premier genre appartiennent les 6nonc6s suivants :
"Mort,/ Les belles dents, mais les beaux yeux immobiles, /Fixes !" ("Quatre gosses", I, Lp.57]): Ia structure s6mantique du p0 me introduit la locution "manger
belles dents" qui s'ajouterait aux lex mes "gourmand" et "avaler" renvoyant
l'isotopie de la gourmandise; mais l'6limination du verbe qui fait naitre le syntagme nominal "les belles dents" et le contexte qui le fait pr6c6der un autre syntagme de la
structure identique "les beaux yeux" mettent en relief le sens litt6ral de chaque mot de la locution; il s'ensuit que la s6quence "les belles dents" forme un lieu oti se croisent et
se heurtent deux isotopies qu'on peut dire oppos6es: isotopie de la gourmandise
qu'impose la m6moire subsistant du "sens un" de la locution et celle de la partie du
ca-davre dont les composantes sont "les belles dents" et "les beaux yeux", opposition
cor-respondant celle entre la vie et la mort que r6p tent les vers suivants: "Quelle mouche
de sa vie / Est la m re des mouches de sa mort ?" [nous soulignons].
"Bouche 16g re sous la tete lourde" ("Quatre gosses") Ia "bouche legere" ren
voie au clich6 "avoir la t te 16g re", et celul-ci, "avoir la t te lourde" par l'opposition
lexicale 16ger/ Iourd; Ie verbe 6tant 6galement rejet6, et par l les mots composants
lib6r6s du "sens un" de la locution, Ie syntagme nominal "la t te lourde" peut se lire
lit-t6ralement, formant avec la "bouche 16g re" l'isotople de la caractensuque physlque de l"'enfant sage"; il n'empeche que la s6quence conserve le caract re n6gatif du sens
fi-gur6 de 1'expression fig6e "avoir la t te lourde" et contribue avec I ' opposition lexicale (327)
:
i 53
i 21 * (2009 F 12 l) 49
16ger/ Iourd la formation de la structure oppositive du p0 me, savoir, d'une s6rie
des 616ments n6gatifs qui ont comme isotopie 1'ensemble des traits physiques de
" " , fixes", en opposition avec
,, '' ,' ''
immobiles"I'orphelin": "sale", "nuit d'hiver , mort ,
l rsotopre posrtrve de la fleur que "le gourmant" asslnule "odorante", "rose", "I6g re". Donc, Ia mise en relief du sens propre du clich6 fait ici partie int6grante du processus
signifiant g6n6ral du p0 me.
"Ce coeur plus gonfl6 que les vitres" ("Dormeur", I, p 62) Le lexeme "coeur" conduit l'expression "avoir le coeur gonfle" Ia suppressron du verbe "avorr" et l'ajout de la comparative avec le marqueur met le "coeur" dans le monde des objets au
m me titre que "les vitres"; ainsi est soulign6 Ie sens propre et concret de la s6quence
"coeur gonfl6" et du mot "coeur" aux d6pens du sens figur6 et g6n6ral de la locution,
,, ''
comme le disent ces vers de "ce coeur en sommeil": "Un coeur se debarrasse/ De
tout ce qu'il ignore".
La deuxi me cat6gorie r6unit les
1'usage int6gral de l'expression toute faiteexemples suivants:
"L enfant regarde la nurt de haut" ("Cantique", I, p.70), s6quence dont la
locu-tion "regarder de haut" peut se lire au sens de "m6priser", Ie sens que la remarque m6-talinguistique qui la suit d6conseille pourtant de choisir, en mettant "I'enfant" dans
l'isotopie laquelle appartiennent 1'avion et l'oiseau, isotopie de ce qui vole haut: "(Ne croyez pas aux avions, aux oiseaux,/ Il est plus haut)".
"A Ia bonne heure" ("Vraf', I, [p.75]); il faut tenir compte du contexte pour comprendre l'ambigult6 que pr6sente cette locution dans ce p0 me en prose: il com-mence par une note de l'heure qu'il est ("Huit heures, place du Ch telet, dans ce cafe'
ou les charses ne sont pas encore rangees [...]"); cette heure du petit matin est mise en
contraste avec "le soir sec", "tous les gracieux sillages des bonnes sant6s obscures",
enfin, avec l'abus de la vie; dans ces conditions, rien d'6tonnant ce qu'on soit incit6 lire la locution toute fairte de l'6nonc6: "A Ia bonne heure, on n'abuse pas de la vie ici!"
un peu conune "de bonne heure"; n'est-il pas au moins possible de lire le mot "heure" (326)
La mise en valeur du sens propre de la locution fig6e un essai sur les rapports 50 Paulhan−Eluard 〔TakuyFa FUKUDA〕 aU SenS litt6ral? “Je suis dans tous mes6tats”(“Les且eurs”,1,p。76),6nonc6que Gue両explique pertine㎜ent(31).Iciaussi,1econtextenousinciteaunedoublelecture:1itt6raleet且一 gu「ee・ Laremarque de Guedj nous6claire sur lem6canisme de cetusage int6gral du clich6: [_]1’utilisation du clich(多tout a fait banal nous renseigne sur la volont6du poらte de conserver a1’expression son sens habituel tout en redonnant a chacun des616− ments qui la constituent ce sens qu’ils ont lorsqu’ils sontemploy6s isol6ment dans d’autresc・ntextes,etquelac・h6si・ndugr・upelexicalis61euravaitfaitperdre.(32) Nous constatons donc(lue les(ieux utilisations du clich60nt ceci de co㎜un que tous les deux l’emploient dans le contexte qui impose une isotopie a laquelle appartien− nent un ou deux mots du clich6en(luestion,mais qui ne pr6sente pas(ie parent6s6− mantique avec son sens g6n6ral et lexicalis6。 Alors,pourquoi le lieu commun?Quels sont les enjeux(1e cette pratique?A notre sens,il y a deux616ments qui d6teminent1’usage61uardien de la locution toute faite。
Nousavonsd司amentionn6aplusieursrepriseslepremier616ment:lelieuco㎜un
constitue un lieu privi16gi60むpeuvent se d6jouer sans(lifficult61a signification et meme la fonction repr6sentative en g6n6ral au proflt de1’ind6cidabilit6et de la tension m6taphorique、On retrouve l註tout ce qu’implique le thさme paulhanien de l’opacit6de la langue。Le second facteur para↑t proprement61uardien et meme contra(1ictoire avec (31) “Si le sens《etre en col己re》est pr6sent dans l’expression,il nラen reste pas moins que6嬬dans ce po6me dadaifste,renvoieゑr6tat de ce qui est(ノ’α’9麗’nz6αn5)et de ce qui n’est pas(ノεη’α’Pαs9μ’nこ8αn5)ou ce qui n’est plus(ノ6r診v84召66ゐαzμ,460εノo〃〃10n464召ρεr’638オ4’h8rわθs voJ(56s)’7,RαPρoπ38n‘76 伽餌吻尻8α脚吻配64召」’6碗膨伽4∫4sch8z4’v6君5po伽sα吻s卿c’αZ8鷹配4απs1’06配v陀4εPα㍑J EZ麗α顧ゴ,th色se doctorat d’6tat,Provence,1982,P.352. (32〉1施.,P.352. (325)東洋法学 第53巻第2号(2009年12月) 51 une certaine tendance de la pens6e paulhanienne:son aspect disons“soute∬ain”。Elle se r6sume comme ceci:6tant(10nn6que le lieu commun est g6n6ralement un genre d’6nonc61exicalis60u du moins quasi−lexicalis6,il a n6cessairement un caractさre com− mun et collectif,partag6en principe par tous les membres d’une communaut61inguis− tique.Rappelons la fomlule typiquement61uardiennel“un langage charmant,v6ritable,