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BRANCHE XV2: Tybert et les deux pretres I Analyse de la branche:

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(1)

Le Roman de Renart, branches XV2 , XX, XXI, XVIII, XIX edition critique d'apres les manuscrits C et M ... (2)

— notes et etudes —

Naoyuki FUKUMOTO

BRANCHE XV2: Tybert et les deux pretres I Analyse de la branche:

1) Prologue (v.1-3)

Tybert le chat, dont je vous ai raconte l'aventure, n'a pas peur de Renart du tout et it ne veut avoir ni treve ni paix avec lui.

2) Les deux pretres qui veulent attraper Tybert (v.4-94)

v.4-8: Les deux pretres, Rufrengiers et Turgis, sont sur la route du synode. L'un monte une jument a taches blanches, l'autre un cheval.

v.9^-69: Les deux voient Tybert le chat et, avant de l'avoir pris, ils commencent a vendre la peau de Tybert; Rufrengiers veut lui garder la peau en entier pour en faire une toque, tandis que Turgis exige 1a moitie de la valeur estimee .

v.70^-94: Rufrengiers, pour attraper Tybert, s'approche de la croix ou Tybert etait monte; pour l'atteindre, it se met debout sur la selle . Tybert , voyant qu'il s'approche, se herisse de colere, lui crache a la figure, saute sur lui , lui egratigne le visage de griffes et le fait tomber par terre a la renverse; it s'evanouit a deux reprises.

3) Tybert le cavalier (v.95-120)

Tybert saute sur la selle,le cheval se retourne en hate et regagne la maison d'ou it etait parti. La femme du pretre coupait du bois dans la cour; le cheval la heurte et la fait tomber a la renverse. Quand elle voit Tybert sur la selle, a la place de son mari, elle croit

que c'est le diable.

4) Rufrengiers blesse rentre chez lui avec son confrere Turgis (v.121"-l58)

v.121 140: Rufrengiers blesse, revenant de la pamoison , appelle son confrere Turgis et lui dit que ce n'etait pas un chat,mais le diable qui les a attaques ,et c'est qu'ils sont ensor- celes. I1 se met a reciter le Kyrie, le Credo, le Miserere , le Pater Noster et la Litanie des

Saints, assiste par Turgis.

v .141--- 158: Rufrengiers, accompagne par son confrere Turgis , rentre chez lui et raconte a sa femme qu'il a rencontre le diable qui les a ensorceles et qu'il a pu en echapper

avec peine.

Cette etude est subventionnee par le Ministere de l'Education Nationale du Japon.

W XARfi -att~`if,~`P~-~. (A)

(2)

II Corrections - a nouveau -

Pour les 158 vers de la Br. XV2 , nous avons du corriger 6 vers en 7 endroits.

Les corrections sont faites:

1) dans 5 cas ou le texte est obscur ou illogique: v.6-2, 44 (aussi pour raison grammaticale),

53, 103, 126.

2) dans un cas pour retablir le compte des syllabes: v.6-1 (aussi pour raison grammaticale).

3) dans un cas pour corriger la faute grammaticale: v.100.

En 3 endroits sur 7 nous avons pu corriger par le ms. M: v.53, 100, 103. Mais dans les autres 4 cas ou les mss. CM ont une faute commune, nous avons du avoir recours aux autres manuscrits qui offrent une leron acceptable: v.6-1,6-2, 44, 126.

v.6-1/ 6-2: L'un of une viez barbacane C=M Li uns o.u.v. balcane B ; L(balanne) Li uns o.u. ieve baucene

Li .i. o.u. yve baucene

L'un o.u. huie bauchenne

Li uns o.u. egue berhanue

Li uns o.u. eve sous soi

Li uns o. viel bougainne

Li uns en eut une baucenne

v.44: Tout estes vos maneviers (vers faux) C=M

Trop estes touz jours menuez G ; E(menuez)

Trop i estes toz jorz aver L

v.126: Estes vos dont Tigers bleciez Estes vous dist Turgis blechies Estes vous dist Torgis blecies

Estes vos dit Turgis bleciez Y estes vos fait Torgis bleciez

D

H;E(u. eve b.)

N 0 G K F

vos meneviers B Trop estes jours menuiers D

Trop estes toz jors menuers H

Trop estez tous jours manuier N

Trop par estes a des maniers 0

Trop estes tos jors menuiers K C ; M (Tigriz) ; B (Este, Torgiz)

H K ; D (blechiez) ; F (blecie) ; N (Tourgis blechies) E (Estez, blecie)

D ; G (vous, Torgis)

L,

III Notes

v.14 Le dialogue des deux pretres qui veulent vendre la peau de Tybert le chat avant de l'avoir pris, continue du v.10 au v.78. Dans les deux editions precedentes, ed. Martin et ed. Roques, l'inter- locuteur est change au v.14 (ed. Martin=v.378; ed. Roques=v.5152); it ressort de la que la logique de l'auteur est completement estropiee.

Precisons en detail les interlocuteurs de ce passage:

(3)

interlocuteur

vers

arguments dans le texte

1 Turgis 10^11 cf: v.9:Cil a l'egue a Tybert choisi:

v.10: dist li,

2 Rufrengiers 12.30 v.12: dist li autres,

3 Turgis 31' 34 v.31: Dist li autres:

4 Rufrengiers 35 ^- 38 v.35: Ce dist li autres:

v.36: Mesire Turgis,

5 Turgis 39-42 v.39: fet il,

6 Rufrengiers 43 ^-48 v.43: ce dist Frangiers,

7 Turgis 49^54

8 Rufrengiers 55^66 v.55: Dist Rufrengiers:

9 Turgis 67^'69 v.67: dit Turgis:

10 Rufrengiers 70^'71 v.70: dit Rufrengiers,

11 Turgis 72 ^- 75 v.72: Ce dist Turgis:

12 Rufrengiers 76 — 77 v.77: Dist Rufrengiers,

13 Turgis 78

Le changement d'interlocuteur apporte par E. Martin et M. Roques au v.14 nous mene a couper les v.12 30 en deux: v.12-13 (= 6d. Martin: v.376-7, ed. Roques: v.5150-1) et v.14-30 (=ed. Martin: v.378-94, ed. Roques: v.5152-68). Faisant etat du vocatif Mesire Turgis au v.36. on peut remonter plus haut: v.35-38 (=Rufrengiers) - v.31-34 (=Turgis) - v.14^-30 (=R.) - v.12-13 (=T.) et enfin it arrive que les v.10^-11 doivent étre attestes a Rufrengiers. Dans ce cas-la, c'est lui qui a l'egue a Tybert choisi (v.9) et cela fait perdre beaucoup de couleur a cette ceuvre, car dans la deuxieme moitie (apres le v.79) de la branche la monture du pretre Rufrengiers est toujours le palefroi, et en plus l'auteur souligne souvent le lien etroit entre ce pretre et sa monture. (Cf :

v.82,114-6, 124-5, 135-6, 141-3).

v.28 Ce vers peut se lire aussi: Por le chapel a grandoier.

Quant a la construction por ... a, voir G. Tilander, Lex., p.8 et 128.

v.31 En rencontrant Tybert sur la route, un pretre vend la peau de Tybert sans l'avoir att- rape et pretend qu'il veut avoir la peau tout entiere pour faire une toque. Son confrere, qui ne veut pas en perdre sa part, repond: "Or of bon plet. Pour l'amour de Dieu, est-ce que j'ai commis en quelque maniere tel crime que je dois abandonner ma part?"

G. Tilander mentionne l'emploi de plet dans ce passage, mais d'apres le texte de l'ed. Martin: "Tres souvent on rencontre plait, et surtout precede de l'adj. mal au sens «situation difficile ou facheuse, difficulte, mal» : . . . On rencontre de meme bon plait au sens contraire:... ci a bon plet «bien»

XV 395." (Lex., p.124-5) Mais oir bon plet de ce vers, nous semble-t-il, est mis au sens antonyme:

(4)

"Que j'ecoute une bonne chose (a vous seul mais pas a moi) ."

v.36, 55 Sur les noms des deux pretres, E. Martin note: "Les deux pretres portent des noms frequents en Normandie: Turgisus derive du nom scandinave Thorgils, tandis que l'autre, que j'aurais peut-etre du ecrire Rufengiers en suivant les mss. DN, purait etre tire du nom Hrafngeirr(en ancien haut allemand Hrabanger)." (Obs., p.83.) Quant a Turgis, nous avons aussi la mention dans le Dictionnaire etymologique des noms de famine et: prenoms de France: "Turgis (Normandie : Caux),

var. Tourgis, anc. n. de bapt. norrois: Thorgisl(Thor, n. d'un dieu; gisl, otage: otage de Thor)."

CF: A. Dauzat, op. cit.; voir aussi A. Longnon, Les noms de lieu de la France, I, p.288.

v.57 CM= Et nos alons a Sens ensemble

Et nos alons au sene ensemble F ; H (au sane ensamble) ; K(ensanble) ; LO(au sanne ensamble) Et nous alons ensemble au sane D ; E (sene) ; G (ensamble au sesne) ; N (ensamble au senne) Et nos alons ensenble a sanz B

Nous voudrions garder ici la lecon des mss. CM; ce nom de vile connue pour ses reunions ecclesia- stiques pourrait rester dans la reminiscence de l'auteur.

N.B. ed. Rogues, Branches II-VI (CFMA, 79): Errata : p.60, v.5195 et nos alons a sane ensenble 1x lire au sene d apres K; p.75,5195 alons a sanz ensemble (cf. KL) a lire ensenble a sanz d'apres B.

v.90 Voici un exemple ou la lecon du ms. C est isolee, tandis que le ms. M offre la lecon commune aux autres: Jus l'abati teste versee =C

Jus l'abati teste levee M=BDEFGKN; Jus l'abati jambe levee H ; 0 (l'abatit); Puis giete .I. saut teste levee L G. Tilander note: "Teste levee veut generalement dire «tete en haut, fierement» , comme I 1212. Ici cette traduction ne donne pas de sens acceptable. Teste est ici=face,et l'auteur park de la face par opposition a la nuque qui heurte contre le chemin." (Remarques, p.161^- 2)

v.111 En la sele ou it seut seir

D'apres la forme de ce verbe, E. Martin presume la region ou cette branche aurait ete ecrite:

"Toutefois la forme seir 475(=ed . Martin) atteste que la branche a ete composee dans les meme regions que la plupart des branches anciennes, c'est-a-dire en Picardie." (Obs., p.83) Voir aussi Ch.

Gossen, Grammaire de l'ancien picard, p.67-8.

v.120 Puis s'en est alez otoier.

Un autre exemple d'isolement de la lecon dans le ms. C:

Puis s'en est ale onbroier M ; B (ales)

Puis s'en est alez porchacier E; G (pourchacier); HK (ales); L (s'an) ; N (ales pourchacier) Puis s'en va porchacier F; Apres s'est alez porchacier 0; Et puis s'est alez pourchacier D Cf: G. Tilander, Notes, p.694

v.126 Dans le ms. C Tigers est ecrit: tig's, tandis que le scribe du ms. M a mis Tigriz en toutes lettres. Tig's pourrait etre lu Tigris et ce fait suggere, a notre avis, l'anciennete du ms. C.

v.133 Ne ja de cest ost n'en istron, =CM

A la place de ost, tous les manuscrits, sauf H(jor), offrent la meme lecon avec an =B(en);

DEFGKLNO. Pourrait-on voir dans notre texte l'influence de l'expression aoust issant "de la sortie

(5)

d'aout" ? Cf: Godefroy III-19b.

IV Table des noms propres:

Diex 14; Dieu 32 Dieu

Frangiers 43 forme abregee de Rufrengiers Renart 2 le goupil

Rufrengiers 55, 70, 79, 148 un pretre qui monte un cheval Sens 57 vine de Sens

Turgis 36, 67, 72, 126(H),140; Turgis de Lonc Buisson 156 un pretre qui monte une jument Tybert 1; tybert 9, 85; tyb't 81, 96; . ty'. 112, 115, 143 le chat

V Glossaire:

agencier v. t. 24 arranger (cf: Lex., 7) agrandoier v. t. 28 agrandir (cf: Lex., 8) arez n.m. 100 terre de labour

avaindre v.i. 83 atteindre aversier n.m. 154 diable

baillie n.f en nule 33 en quelque maniere balcane n.f 6 jument d taches blanches

bonte n.f. Quel ai ge de vos prise? 40, Qu'est-ce que vous m'avez fait de bon? (cf : Lex., 24) (buscheter) v.i. buschetoit impf-3 104 couper du bois (cf: Lex., 27)

chariere n.f 92 chemin de charrette

creant n.m. faire son , 54 payer ce qu'on doit (cf: Lex., 57) egue n.f 9 jument (cf: Lex., 57)

(eissir) v.i. istron fut-4 133 survivre

(enfantosmer) v. t. nos somes enfantosme pr-4 132; a enfantosmez comp-3 157 ensorceler (escerveler) v. t. est escervele pr-3 93 briset la tete

(escopir) v. i. escopi ps -3 87 cracher sur escoter v.i. 60 payer l ecot (cf: Lex., 69-70)

esfroi n.m. Ja mar en serez en — , 50 Ne vous en inquietez pas.

esles n.m. a — 4 a-toute bride

esta interj. 12 exclamation commandant l'arret ou le silence: Halte! Chut!

estraier v. i. 119 aller librement haterel n.m. 91 nuque, tete leternie n.f 139 litanie

los n.m. tout a vostre 23 si vous etes d'accord manevier n.m. 44 pointilleux, tatillon

maufez n.m. 128 diable

miserere n.f 138 complainte de Miserere ore n.m. 152 vent, orage

ost n.m. 133 aout

otoier v.i. 120 se loger

(6)

plet n.m. 31 paroles, resolution (cf: Lex., 124-5) prisier v. t. 52 apprecier

quiriele n. f. 137 litanie de Kyrie eleison

quite adv. 65 entierement; tot mien 56 en toute propriete (respitier) v.t. est respitiez pr-3 147 ajourner (cf: Lex., 137) sane n.m. 5, 147 synode

(torner) v. i. estoit tome plusq-3 102 sortir trere v.t. a soi 81 s'approprier

veer v. t. 59; vee pr-3 67 refuser

BRANCHE XX: Ysengrin et les deux moutons I Analyse de la branche:

Prologue (v.1-3)

Je vous raconterai de nouveau sur Ysengrin qui s'est remis en chemin pour rentrer chez lui.

Ysengrin rencontre deux beliers au champ (v.4^-46)

v.4"'10: Quand il est sorti du bois, h voit dans le champ deux brebis: Belin et Bernart . v.11 ^-22: Its se divertissaient en se heurtant des comes; le berger et la bergere sont

partis quelque part. S'ils ne sont pas sages et prudents, la lutte tournera mal pour eux.

v.23"28: Belin etant plus couard, c'.est Bernart qui park le premier . Il le salue poliment mais Ysengrin refuse de les saluer, puisqu'il veut les manger.

v.29-44: Bernart supplie Ysengrin, avant qu'il les mange, de lui rendre le service de partager le champ, de sorte que chaque mouton ait sa part; car chacun pretend que le

champ est a lui.

v.45-46: Ysengrin accepte et demande comment faire.

Ysengrin assiste a la course des moutons comme juge (v.47-76)

v.47-52: Bernart le lui explique: Ysengrin se tiendra a la lisiere du champ , les deux beliers s'eloigneront de chaque cote d'une meme distance, puis courront vers lui ; le premier arrive aura la plus grande partie du champ.

v.53-v62: Ysengrin se met d'accord avec Bernart et on prend position de la maniere qu'Ysengrin a indiquee : Belin a droite, Bernart a gauche et Ysengrin reste au milieu.

v.63'"72: Ysengrin donne le signal du depart; Belin part de tout son élan et, quand i1 vient a cote d'Ysengrin, il le frappe de toute sa force avec ses comes et le jette a terre sur le dos. Ysengrin s'est a peine releve que voila Bernart qui vient le frapper de l'autre cote

et l'etend a terre une seconde fois.

v.73-76: Its lui ont brise quatre cotes et l'ont laisse presque mort; ils s'en vont en se moquant de lui.

La plainte d'Ysengrin (v.77-92)

Ysengrin s'evanouit plus de cent fois; it saigne du nez avec abondance. Quand it revient

a lui, il se plaint de son malheur et regrette d'avoir participe au partage du champ.

(7)

Epilogue (v.93-94)

Cette branche bonne et courte est bien faite, si elle est bien racontee.

II Corrections — a nouveau —

Nous avons du faire des corrections en 3 endroits des 3 vers: v.10, 37, 68. Les deux premiers sont faits pour avoir une bonne rime et le dernier pour la logique du texte. Le v. 10 est corrige a l'aide du ms. B, les deux autres d'apres M:

v.9 L'un fu Belin, l'autre Bernart C ;B (Belins) ; L (L'uns f. Belins, l'autres Bernarz)

Berant M

v.10 Mout les amoit sire Tybert C ;M(Tiebaut) ; B (Tieharz) ; L (Tiarz)

III Notes:

v.1 Quant a l'auteur, voir Notes, v.4^-5, de la Br. XVIII.

v.9-10 La ou l'on lit les noms des moutons et de leur possesseur, comme on a vu ci-dessus, it y a une confusion dans les mss. CM; Bernart (=b'nart) et Tybert (=tyb't) ne fait pas la rime dans le ms. C, tandis que le ms. M garde Berant (=en toutes lettres, et peut-etre it faut lire: Beraut) et Tiebaut. La confusion entre Tybert et Tiebaut est déjà attestee dans la Br. VI pour le nom d'un bourgeois riche; Tybert li riches,1743 de notre ed., Tiebaut le riches, 1459 de l'ed. Martin.

v.18 Expression proverbiale: cf, Morawski, 1207: Mauvese garde pest le lou.

v.42 Les formes de l'imparfait du subjonctif-4: doinsissiez=C, donnisiez =M. Sur la forme du subjonctif du verbe doner: doinse, doinses, doinst ... , voir P. Fouche, Morphologie hist., p.144-5. Un exemple de donnisiez dans le Roman de Sept Sages: Par amours vos pri et requier / Que vus me donnissies m'amie. v.4549-50.

v.85^-88 E. Martin ecrit: "Le v.85 fait allusion a la fable bien connue de l'oiseleur, fable d'origine bouddhiste, que l'auteur connaissait probablement par la Disciplina Clericalis de Pierre Alfons." (Obs., p.92)

v.93 Voici un des exemples ou l'auteur lui-méme fait usage du mot branche pour appeler

son histoire. Cf aussi N. Harano, Sur le terme "branche", dans Etudes de langue et litthrature

frangaises (Societe japonaise de langue et litterature francaises), No.34 (1979), pp. 1-10.

(8)

IV Table des noms propres:

Belins 57; belin 9, 19, 55, 65, 72 un belier (moths age)

Bernarz (b'narz) 24; b'nart 9, 19, 42, 56, 59, 70 un belier(aine) Tybert (tyb't) 10 (corr. )

Tiehart (B) 10 possesseur des balers

Ysengrin 1, 53, 67; yseng'n 20; .y'. 29, 45 le loup

V Glossaire:

aloe n.f 86 alouette branche n.f 93 histoire

(desresnier) v.i. of desresnie ant-3 62 s'exprimer esbanoier v.i. 4; s'esbaneoient impf-6 13 s'êbattre, (escharnir) v. t. escharnissant 76 miller, bafouer foriere n.f 47 bordure, lisiere d'un champ pointe n.f 22 attaque (cf: Lex., 127) ravine n.f de grant 65 avec grand élan tenir impers. 91 interesser

se divertir

BRANCHE XXI : Ysengrin et I'ours et le vilain I Analyse de la branche:

1) Prologue (v.1-6)

Je veux commencer pour vous une piece de poesie, mais je crains de vous ennuyer; si vous voulez, je me tairai, mais si cela vous plait, je raconterai ce qui est arrive a Ysengrin

un beau matin.

2) Un paysan, Ysengrin, un ours veulent partager une piece de lard (v.7^-66)

v.7-11: Ysengrin bien soigné par sa femme Hersent est gueri de ses souffrances; it se met en route en plein sante.

v.12-28: Il rencontre dans un bois un paysan qui porte une piece de lard; Ysengrin

insiste pour avoir sa part et le paysan la lui accorde.

v.29-42: Pendant qu'ils discutent du partage, void venir un ours; it veut en avoir aussi sa part par amitie. Tous les deux la lui accordent.

v.43-53: Retires dans le bois, ils posent le lard sur l'herbe et se mettent a discuter pour savoir comment le partager correctement.

v.54-66: L'ours, le plus sage des trois, propose de laisser pendre le lard a l'arbre pour cette nuit seulement, et de revenir le lendemain matin pour se montrer le cul: celui qui

aura le plus grand cul emportera tout le lard. On s'est mis d'accord et tous les trois

rentrent chez eux.

3) Dame Ame, femme du paysan, obtient le lard par ruse (v.67-159)

v.67-80: Rentre chez lui, le paysan raconte a sa femme ce qui s'est passé ce jour-la .

(9)

v.81-97: (L'auteur parle aux lecteurs): La femme est aussi sage que folle; elle est folle, car elle ne peut renoncer a une chose qu'elle desire; mais elle est aussi sage, car, si elle en a besoin, elle sait bien mentir au lieu de dire la verite. On dit: " La femme est plus habile qu'un diable." Bien sage etait celui qui a dit et a emit dans son livre: "Selon le temps, on a besoin de folie et de sagesse."

v.98^-106: La femme du paysan, : apres avoir - bien reflechi, propose a son mari d'aller obtenir, elle-meme, pour le lard avec des vétements de son mari. Au moment de montrer le cul, elle pourra montrer son enorme fente. Le paysan rit et y consent.

v.107-116: Le lendemain matin tous les deux s'en vont au bois; it lui indique bien le chemin jusqu'au hétre sous lequel attendent ses deux compagnons . Its la prennent pour un paysan et la saluent.

v.117^-128: Patou l'ours invite d'abord Ysengrin a leur montrer le cul; a quatre pattes i1 leve la queue et laisse ouvert le cul. Patou pousse des soupirs , car le tuyau etait si large qu'on pouvait voir jusqu'aux boyaux.

v.129-150: Et puis c'est a la femme du paysan de se faire voir le cul; elle baisse sa culotte, ecarte largement les jambes pour bien montrer le sien. Les deux autres le regardent

et Patou est si emerveille qu'il se signe avec sa patte droite.

v.151 159: Patou et Ysengrin, stupefaits, cedent le lard en entier a la paysanne et s'en vont. Elle l'obtient et l'emporte a la maison.

4) Epilogue (v.160)

Il n'y a plus rien a ajouter a cette histoire-la.

II Corrections — a nouveau —

Les corrections sont faites en 4 endroits pour les 160 vers, la ou le texte est obscur ou illogique: v.120, 124, 127 d'apres le ms. M, et le v. 123 oil les mss. CM ont une faute commune

d'apres le ms. B.

v. 120 Seignors, fet il, voz cus mostrez =C Sire Ysengrin, vo cul mostrez =MLB

*Dans les mss. CM on hesite entre voz (vo) et noz (no).

v.123 Son cors estent ou par devant =C ;M (estant) Son cors estent on par devent =B

Son cors estant par de devant =L

*On est quelque fois hesitant entre n et u dans nos manuscrits

, surtout dans le ms. M; mais dans ce passage du ms. C, on peut distinguer tres clairement n et u: par exemple, ou (v.123): on (v.127).

v.124 Puis que deriere en estupant Puis par derriere ou en estant Puis par derriere en estupant Que par derriere en errupant

=C

=M

=L

(10)

v.127 Li puet on voir les boiiax Li puet 1'en veoir es boiaux Li puet on veoir es boiaus Le puet on veoir es boieax

=C

=M

=B

=L

III Notes:

v.57: Enhui mes le leron pendant Godefroy ennumere la variante une variante d'anuit.

M=Aui; B=Anuit; L=Ennuit

anhuy sous le titre anuit; enhui pourrait aussi etre

v. 90: cf, Morawski, 740: Femme scet ung art avant le deable.

v.93-96: L. Foulet remarque: "Il ne faudrait pas le (=l'auteur de la Br. XXI) prendre du reste pour un jongleur de bas etage: un peu plus loin it va nous citer gaillardement Horace , en homme qui a lu les Odes, IV, 12, 28." (Renard, p.486)

Dans le ms. B, on lit: en son sonet (v.94) que E. Martin a corrige en son livre. V.95-96 sont consideres comme une expression proverbiale par M. Roques.

v.100: Se it vient demain au jor =ed. Martin; ed. Roques.

Nous avons mis une virgule apres velt pour garder la leron du ms. C ( ce cas li vilain.

=M) ; it signifi e dans

v.110: Pour designer l'arbre de hetre, l'auteur se sert de fou deux fois (=v.58, 114). Nous nous rangeons avec M. Roques qui le comprend comme emplacement, "plutOt que hetres , comme le propose dubitativement Tilander (Lex., p.9)." Cf, Roques, Glos., p.104.

v.120: C'est Patou l'ours qui a parle en premier: " Messieurs, it fait déjà grand jour. Faites vite ce qui est promis." (v.117-119) Et l'ours invite d'abord Ysengrin a leur montrer le cul.

Sans avoir le vocatif Sire Ysengrin au v.120, le contexte devient un peu obscur. Le copiste du ms. C, un peu distrait dans ce passage, aurait recopie la premiere motie du v.118.

v.121-122: L'auteur qui aurait lu tres probablement la Br. XX emprunte ces vers pro- nonces par Ysengrin; cf, Br. XX, 45-46.

v.123-125: Ysengrin, invite a montrer le cul par Patou l'ours (v.118-120), repond (v.121^-122): "Monsieur, ties volontiers. Mais comment dois-je faire? Dites-le-moi." Et puis vient ce passage. On y attend bien la reponse de Patou, et dans les deux autres editions ces vers, etablis tous les deux d'apres le ms. B, sont ponctues comme suit:

ed. Martin:

125

"Son cors estent on par devant ."

Puis par derriere en estupant Lieve sa geue, le cul bee:

*note:

123 deuent

(11)

ed. Roques: Son cors estent on par devent puis par derriere en estupant.»

Lieve sa qeue, le cul bee:

(v.5513)

Cf: Ph. van Tieghem traduit ces vers de l'ed. Roques: "— On penche son corps par-devant, puis par-derriere, en se pliant en deux.» Le loup leve la queue, laisse beer son cul;"

(p.118)

Mais dans notre edition, nous avons cm qu'il serait meilleur de ne pas mettre entre guillemets ces vers, soit le v.123, soit les v.123^-124; ici, ce n'est pas par la parole, nous semble-t-il, qu'on indique a Ysengrin comment s'y prendre, mais c'est en le prenant par les bras et les jambes qu'on enseigne a Ysengrin cette posture.

Et voici notre ponctuation: Son cors estent on par devant, Puis par deriere en estupant v.124

Lieve sa queue, le cul bee:

Notre traduction:" On (=Patou, ou peut-etre Patou et la paysanne) etend le corps d'Ysengrin par la partie anterieure (=par la poitrine) et puis on leve la queue d'Ysengrin en le faisant courber par la partie posterieure du corps, et on ouvre le cul d'Ysengrin."

M. Roques, en eclaircissant le sens du verbe estuper, ecrit: pour quelques exemples "il faut admettre que estuper ne s'applique plus a un individu debout et flechissant le buste sur les cuisses, mais a un individu couche et flechissant (ou dont on fait flichir) les cuisses sur le buste, ce qui, pour la courbure du corps, revient exactement au meme. Je ne vois pas en francais moderne de mot qui puisse servir a traduire dans tous les cas ci-dessus estuper et a estupons: it nous faudra recourir a « (se) courber;(s') incliner,i(se) plier en deux, etc.»" (Anc.

Fr. estuper, a estupons, dans Romania, XLI, p.611) La scene qui va se derouler aux v.131-137 vient a l'appui de l'opinion de M. Roques; apres Ysengrin, c'est a la paysanne que Patou fait

appel:

Vilain, dist il, ore estupez:

Le vostre cul remosterrez." v.132 Et la paysanne, apres avoir baisse sa culotte:

Ele a fait large enforcheure

Por bien mostrer cele nature; v.136

Son chief mist bas por estuper.

On comprend par le v.137, pour se mettre a la posture d'estuper elle son chief mist bas (=a terre, par terre); elle n'est pas exactement couchee, mais peut-étre s'est elle mise a quatre pattes. De toute facon, la posture exigee par estuper serait, dans nos passages, de (se) mettre

en cette forme: °FL ou 011 .

Avec la traduction de van Tieghem, on comprendrait qu'on fait de la gymnastique.

Une chose reste a observer: M. Roques met entre parentheses le pronom personnel

reflechi des verbes avec lesquels il a traduit le mot estuper; donc, estuper peut etre employe

(12)

aussi bien comme transitif qu'intransitif. Dans Lexique (p.77), G. Tilander enleve des paren- theses en citant ces verbes traduits par M. Roques. Nous avons pris dans le sens transitif l'exemple du v.124 (=en estupant).

v.141-146: "Nomini dame, dist li leu, =CM ; B (leus); L (loux) (6d. Roques=le leu) E. Martin note: "Au v.141 j'aurais du 6crire au (au lieu de li)." (Obs., p.93)

M. Roques a corrig6 li leus en le leu sans l'aide d'aucun manuscrit,car au v.145 oil nous avons la lecon: "Il m'est avis, ce dist li leus," le ms. B offre: "Ce li a respondu li leus:" Dans notre

texte nous devons garder deux incises, dist li leu et ce dist li leus, pour un seul discours.

v.160: De cette branche n'i a plus.

Cf, Note du v.93 de la Br.XX.

IV Table des noms propres:

Ame 69 une paysanne Damedieu 116 Dieu Dieu 106 Dieu

Hersent 7 la louve, femme d'Ysengrin Patous 117, 129, 139, 147, 155 un ours

Ysengrin 5; yseng'n 26; .y'. 18, 120 (M), 129, 155 le loup

V Glossaire:

aboeter v.t. 149 regarder (cf: Lex., 5)

(acompaingnier) v. i. sont acompaingni6 27 faire pariage de, devenir coproprietaire afichier v.t. 153 montrer(cf: Lex., 7)

alumer v.i. 150 s'eclairer

arbroie n.f 110 lieu plante d'arbres, bocage (cf: Lex., 66)

bacon n.m. 15, 21, 28, 34, 35, 51, 62, 65, 73, 102, 157 piece de lard (beer) v.i. bee pr-3 125 ouvrir (cf: Lex., 19)

braie n.f. 133 ample culotte des paysans branche n.f. 160 histoire

col n.m. (=col du cul) 153 col de la matrice (cf: Lex., 35-6) compagnon n.m. 41, 52, 75 coproprietaire

controve n.f 86 mensonge

departir v. t. 30; departon pr-4 42 partager devers prep. 17 par

(deviser) v.i. devisent pr-6 142 se reunir (cf: Lex., 54-5) (enbler) v. t. as enbl6 comp-2 21 voler

enforcheure n.f 135 ecartement des jambes engres adj. 148 des' ireux

enhui adv. mes 57 pour cette nuit seulement

esta interj. 19 exclamation commandant l'arret: Halle !

(13)

estre n.m. 109 lieu, emplacement (cf: Lex., 9; Roq., Glos., aistre)

estuper v.i. 137; estupez imper.-5 131; v.t. en estupant 124 (s' )incliner, (Se) plier en deux (cf: Lex., 76-7;Romania, XLI, 608-12)

fendace n.f 104 fente(=euphemisme pour parties de la femme ) fou n.m. 58, 114 hetre

mestrie par 92 parfaitement

nature n.f 136 organe de generation (cf: Lex., 109) outre adv. d'—en" 24 entierement, de bout en bout poreuc adv. 20 d cause de cela

quite darner 156 ceder a qn une chose en toute propriete revelous adj. 9 gaillard

(rover) v.t. rove pr-3 85 demander soing n.m. avoir de 149 se soucier de vers n.m. 1 piece de poesie

BRANCHE XVIII : Ysengrin et le prétre Martin I Analyse de la branche:

1) Prologue (v.1-5)

Messieurs, les theologiens disent qu'il est ecrit dans un livre: celui qui a mauvais voisin a souvent mauvais matin. Je le dis a propos d'Ysengrin et du pretre Martin.

2) Ysengrin cause bien des ennuis a son voisin pretre Martin (v.6'-23)

Le vieux pretre Martin n'etait pas bien instruit, mais it savait bien nourrir les brebis afin d'en tirer des fromages. Mais Ysengrin, qui habitait pres de lui, fait des ennuis a ses brebis

en transformant en nombre impair le nombre pair et vice versa. Ce qui est heureux pour

Ysengrin est malheureux pour le pretre.

3) Le pretre Martin tend un piege a Ysengrin (v.24-39)

Le pretre s'est decide a creuser un grand trou; apres avoir creuse comme it faut, it a pose une perche en. travers sur laquelle il a fixe une claie dans de justes proportions pour cacher

un trou. Et sur la claie it a attaché un agneau. Si Ysengrin vient prendre un agneau, it

tombera necessairement dans un piege.

4) Ysengrin se prend au piege (v.40-61)

Ysengrin affame, au milieu de la nuit, sort pour chercher une proie et se dirige par hasard vers le piege, ou il se rejouit de trouver un agneau; a peine est it monte sur la claie, qu' it

tombe dans le trou. La, it n'est pas sur de pouvoir s'en tirer. Il se lamente parce que sa gourmandise lui coute cher, et qu'il ne peut en sortir.

5) Le pretre s'efforce de donner des coups de baton a Ysengrin (v.62-101)

Le pretre, des qu'il fait jour, se precipite au trou avec un baton et y trouve Ysengrin.

Rempli de joie, it veut frapper Ysengrin sur la tete, mais Ysengrin, fort a l'escrime,

(14)

s'echappe. Furieux, le prétre lui lance un coup pour lui crever l'ceil. Au moment oil le baton se tend vers lui, Ysengrin l'attrape a deux mains; tous les deux tirent sur le baton de toutes leurs forces.

6) Ysengrin et le pretre Martin ensemble dans le trou (v.102-118)

Ce qui est malheureux pour le pretre, c'est que la terre s'effondre sous ses pieds; tombe dans le trou, le voila compagnon d'Ysengrin. L'un et l'autre se regardent avec peur;

Ysengrin a peur, mais c'est le prétre qui a plus peur encore . Le pretre se met a reciter son psautier et toutes les prieres qu'il sait.

7) Ysengrin reussit a srechapper et le pretre reste dans le trou (v.119^-131) Ysengrin, sautant sur les epaules du prétre, s'enfuit par les bois; le pretre, attend le secours de ses domestiques au fond du trou.

a demi mort,

8) Epilogue (v.132-137)

Je veux vous faire connaitre que jamais le pretre Martin n'a chante la messe ni n'a recite le psautier avec plus de ferveur qu'il ne l'a fait avec Ysengrin.

II Corrections — a nouveau —

Pour les 138 vers nous avons du corriger en 3 endroits: entre le v.2 et le v.3 i inserer un vers d'apres le ms. B; v.132, v.136 sont corriges d'apres le ms. M .

1 nous faut

v.2a: Ce vers qui fait la premiere moitie d'un proverbe nous manque CM.; c'est seul le ms. B qui garde ici une bonne lecon.

2/3 inserer : Que cil a sovent mau matin.

dans les mss.

v.132 : Puis bien vos dire et acointier Bien vos puis dire et acointier

=C

=M; B (aconter); L (afichier)

v.136 : Conme it fist d'Ysengrin Conme it fist o Ysengrin Corn it fist ovec Ysangrin

=M

=B ; L (come)

III Notes:

v.2a-3: ... cil a sovent mau matin / Qui pres de lui a mal voisin.

Cf, A. Tobler, Li proverbe au vilain, p.4.5, 104: Qui a mal voisin, si a mal matin.

Le Roux de Lincy, Prov. fr., t. II, p.459 (Appendice No. II oil it a extrait des proverbes au

vilain d'apres un manuscrit de la Bibliotheque d'Oxford.)

(15)

v.4-5: Quant a l'auteur de cette branche, J. Flinn dit : "C'est vraisemblablement l'auteur d'Isengrin et le pretre Martin qui a cree les deux branches XIX, Isengrin et la Jument, et XX, Isengrin et les beliers. La premiere est une adaptation d'une fable esopique d'apres la version legerement modifiee du Romulus, l'autre est une version tres abregee d'un recit de l'Ysengrimus." (Renart, p.106) Cf, L. Foulet, Renard, p.487-8.

v.8-9: " Ces deux vers sont en effet, dit G. Tilander, aussi embarrassants." (Lex.,49) L'expression "savoir de letre desporveue" se comprendra, quand meme, par le commentaire de G. Tilander: "savoir lire a livre ouvert, sans preparation prealable." (v.9) T.-L. enregistre aussi ce passage et traduit "letre desporveiie" (vom Blatte zu lesen?), mais avec un point d'interrogation.

Dans l'expression "savoir de truie enfondue" (v.8), le sens de "enfondu" n'est pas moins expres: dans Godefroy "mouille trempe, glace", ce qui est developpe par Tilander : "mise en sel, en saumure" ; M. Rogues, dans son glossaire: enfondue (truie) chair de truie dont on tire la graisse; T.-L., en citant un exemple analogue*: im Fette schwimmend (= trempee dans la graisse), ce qui se rapproche de l'expression truie grasse.

* "Plus sevent de truie enfondue Dui pappelart , ... " Fabliaux et Contes, I, 319, par Barbazan (et Meon).

Le sens précis de "enfondue" restant toujours pendant, it est tres clair, a en juger par le contexte, que " l'auteur de cette branche veut certainement dire par les vets 8-10 (=7"9, dans notre ed.) que le pretre aimait et comprenait mieux la vie materielle que la vie spirituelle." (Tilander, Lex., p.50) Et it nous semble que le v.8 veut dire surtout que le pretre est gourmand ou gourmet. Nous interpretons ces vers: Le prétre est tout a fait au fait de la bonne cuisine (de bien manger), mais it ne savait meme pas lire sans preparation prealable.

Dans le texte nous avons suivi le conseil de G. Tilander: "Pour qui l'interpretation offerte ci-dessus de enfondue ne convient pas, on pourrait supposer de lire : truie en fondue". (Lex.,

p.50)

"Truie en fondue"

, relie avec fromage du v.12, pourrait representer l'image de la cuisine quelconque dont on ignore la definition precise.

v.12"-13: maint fromage B;C (mout) maint fromages =L ; M (mout)

plusors domage =B;C (donmage) pluseurs damages M; L =plusor domages Nous faudrait-il corriger fromage et donmage en pluriel suivant le conseil de G. Tilander?

Il note: " Plusors se construit, que je sache, seulement avec le pluriel d'un sb." (Notes, p.701) Dans le ms. C le copiste, ecrivant une fois fromages en pluriel, exponctue le s, on ne sait pourquoi, afin d'en faire un singulier.

v.20-21: E. Martin note: "Les vv. 21-2 se rapportent a une fable du loup qui rend pair

le nombre impair des brebis et inversement, fable sur laquelle on trouve des indications

dans l'Ysengrimus ed. Voigt LXXIII." (Obs., p.91-92)

(16)

v.54: Ysengrin, ici, Martin, Obs., p.92

repete le v.83 de la Br.XX: "Ha! las, dist il, dolenz chaitis". Cf,

v.59: L'ordre des mots fait quelque difficulte ; on serait tente de corriger en:... qu'en me vit porter. Peut-on le corriger plutot d'apres le ms. M?

La brebiz que m'en vit porter Les berbiz qu'il m'en vit porter Les berbiz c'on m'an vit porter

=C; B (Les berbiz)

=M

v.61: Une foiz doit (viaut =M) le pot verser.

Ce vers est sans doute une expression proverbiale .donc on ne trouve aucune mention dans Morawski, ni dans Tobler, ni dans Le Roux de Lincy etc.

v.76-77: Le pretre qui arrive avec un baton au piege, dit a Ysengrin:

Aprendre vos a cest baston / Conment prestres Martins a non."

"Martin"

, ou "Martin baston" signifiait "un baton a battre les anes". Ph. Le Roux mentionne dans son Dictionnaire comique ... proverbial, 1752, t.II, p.56-7, sous le title de Martin:

"Martin baton Pour dire

, un baton a battre les Anes. On dit aussi simplement Martin, pour signifier la meme chose."

Cf, Tilander, Rem., p.173; A. Delboulle, Martin-baton , dans Romania, t.9, p.127; P. Meyer, Martin-baton, dans Romania, t .39, p.90-91.

v.96-97: Pour ces deux vers, la tradition manuscrite est assez variee:

Le baston li cuide esrachier =C Qui dont veist prestre esforcier =C`M

enforcier Menforcier =B (donc)

esforcier =Bcorrocier =L (mq. dont)

estroncier =L (mq

v.102: Si con nos conte l'escripture,

L'auteur avoue qu'il a pulse son episode dans l'escripture; tous les critiques sont d'accord sur ce point et L. Foulet dit que " le trouvere n'a fait que tranduire----en y ajoutant quel - ques broderies de sa facon un petit poême latin du Xle siecle, Sacerdos et Lupus. "

(Renard, p.488)

Cf, E. Martin, Obs., p.91; J. Flinn, Renart, p.105.

v.120-121: Le pr' stre chal demi mort f Et Ysengrin s'en va mout tost ,

E. Martin croit que les v.120^-121 offrent une rime fausse; mort : tost . Il propose de lire avec le ms. L: Desus son dos (col L) resailli hors (Li prestres chai (sailli L) demi morz) . (cf, Obs., p.92) Mais G. Tilander argumente contre lui: "L's s'est déjà amui a cette époque; tost est donc a prononcer tot. Un r a la rime ne compte pas; v. Rem., p.43 ... D'autre part t et z ne forme

pas anomalie a la rime. cf, Notes XIII 1677: 29H" (Notes, p.701)

(17)

IV Table des noms propres:

Diex 115; Deus 117 Dieu

Martin 5, 10, 22, 24, 84, 124; Martins 77 le pretre

Ysengrin 4, 23, 79, 136; yseng'n 73, 119; y'. 33, 40, 52, 74, 81, 91, 107, 110, 121, 125 le loup

V Glossaire:

acointier v.t. 132 faire connaltre

(acoveter) v.t. a acovetee comp-3 31 cacher, dissimuler briche n.f 123 piege

(chever) v. t. chevera fut-3 25 creuser

compas adv. tot a — 29 dans de justes proportions

conmandacion n.f 114 recommandation, preere pour les morts

(contremoier) v. t. contremoie pr-3 29 balancer, equilibrer (cf, Lex., 37) (desfubler, soi) v.pron. se desfuble pr-3 72 se devetir

desporveii savoir de letre ti 9 savoir lire sans preparation prealable (cf, Lex., 49-50) entendement n.m. 135 intention

entent de bon 134 avec precaution, avec soin esforcier v.t. 97 emporter de force

esrachier v. t. 96 arracher

(fichier, soi) v.pron. 122 se precipiter fis adv. 53 stir, certain

fondue n.f truie en — 8 terme de cuisine (cf, Notes) oeille n.f 18 brebis

pareilles adv. 19, 21 en nombre pair

(repareillier) v.t. repareilloit impf-3 20 rendre pair(cf, Lex., 133) serjant n.m. 130 domestique

siaume n.m. .vu. — 116 la serie des sept psaumes penitentiels trespensez adj. 62 inquiet, soucieux

versillier v. t. 113 reciter

BRANCHE XIX : Ysengrin et la jument I Analyse de la branche:

1) Prologue (v.1^-2)

Je vous dirai maintenant ce qu'il est arrive a Ysengrin cette nuit-la .

2) Ysengrin qui cherche un compagnon, rencontre Rainsant la jument (v.3^-50)

v.3-10: Ysengrin s'en va courir dans le bois en se disant qu'il lui faut avoir de la corn- pagnie, car on a souvent besoin de l'aide d'autrui.

v.11-25: Sortant du bois it apercoit-dans un pre un jument; it s'approche d'elle poliment

et raconte ce qui s'est passé la nuit dans le piege du pretre Martin.

(18)

v.26-50: Au profit de tous les deux, Ysengrin lui propose d'aller vivre en compagnie; it lui assure tout ce qui lui fait envie, en meme temps qu'il la debarrasse de toua ses travaux durs chez un paysan.

3) Rainsant la jument, acceptant la proposition, lui demande dans son pied. (v.51-68)

d'enlever une epine enfoncee

v.51-57: Elle dit qu'elle ne peut ni marcher ni courir a cause de l'epine qu'elle s'est enfoncee au pied en passant par la charriere et ce qui l'oblige a y paturer.

v.58-68: Si Ysengrin parvient a lui extraire, elle en serait tellement reconnaissante qu'elle ferait tout ce qu'il lui plaira; si l'on lance un chien au loup, elle peut le regimber et a la chasse c'est n'importe qui qu'elle peut atteindre.

4) Ysengrin accepte de faire ceuvre de medecin et Rainsant la jument joue a la fausse compagnie (v.69^-89)

v.69-80: Ysengrin, , accroupi, s'efforce de la debarrasser de repine; en profitant de cette occasion, elle lui lance un si bon coup de pied qu'il s'allonge muet sur le pre.

v.81-89: Rainsant s'en va fierement queue levee et Ysengrin, longtemps apres, se lamen- te sur son malheur; it ne sait plus a qui se fier.

5) Epilogue (v.90)

Voici la fin de cette histoire.

II Correction — a nouveau —

Pour les 90 vers de cette branche la plus courte de toutes, tion au v.42 qui est hypometrique: Ne vos n'en avrez ja rien C'est le ms. Mqui nous offre la graphie satisfaisante: averoiz.

nous n'avons fait qu'une correc-

=CB; L (mq .)

III Notes:

v.1^-2: Quant a la source de cette histoire, tous les critiques sont unanimes pour y voir une adaptation legerement modifiee du Romulus. Par exemple J. Flinn ecrit: "Une fable d'Esope, ainsi qu'une du Romulus, racontent une histoire tres semblable, et selon L. Foulet c'est dans le Romulus que l'auteur francais de la branche XIX, Isengrin et la Jument, a du puiser." (Renart, p.4.99)

Cf, E. Martin, Obs., p.92; L. Foulet, Renard, p.489. Quant a l'auteur, voir Notes, XVIII, v.4-5.

v.5-6: Que fox est li hons et li leus / Qui onques va nule part seus,

L'auteur qui aime citer des proverbes, aurait calque ces deux vers sur des proverbes qui comm-

encent par Fox est li hons qui .. .

(19)

v.16: Droit au jument par la costure.

Selon T.-L., le genre de " jument" est masculin et feminin; cf, v.13 une jument.

v.20: Dont venez vos issi matin? (M= v. si tres matin)

C'est le matin qu'Ysengrin et Rainsant se rencontrent et se saluent; et aux vers 21 25 Ysengrin lui raconte son aventure de la nuit precedente (v.22 anuit), c'est-a-dire l'episode de la Br. XVIII, Ysengrin et le pretre Martin. Il appert de la que la Br. XIX se place apres la Br. XVIII.

E. Martin a raison de reprocher a l'auteur d'avoir declare dans le prologue qu'il va racon- ter ce qui est arrive a Ysengrin cette nuit-la (v.2 quant la nuit vint) :" ....; mais le v.2, ou it est dit que l'affaire du loup et de la jument se passa vers le soir, ne s'accorde pas avec le reste de la branche qui doit suivre immediatement l'aventure du pretre Martin, laquelle a dure jusqu'au matin." (Obs., p.92)

v.42: E. Martin se demande: "Le v.42 'donne deux syllabes au mot rien: it faudra lire ou fames rien ou bien averoiz, forme picarde, du msc. M." (Obs., p.92)

Sauf le ms. M qui offre, ici, la graphie satisfaisante pour le compte des syllabes averoiz, les autres mss. CB gardent: avrez. (Dans le ms. L, ce vers manque; a savoir it ne porte que 89 vers pour cette branche). G. Tilander conseille: "Lire avec CM et fragm." averoiz. (Notes,

p.701)

* Le fragment m porte aussi: averoiz. (cf, Romania, t. 35 p.54-) v.43: Fors le nouax que it porra,

E. Martin, qui transcrit nouau dans son texte d'apres le ms. B, dit qu'il aurait du ecrire novau du latin novale, G. Tilander le refute: "Nouau n'est pas novale " champ en friche, comme le croit l'ed., Obs.p.92, mais nugalius "pire" comme le traduit God. sous noals." (Lex., p.111)

v.68: N'avra talent de regiber (cf, v.81 Rainsant s'en tome regibant,)

Regiber, regibant =CMB; regiper, regipant =L Regiber ainsi que regiper n'est qu'une autre forme de regimber (cf, Tilander, Lex., p.134; T.- L., regiber=regimber). Il s'agit de l'acception

de ce verbe: au v.81 "sauter des pattes de derriere", un geste tout naturel aux bêtes de somme ; au v.68 le sujet n'etant limite qu'aux betes de somme, "resister", le sens figure selon La Curne de Sainte-Palaye, IX, p.113. Et nous traduisons ce passage (v.61-68): "Je pourrai vous rendre grand service, car je ferai tout ce que vous voulez; si l'on vous lance un chien, je pourrai bien ruer (=lui donner des coups de pieds), le mordre des dents. Tout a qui je donnerai la chasse sera condamne (a mort, a etre pris). Je pourrai bien l'atteindre (parce que je cours vite) et it n'aura pas envie de resister."

v.71^-72: Tost la vos avre esrachie, / Ja mar i avrez autre mire." =C

Tost la vos avrai ja sachie, / Ja mar i avra autre mire." =B; M (v. avra j.) Tost la vos avrai errachie, / Je d'autrui mar avrez envie." =L

E. Martin, considerant la rime sachie : mire comme incorrecte, dit qu'elle est modifiee dans le ms. L; " mais cette fois a personne ne preferera la lecon de ce manuscrit." (Obs., p.92) Mais G. Tilander refute cette rime correcte, car on ne compte pas l'r a la rime.

Cf, G. Tilander, Notes, p.702.

(20)

v.75-76: Que qu'Isengrin a vuidier brunche / Et it le pie nestoie et furche, =C

M qu'I. au v. ; B=brouche: fourche; L=Que qu'Ysangrins au voidier cerche/

Et qu'il ... cerche

Le ms. B garde tres clairement brouche en toutes lettres; E. Martin le met bronche dans le texte. M. Rogues, gardant brouche dans son texte, le traduit s'efforce de dans le glossaire.

C'est brunche en toutes lettres qu'on lit tres clairement dans le ms. C; on le traduit par se baisser, se pencher dans notre glossaire. La rime n'est pas bonne dans le notre.

Cf, E. Martin, Obs., p.92; G. Tilander, Rem., p.174^-5.

v.82: Queue levee va fuiant =CM ; B (peant) ; L= Une liuee vait poiant

Dans ce passage ou. la rusee Rainsent sort de scene triomphalement, c'est la lecon du ms.

B, nous semble-t-il, qui convient le mieux; elle manifeste, avant de quitter la place, sa force (=regibant v.81), sa fierte (=queue levee) et sa moquerie a Ysengrin (=peant).

v.85: Hal, maleurez chaitis!

Dans les Brs. XVIII, XIX, XX, l'auteur (peut-etre le meme personnage pour ces trois branches) fait repeter a Ysengrin cette expression stereotypee au moment critique ou au moment ou it revient de l'evanouissement. Br. XVIII, v.54: Ha, las, dist il, dolent chaitis; Br. XX, v.83"-84:

Ha, las, dist il, dolenz chaitis / Con sui maleurez tout dis.

IV Table des noms propres:

Diex 18, 19 Dieu Martin 23, le pretre

Rainsent 77, 81; Rainsent 45 la jument

Ysengrin 78, 89; yseng'n 2, 51, 83; iseng'n 75; .y'. 19, 69 le loup

V Glossaire:

(acropir, soi) v. pron. s'acrot pr-3 73 s'accroupir asener v. t. 67 atteindre

ble n.m. 14 champ de ble (cf, Lex., 23) branche n.f 90 histoire

(brunchier) v.i. brunche pr-3 75 se baisser, se pencher (consievre) v. t. consuivre fut-1 66 donner la chasse a

costure n.f 16 champ laboure

dangier n.m. 47 puissance, domination encombrier n.m. 10 difficulte, embarras

(esrachier) v.t. avre esrachie fut-ant-1 71 arracher (furchier) v. t. furche pr-3 76 curer, nettoyer gaaingne n.m. 30 profit, gain

huer v. t. 63 lancer un chien

(jugier) v. t. ert jugiez fut-3 66 etre icondamne a mort, a chasse, a pris

nouax n.m. 43 le pis (cf, Lex., 111)

(21)

painne n.f piece n.f prael n. m.

regiber v.t.

rejeter v. t.

(tuer) v.t.

vuidier v. t.

a quel que 34 quoi qu'il soit difficile grant — 84 longtemps

80 petit pre

68 resister; regibant 81 sautant des pattes de derriere 64 ruer, regimber

tue pr-3 39 frapper

75; vuide pr-3 74 debarrasser qn de

Nous exprimons nos plus vifs remerciements a M. Giles Rogues qui a eu l'amabilite de rendre compte de notre edition dans Zeitschrift far romanische Philologie, Band 93, Heft 5/6(1977), p.668, grace a qui nous avons pu apporter bien des corrections a notre texte.

Nous tenons aussi a remercier Mme. Mary Blakely Speer, professeur a Rutgers University (New Jersey), de ses precieux conseils et suggestions grace auxquels nous avons pu, croyons- nous, ameliorer notre texte.

Septembre 1982

N E

参照

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