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Les chercheurs se sont principalement interrogés du point de vue philosophique et postcolonial autour de la réflexion de Robinson à propos d’autrui, et la réécriture du personnage de Vendredi dans le premier roman de Michel Tournier. Pourtant, les « autres » y jouent un rôle important, et les animaux et les plantes y sont également omniprésents. Dans cet article, j’examine notamment l’observation et l’imitation qu’effectue Robinson des mondes (perspectives) et des attitudes propres aux autres espèces. Ce sont en effet ces attitudes caractéristiques qui contribuent à sa métamorphose qui dépasse la limite entre les humains et les non-humains et lui permet d’atteindre une harmonie avec la nature de l’île déserte.
Je distingue deux sortes d’imitations : imitation involontaire et imitation volontaire accompagnée de l’observation minutieuse. La première est illustrée par la scène du bain de boue des pécaris. La souille devient source de plaisir pour Robinson qui s’identifie au monde où cet animal vit. Cette action imitative révélant le côté bestial de Robinson est certes abandonée, mais c’est la deuxième action imitatrice qui amène le personnage principal à se réconcilier avec la situation sans autrui. Non seulement Robinson observe et imagine des mondes propres aux autres espèces, mais il essaie aussi de les imiter de façon active. Quand il fixe des yeux une orchidée qui attire un insecte en saisissant son monde sensoriel, il vient à Robinson l’idée d’avoir une relation charnelle avec une plante, et il imagine « une humanité nouvelle » qui fusionnerait avec la plante. Cette fantaisie de devenir plante se concrétise quand Robinson grimpe sur l’araucaria où il participe au monde propre de l’arbre qui communie avec le cosmos par la respiration des feuilles.
Contrairement à Vendredi qui est « une nature dont découlaient des actes », Robinson, en tant que personnage typique de la modernité, est séparé de la nature. L’observation et l’imitation des mondes des autres espèces sont donc pour lui une clef indispensable pour retrouver la façon de vivre dans la nature.
(Doctorant à l’Université de Tokyo)
D’autrui aux autres espèces
– Perspectives des animaux et des plantes, et nature dans Vendredi ou les limbes du Pacifique –