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L’élaboration des personnages de La Marâtre

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L’élaboration des personnages de La Marâtre

Y OSHITA

Lors de la création de La Marâtre, Balzac puise à des sources diverses. Il s’intéresse à des pièces de théâtre contemporaines. Nous en avons signalé Un chapitre de Balzac par Ch.

de Renneville et *** qui peut fournir une esquisse de la vie conjugale des Grandchamp

1

. D’autre part, à une date aussi tardive de sa vie de créateur, il se souvient de plus d’une œuvre de La Comédie humaine. Dans les pages qui suivent, ce sont les sources romanesques qui nous préoccuperont de plus près. Nous commençons par observer les faits et gestes des deux époux dans les scènes 4 et 5 de l’acte II où ils sont entourés par leurs intimes.

À la scène 4 de l’acte II, Godard fait au petit Napoléon une farce. Quand ce petit garçon s’écrie à propos de l’accident qui vient d’arriver à Ferdinand, Pauline se laisse tomber sur le fauteuil. En la regardant, Godard se dit : « Il [Ferdinand] est aimé, elle a été prise à ma souricière, qui est infaillible »

2

. Il s’adresse ensuite à Gertrude : «Vous trouverez que j’ai très bien fait, quand vous saurez que par ce petit stratagème de société, j’ai pu découvrir mon rival ». Dès qu’il lui montre Ferdinand, Gertrude laisse échapper de ses mains le sucrier. Godard dit en aparté : « Elle aussi ! » (p. 93). Après ces incidents, l’auteur attribue des propos très importants aux trois personnages, Vernon, Godard et le petit Napoléon, qui tiendront des rôles secondaires. En observateur très calme

3

, Vernon murmure : « C’est la journée aux événements » (p. 94). Le docteur ne pronostique-t-il pas d’autres événements qui se succèderont l’un après l’autre le même jour et le lendemain ? Quant à Godard, il se dit : « J’en ai donc pris deux dans ma souricière ! Et le général si calme, si tranquille,

1 Voir notre article « La Marâtre de H. de Balzac : de la conception de la pièce aux représentations (Troisième partie) », Okinawa International University, Journal of Scientifi c Research, Vol. 14 No. 1 December 2010.

2 Balzac, La Marâtre, édition établie et annotée par René Guise, in Œuvres complètes illustrées, Les Bibliophiles de l’Originale (sigle BO), 1969, t. XXIII, p. 93. Sauf indications contraires, toutes nos références renvoient à cette édition.

3 À propos de Vernon, regardez l’étude d’Anne-Marie Lefebvre, «Satire sociale et création littéraire chez Balzac

et chez Scribe : la mise en scène du personnage du médecin», AB 2000. Notamment la page 370.

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et cette maison si paisible !… Ça va devenir drôle… je reste, je veux faire le whist ! Oh ! je n’épouse plus » (ibid.). Alors que les deux femmes sont affectées par le changement de la situation intervenu dans la vie de Ferdinand, le général jouit seul de sa tranquillité. Ce contraste frappant n’échappe pas à Godard qui les regarde d’un œil scrutateur. Celui-ci imagine cyniquement que les incidents qui se sont produits chez Grandchamp fi niront par lui révéler un spectacle “drôle”. Le petit Napoléon parle au médecin : « Bonsoir, Monsieur Vernon ! De quoi est donc faite la justice ? » (p. 95). Et puis, il interroge à sa mère :

« Tiens, cher amour !... en quoi c’est y fait l’amour ? » (p. 96). Les mots tels que “la justice” et “l’amour” prononcés avec innocence par ce petit garçon deviendront les mots clés pour les scènes suivantes où les premiers rôles seront joués par les deux femmes

4

. À la demande de son invité Godard qui veut faire une partie de whist, Gertrude ordonne à Pauline de préparer les cartes : « Pauline ! ma fi lle, présente les cartes à ces Messieurs pour le whist. Il est bientôt neuf heures… s’ils veulent faire leur partie, il ne faut pas perdre de temps » (p. 95). Si l’on prend intérêt au whist, on s’apercevra que Balzac dépeint des scènes de whist dans plusieurs œuvres de sa Comédie humaine : Modeste Mignon, Ursule Mirouët, Le Cabinet des Antiques, La Cousine Bette, etc. Citons une scène de Modeste Mignon qui présente des personnages jouant aux cartes : «Une heure se passa dans un calme effrayant, interrompu par les phrases hiéroglyphiques des joueurs de whist. “Pique !

— Atout ! — Coupe ! — Avons-nous les honneurs ? — Deux de tri (sic) ! — À huit ! — À qui à donner ? ” Phrases qui constituent aujourd’hui les grandes émotions de l’aristocratie européenne »

5

. C’est ainsi que l’auteur nous emmène dans une salle résonnant de cris des joueurs passionnés pour le whist. Dans Le Cabinet des Antiques, Victurnien « joue beaucoup, et malheureusement, au whist, le jeu à la mode »

6

. Ces phrases prouvent bien que le whist est à la mode dans la société des aristocrates. En effet, on voit la famille Hulot de La Cousine Bette jouer de temps en temps au whist. « Hulot revint chez lui, marchant en

4 Douchan Z. Milatchitch remarque : « Cet enfant dit quelques mots drôles qui sont bien des mots d’enfant ; mais à vrai dire il n’est guère qu’un ressort de l’action » (Douchan Z. Milatchitch, Le Théâtre de Honoré de Balzac, Hachette, 1930, p. 209). Nicole Mozet, de sa part, souligne : « Si on accepte une lecture politique de cette pièce où tout s’écroule, alors il s’agit bien d’un comique nouveau. Le personnage du petit garçon gaffeur, prénommé Napoléon, prend alors tout son relief. Il dit que le roi est nu » (Nicole Mozet, «Balzac ou le perpétuel commencement : de “Sténie” à “La Marâtre”», AB 2007, p. 183.

5 Modeste Mignon, Pl., t. I, p. 498.

6 Le Cabinet des Antiques, Pl., t. IV, p. 1020.

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furieux, se parlant à lui-même, et trouva sa famille faisant avec calme le whist à deux sous la fi che qu’il avait vu commencer »

7

. Le whist se joue à quatre joueurs, en deux équipes croisées de deux joueurs. Observons les personnages de La Marâtre qui sont à la table de jeu. Le général et Vernon, qui font une équipe, parlent de leurs cartes. « J’ai le roi », dit le général, et Vernon, de son côté : « Moi, la dame » (p. 96). L’acquisition d’une carte de roi serait indispensable pour le général qui se croit le “roi dans son ménage”

8

. Godard et Ferdinand sont les membres de l’autre équipe

9

.

Au début de la scène 5 du même acte, Gertrude s’adresse à Pauline : « Viens là, nous deux, nous allons finir notre ouvrage » (ibid.). Suivent les propos de Vernon : « C’est à vous à donner, général ». Les deux femmes se mettent à travailler à la même tapisserie.

La silhouette d’une femme assise devant un métier à tapisserie est dessinée dans quelques œuvres de La Comédie humaine : Albert Savarus, Béatrix, La Femme de trente ans, Le Lys dans la vallée, La Grenadière, Splendeurs et misères des courtisanes, par exemple.

Mme de Mortsauf commente à l’intention de Félix son travail à la tapisserie : « Vous ne savez peut-être pas, Félix, pourquoi je me suis imposé ce long ouvrage ? Les hommes trouvent dans les occupations de leur vie des ressources contre les chagrins, le mouvement des affaires les distrait ; mais nous autres femmes, nous n’avons dans l’âme aucun point d’appui contre nos douleurs »

10

. Elle tient à lui expliquer son inclination pour l’ouvrage :

« Chaque point avait la confi dence de mes secrets, comprenez-vous ? Hé bien, en faisant mon dernier fauteuil, je pensais trop à vous ! oui, beaucoup trop, mon ami. Ce que vous mettez dans vos bouquets, moi, je le disais à mes dessins »

11

. Certaines héroïnes de Balzac se penchent sur le métier à tapisserie tantôt pour donner un prétexte à leur silence

12

, tantôt pour camoufl er leurs méditations

13

. À propos de l’effet des points de tapisserie, le Grand dictionnaire universel du XIX

e

siècle cite une phrase de Michelet : « J’ai connu plusieurs femmes distinguées qui disaient ne pouvoir bien penser ni bien causer qu’en faisant de la

7 La Cousine Bette, Pl., t. VII, p. 123. Hulot dit à sa femme : « — Joséphine ne te valait pas. Viens, je vais jouer le whist avec mon frère et mes enfants ; il faut que je me mette à mon métier de père de famille […] » (p. 134).

8 Le général raconte à Godard : « Un homme doit être le roi dans son ménage, comme moi ici » (p. 55).

9 Ferdinand fait connaître à Godard : « Monsieur, nous sommes ensemble » (p. 96).

10 Le Lys dans la vallée, Pl., t. IX, p. 1069.

11 Ibid., p. 1070.

12 Mme de Mortsauf dans Le Lys dans la vallée (ibid., p. 992).

13 Rosalie dans Albert Savarus (Pl., t. I, p. 934).

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tapisserie »

14

. Comment font les deux héroïnes de La Marâtre ? C’est Gertrude qui incite Pauline à fi nir ensemble leur ouvrage, à côté des hommes jouant aux cartes. Sont-elles sans aucune arrière-pensée devant un métier à tapisserie ? Poursuivons à les observer de plus près. Pour savoir si Pauline aime Ferdinand, Gertrude l’interroge sur son attitude à l’égard de Godard. « Sais-tu ce que dira Godard ? Il dira que tu l’as refusé parce que tu as déjà choisi quelqu’un. […] Vois-tu, ma chère Pauline, en fait d’amour, il y en a dont le secret est héroïquement gardé par les femmes, gardé au milieu des plus cruels supplices », dit-elle à sa belle-fi lle (p. 97). Celle-ci se dit en ramassant ses ciseaux qu’elle a laissés tomber :

« Ferdinand m’avait bien dit de me méfi er d’elle… Est-elle insinuante ! » (ibid.). Ce serait à la suite du mot “secret” que Pauline les a laissés tomber. Ici, l’auteur décrit alternativement la scène de la tapisserie et celle du whist. Pendant que Gertrude et Pauline se disputent discrètement, le général ne pense qu’à l’issue de son jeu. « Vernon, qu’est-ce que tu fais donc ? », reproche-t-il son partenaire d’avoir mal joué. Pauline jette un regard vers la table de jeu. Quant à Gertrude, qui ne cesse de tourmenter Pauline tout en l’appelant “ma fi lle”, “mon enfant”, “ma chère Pauline”, “chère enfant”, “ma chère”, “mon ange”, elle l’informe enfin du mariage de Ferdinand : « Ah ! grâce à Dieu, tu ne l’aimes pas ; tu m’effrayais, car, ma chère, il est marié » (p. 98). Cette révélation fatale a tellement bouleversé Pauline qu’elle s’écrie à part : « Marié ! ce serait infâme » (ibid.). En posant sa main sur le dos de Pauline, Gertrude lui dit : « Tu as chaud ! là vois-tu ? »

(p. 99). Pauline répond de sang-froid à sa belle-mère :

« Je me serai trop appliquée à l’ouvrage ! Et vous, qu’avez-vous ? » (ibid.). Elle tâche de déguiser sa passion, sous prétexte de s’être donnée à l’ouvrage. Comme le déclare Mme de Mortsauf dans Le Lys dans la vallée, chaque point de la tapisserie aurait la confidence des secrets de Pauline. On pourrait dire que Gertrude, elle aussi, inscrit inconsciemment son amour pour Ferdinand dans la tapisserie (fi g. 1). Puisqu’il faut quitter l’envers de sa tapisserie pour voir le dessin de son fi l et

14 Pierre Larousse, Grand dictionnaire universel du XIX

e

siècle, tome 22.

fi g. 1

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ce que produisent ses couleurs

15

, ni Gertrude ni Pauline ne se rendra compte du vrai sentiment de chacune, même si la tapisserie en porte la trace. Si la tapisserie est associée aux sentiments amoureux de chaque femme, les propos de Gertrude adressés à Pauline tels que “nous allons finir notre ouvrage” ne fournissent-ils pas un des indices révélateurs du développement ultérieur de l’intrigue : des luttes affreuses où les deux femmes se seraient laissées entraîner par l’amour pour le même homme ? Gertrude se dit de nouveau : « Si elle l’aime, elle a un caractère de fer ! Mais où se seraient-ils vus ? […] Oh ! je ne les perdrai pas de vue » (p. 99).

Elle se promet de guetter Pauline et Ferdinand. Pauline, de son côté, se tourmente et se dit :

« Je ne croyais pas qu’on pût souffrir autant, sans mourir » (p. 100). Certes, un critique de 1859 s’expliquera : « cette scène intime, presque muette, où les deux femmes s’épient en souriant, charmerait le spectateur avec son atmosphère splendide »

16

, mais elle révèle pour la première fois l’infamie de Gertrude. Effectivement, elle transmet à Pauline une fausse nouvelle ignoble sur le mariage de Ferdinand.

Le premier tour du whist a fini. Godard déclare le triomphe de son équipe : « Nous avons gagné, Monsieur Ferdinand, à merveille ! » (p. 99). Ferdinand, lui, se dirige vers Gertrude qu’il compte remplacer. Mais elle y délègue, de son côté, Pauline. Près du métier à tapisserie, Gertrude fait une fausse déclaration à Ferdinand pour le faire tomber dans sa souricière à elle : « Elle m’a tout avoué » ; elle agit comme auprès de Pauline en lui disant qu’ “il est marié”. À la réponse innocente de Ferdinand, Gertrude le questionne de nouveau sur son amour : « Vous ne m’avez pas trahie ? Vous n’êtes pas d’intelligence pour me tuer.

Serais-je la victime d’une plaisanterie de Godard ? » (p. 100). À la table de jeu, Godard

15 À cet égard, consultons quelques explications citées faites par Edmond Texier : « Quant à son ouvrage même, l’artiste l’exécute à l’envers de la pièce, et la raison en est expliquée dans l’Essai sur l’art de la tapisserie de M.

Deyrolle : “ La tapisserie, en effet, est un tissage, et la marche des tons se voit à l’envers par les points que laisse le tissu qui voyage avec les broches, en suivant le mouvement des teintes. Si l’artiste travaillait par devant, il serait obligé de couper chaque brin de tissu à mesure qu’il cesserait de s’en servir, ce qui allongerait considérablement l’ouvrage et diminuerait sa solidité ; au lieu que, le travail étant exécuté par derrière, tout le défectueux du tissu et de la chaîne est attiré à l’envers. ” » (Edmond Texier, Tableau de Paris, t. II, p. 135). Balzac, lui aussi, connaît bien l’art de la tapisserie : « Ainsi que nous le disions, le jour où l’artiste a quitté l’envers de sa tapisserie pour voir le dessin de son fi l et ce que produisaient ses couleurs, il s’est aperçu que, malgré lui peut-être, il développait le texte qu’il avait dans l’âme […] » (Introduction par Félix Davin aux “Études philosophiques”, Pl., t. X, p. 1204).

16 « Quel chef-d’œuvre que cette scène intime, presque muette, où la belle-mère et la fi lle, séparées par un bout

de tapisserie, s’épient en souriant, et, comme le dit énergiquement l’auteur, s’assassinent en se caressent, vraie

lutte de sauvages dont le dénouement fait frissonner ! », indique P. A. Fiorentino dans Le Constitutionnel du 9

décembre 1859.

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s’écrie : « Ah ! Mademoiselle, vous faites des fautes ».

Pour justifier ses erreurs par distraction, Pauline lui répond : « Vous avez beaucoup perdu, Monsieur, à ne pas avoir ma belle-mère » (p. 101). Dans un autre coin, Gertrude intimide Ferdinand en lui murmurant qu’elle préfère la mort que de perdre ses espérances. « Prenez garde ! Depuis quelques jours le docteur nous observe d’un œil bien malicieux », lui dit-il (ibid.). Le général, mécontent du deuxième tour du whist, décide de fi nir le jeu :

« Il n’y a pas moyen d’y tenir ! Ma fi lle fait fautes sur fautes ; et toi, Vernon, tu ne sais ce que tu joues, tu coupes mes rois »

17

.

Quant à Vernon, qui se livre à épier Ferdinand et les deux femmes, il ne se concentre pas au jeu et donne cependant une bonne excuse : « Mon cher général, c’est pour rétablir l’équilibre » (ibid.). Le général persiste à blâmer Vernon qui a accumulé les fautes incroyables de couper avec sa carte de dame “le roi”

distribué au général

18

(fig. 2) (fig. 3). Normalement, la carte de roi est plus forte que la dame. Cet épisode ne caractérise-t-il pas d’une manière symbolique la vie conjugale du général et de sa femme Gertrude qui l’aveugle ? Lorsque Godard dit au général qu’il ne s’agit que de cinq francs pour sa perte, il lui riposte :

« Et l’honneur ? » (p. 102). Le général est le seul joueur qui mette son point d’honneur à gagner au whist. En

17 Dans La Comédie de notre temps, Bertall dépeint des parties de whist en y ajoutant des dialogues : « Comment ! général, je vous fais une invite à cœur, et vous donnez du pique ! », « Mon cher général, vous baissez ; car nous avons été battus, et par qui ? par le docteur, qui n’a jamais su jouer, et le curé, qui est une mazette ! » (La Comédie de notre temps, E. Plon, 1874, p. 363). Ces dialogues ne rappellent-ils pas ceux de La Marâtre ?

18 Le général insiste sur la faute de Vernon en lui disant : « Quant à toi, Vernon, tu devrais coucher sous ton lit fi g. 2

fi g. 3

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répondant à la salutation de Godard, le général lui dit : « Bonsoir Godard ». Et Godard ne se lasse pas de prétendre son vrai nom : « De Rimonville… » (ibid.). C’est pour la sixième fois qu’ils s’échangent de tels saluts conventionnels

19

. Le général, qui ne connaît pas encore ce qui se passe autour de lui, laisse apparaître des aspects comiques de sa personnalité.

La scène du whist où Pauline commet des erreurs nous renvoie à celle qui se déroule chez Mme Valérie Marneffe dans La Cousine Bette. La maîtresse installe les parties de whist dans le salon rempli de ses fi dèles. L’apparition soudaine d’un Brésilien, le soi-disant cousin de Mme Marneffe, a plongé les joueurs dans un désarroi

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. Écoutons le dialogue échangé entre Crevel et son partenaire Marneffe. Ils sont en train de jouer contre le baron Hulot et M. Coquet :

« Ce soir, se dit également Crevel en arrangeant ses cartes, il faut en fi nir… »

« Vous avez du cœur !... lui cria Marneffe, et vous venez d’y renoncer.

— Ah ! pardon », répondit Crevel en voulant reprendre sa carte (Pl., t. VII, p. 212).

Crevel a été tellement troublé par l’attitude audacieuse du nouveau venu qu’il ne s’est pas rendu compte de tenir dans sa main la carte de cœur. Celle-ci doit être l’atout qui lui permettrait de couper la couleur demandée. Que signifi e le propos souligné en italique de Marneffe qui dit “Vous avez du cœur !” ? Il est possible que “le cœur” représente non seulement la carte, mais encore “l’affaire de cœur” de Crevel, amant de Valérie. Remarqué et poussé par Marneffe, Crevel reprend sa carte de cœur. Ce geste n’est-il pas en rapport avec l’aventure galante de Crevel qui doit affronter un nouveau rival, baron Montès de Montéjanos ? À l’instar de Crevel, le baron Hulot laisse disperser son attention. Comment les deux vieillards amoureux fous de Valérie réagissent-ils à cette situation critique ?

« Elle [Mme Marneffe] venait de recevoir deux regards enfl ammés de jalousie qui l’avaient atteinte au point de l’obliger à regarder les deux âmes en peine. […] La partie fut égale à

pour avoir coupé mes rois » (p. 101) ; « Tiens, quoique tu aies mal joué, voilà ta canne et ton chapeau » (p. 102).

19 Cette sorte de scène se trouve pour la première fois à la scène 3 de l’acte I dans l’édition originale.

20 Voici l’apparition du baron Montès et la réaction de Crevel et de Hulot : « Cette entrée en scène, cette pose, et

l’air du Brésilien déterminèrent deux mouvements de curiosité mêlée d’angoisse, identiquement pareils chez

Crevel et chez le baron. Ce fut chez tous deux la même expression, le même pressentiment. Aussi la manœuvre

inspirée à ces deux passions réelles devint-elle si comique par la simultanéité de cette gymnastique, qu’elle fi t

sourire les gens d’assez d’esprit pour y avoir une révélation » (Pl., t. VII, p. 211).

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cause des distractions respectives de Crevel et du baron qui accumulèrent fautes sur fautes » (p. 213). Ce qui est intéressant, c’est que la scène du whist est placée de telle sorte qu’elle se mêle au sort des personnages. Comme nous l’avons remarqué plus haut, cette manière de décrire est employée aussi dans La Marâtre

21

. Observons de nouveau le baron Hulot qui n’a pas gagné la partie à cause de sa distraction. « Assez pour ce soir, je perds deux louis, les voici » (p. 214). Puis, il jette deux pièces d’or sur la table et va s’asseoir sur le divan.

Il n’hésite pas à payer deux louis, c’est-à-dire quarante francs, à l’équipe gagnante pour s’assurer du droit de s’installer encore chez Mme Marneffe

22

. De son côté, le général de Grandchamp considère la perte d’une partie comme une tache à son honneur, alors qu’il n’a perdu que cinq francs. Une partie des cartes dévoile à quoi s’intéressent les deux anciens offi ciers bonapartistes.

À travers la scène du whist, nous avons constaté l’existence des relations visibles entre La Cousine Bette et La Marâtre. D’autres scènes les confirment. Rappelons la scène de la tapisserie où Gertrude dit des mensonges à Pauline à propos du mariage de Ferdinand.

Dans La Cousine Bette, Hortense, fi lle du baron Hulot, se laisse prendre au piège tendu par sa cousine Lisbeth. « — Mais, reprit l’atroce Bette, une personne à qui il [Wenceslas]

appartient par les liens les plus sacrés, sa femme, le lui a écrit hier. Il veut partir ; ah ! il serait bien bête de quitter la France pour la Russie… » (p. 170). Cette fausse déclaration provoque l’évanouissement de Hortense

23

. Ayant voulu vivre avec Wenceslas toute sa vie, Lisbeth ne consent jamais à ce qu’il se marie avec une autre femme et notamment avec Hortense. Dans ces conditions, quels liens la vieille fi lle compte-t-elle tisser avec ce pauvre jeune artiste ? Comment leur vie quotidienne se déroule-t-elle ? L’auteur rapporte en ces termes la tension qui la caractérise : « La vieille fi lle déployait la tendresse d’une brutale, mais réelle maternité. Le jeune homme subissait comme un fils respectueux la tyrannie d’une mère » (p. 108). Immédiatement après sa tentative de suicide, Wenceslas demande à

21 Il s’agit du général et de Pauline. Le père insiste pour garder la carte de roi, et sa fi lle amoureuse est distraite au point de faire fautes sur fautes au cours d’un jeu de whist.

22 Pour rester près de Mme Marneffe, le baron Hulot doit payer tout de suite à Marneffe, membre d’une équipe gagnante, qui « depuis la suppression des jeux publics, se contentait du jeu rétréci, mesquin, du monde » (Pl., t.

VII, p. 215).

23 L’auteur nous parle d’abord d’un complot tramé par la cousine Bette : « Lisbeth sortit la joie dans le cœur ;

elle espérait pouvoir, en tenant son artiste sous clef, faire manquer son mariage avec Hortense en le disant marié,

gracié par les efforts de sa femme, et parti pour la Russie » (ibid., p. 169).

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sa bienfaitrice Lisbeth d’être sa Providence :

— Ferez-vous tout ce que je vous dirai de faire ?

— Oui !...

— Eh bien ! je vous prends pour mon enfant, dit-elle gaiement (p. 112).

Elle souhaite que “son enfant” soit toujours fidèle à elle. Lorsqu’il se libère d’elle, elle change brusquement son attitude à son égard. « La bonne mère devint une marâtre

24

, elle morigéna ce pauvre enfant, elle le tracassa, lui reprocha de ne pas travailler assez promptement, et d’avoir pris un état difficile. […] Le pauvre jeune homme, après avoir gémi de se trouver dans la dépendance de cette mégère

25

et sous la domination d’une paysanne des Vosges, était ravi des câlineries et de cette sollicitude maternelle éprise seulement du physique, du matériel de la vie » (p. 116). Quoique le mot “marâtre”

n’apparaisse qu’une seule fois dans La Cousine Bette, cette phrase, qui explicite les rapports entre les deux personnes

26

, nous rappelle le lien entre les deux femmes de La Marâtre. Depuis qu’elle s’est mariée avec lui, Gertrude a élevé Pauline, enfant du premier lit du général. Et elle présente au prétendant Godard sa belle-fi lle bien parée comme “son ouvrage” à elle

27

. Cependant, quand elle trouve qu’elles sont rivales en amour, Gertrude se comporte comme si elle était devenue une vraie “marâtre”. Cela se reflète dans le vocabulaire de Pauline. Au début, lorsqu’elle désigne Gertrude à Godard, à Ferdinand et à la soubrette Marguerite, elle l’a appelée “ma belle-mère”. Au fur et à mesure des tourments que Gertrude lui inflige, Pauline informe Ferdinand de sa conduite méchante en l’appelant “cette infâme”, “cette odieuse femme” et enfi n “cette marâtre”

28

. Dans une autre scène, pendant que la soubrette Marguerite s’entretient avec Pauline, celle-là nomme

24 C’est nous qui soulignons.

25 C’est nous qui soulignons.

26 D’après l’étude d’André Lorant : « cette mère est en réalité une vieille fi lle pathologiquement jalouse de son fi ls adoptif, une marâtre redoutable, au physique repoussant » (André Lorant, Introduction à La Cousine Bette, Garnier-Flammarion, 1977, p. 21).

27 GERTRUDE — Oh ! pardon, Monsieur, je ne voyais que mon ouvrage.

GODARD— Mademoiselle est éblouissante.

GERTRUDE — Nous avons du monde à dîner, et je ne suis pas belle-mère du tout ; j’aime à la parer, car c’est une fi lle pour moi (p. 60).

28 Elle utilise deux fois ce terme à la scène 10 de l’acte II (p. 109) et à la scène 6 de l’acte IV (p. 165).

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aussi Gertrude “cette marâtre”

29

. Et la soubrette la considère enfi n de “la mégère”

30

. Elle se dit : « Et moi qui croyais, au contraire, que la mégère ne voulait pas que Mademoiselle se mariât ! » (p. 171). À l’instar de la cousine Bette, Gertrude se métamorphose de bonne mère en marâtre et en mégère

31

. Faisons état d’autres situations où se retrouvent la vieille fi lle et son “enfant” : « La Lorraine surveillait cet enfant du Nord avec la tendresse d’une mère, avec la jalousie d’une femme et l’esprit d’un dragon […] » (p. 118). Et encore :

« Ces contradictions, cette féroce jalousie, ce bonheur de posséder un homme à elle, tout agitait démesurément le cœur de cette fi lle » (p. 119), ou « Ce combat de ses instincts et de sa raison la rendait injuste et tyrannique » (ibid.). De telles considérations sur Lisbeth nous aident à mieux comprendre l’inclination de Gertrude qui ne cèderait jamais son amant Ferdinand à sa belle-fi lle Pauline. On pourrait dire que comme le fait Lisbeth, Gertrude, poussée par la jalousie d’une femme et la tyrannie d’une mère, rivalise avec les deux jeunes amoureux.

Par ailleurs, Gertrude se montre modeste et vertueuse en présence de Godard et des invités qui sont admis par son mari : le médecin, le maire et le curé. Cependant, sous le masque d’une épouse fi dèle, elle éprouve toujours une grande passion pour Ferdinand et veut satisfaire sa voracité. Au début de la pièce, Gertrude parle au général de son affection pour lui : « Vernon est très envieux de toi : il enrage de ne pas avoir su inspirer à une femme l’affection que j’ai pour toi. Aussi, prétend-il que je joue la comédie ! Depuis douze ans ?... c’est vraisemblable ! » (p. 48). Elle tâche de le convaincre qu’elle ne joue jamais la

29 Dictionnaire de l’Académie française (sixième édition, publiée en 1835) explique le mot “marâtre” : «Belle- mère. Ce mot ne s’emploie que dans un sens restreint, et se dit d’une femme qui maltraite les enfants que son mari a eus d’un autre lit. Cruelle marâtre ».

30 Le mot “mégère” est explicité par le Dictionnaire de l’Académie française : « Nom propre d’une des Furies, devenu nom commun, et signifi ant, dans le discours ordinaire. Une femme méchante et emportée. C’est une vraie mégère. Il a épousé une mégère ».

31 André Lorant commente la relation entre Balzac et Mme de Brugnol : « La liaison de Balzac avec Mme de Brugnol est transposée dans l’amitié étrange de la cousine Bette et de Wenceslas. Au début du roman, Balzac s’identifie visiblement à Steinbock. Il devait vivre et travailler en présence de sa gouvernante, tout comme Wenceslas qui se trouvait “dans la dépendance de cette mégère et sous la domination d’une paysanne des Vosges”.

Balzac pense à Mme Hanska, Wenceslas rêve en secret d’Hortense. “Impossible de lire le reste de ta lettre devant

la mégère”, se plaint Balzac à Mme Hanska au début de 1846. On reconnaît Mme de Brugnol dans cette cousine

Bette qui “aimait assez Steinbock pour ne pas l’épouser, et l’aimait trop pour le céder à une autre femme”. Le

romancier se rend parfaitement compte des confl its psychologiques de Mme de Brugnol devenue cousine Bette

[…] » (André Lorant, Les Parents pauvres d’Honoré de Balzac, Genève, Droz, 1967, tome I, p, 93). Voir aussi

Introduction d’Anne-Marie Meininger à La Cousine Bette, Pl., t. VII, pp. 5-51.

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comédie d’être folle de lui. Et le général la console : « Une femme ne peut pas être fausse pendant douze ans sans qu’on s’en aperçoive. C’est stupide ! Ah ! Vernon ! lui aussi ! » (ibid.). Gertrude insiste sur ses douze années de fi délité et encense son mari : « Si je n’avais pas le bonheur d’être ta femme, je voudrais être ta fi lle !... Je ne te quitterai jamais, moi ! » (p. 49). Devant Godard et Vernon, elle fl atte encore le général :

GERTRUDE —A-t-on du mérite à aimer un être excellent et une fi lle comme celle-là ? LE GÉNÉRAL — Allons, Gertrude, tais-toi !... cela ne se dit pas devant le monde (p.

66).

Cet échange pousse Vernon à faire un aparté : « Cela se dit toujours ainsi, quand on a besoin que le monde le croie ». Non seulement Vernon, mais encore tout l’entourage des deux époux connaît bien le personnage de Gertrude qui a trompé son mari pendant douze ans. Godard la prend pour “une fine mouche” (p. 57). Félix dit à Marguerite :

« Madame étouffe le général… ce n’est pas plus fi n que cela ! » (p. 81). À la scène 2 de l’acte II, Gertrude se précipite sur Marguerite et lui arrache le coussin des mains et blâme sa conduite : « Marguerite, vous savez bien que c’est me causer de la peine que de ne pas me laisser faire tout ce qui regarde Monsieur ; d’ailleurs, il n’y a que moi qui sache les lui bien arranger, ses coussins » (p. 83). Alors, Marguerite réagit et parle bas à Pauline : « Quelles giries ! ». Quant au général, il ne doute jamais de Gertrude et il déclare à Vernon, témoin de ses amours : « Chut ! les dernières passions, mon ami, sont les plus puissantes »

32

. À l’âge de soixante-dix ans, le général garde toujours une vue révolue de ses affaires amoureuses.

L’instinct de la sexualité de cet ancien officier bonapartiste nous fait penser à celui du baron Hulot. En présentant celui-ci, l’auteur écrit : « Homme à conquêtes et imbu des idées du Directoire en fait de femmes »

33

; « Cet homme de l’Empire, habitué au genre Empire, devait ignorer absolument les façons de l’amour moderne. […] Ce nouvel art d’aimer consomme énormément de paroles évangéliques à l’œuvre du diable […] L’amour n’avait pas le temps de s’analyser ainsi lui-même entre deux campagnes, et, en 1809, il allait aussi

32 Ce propos suit à celui de Vernon qui s’adresse au général : « Seulement, vous avez aimé tant de femmes avec la puissance de Dieu, que je suis en extase, comme médecin de vous voir toujours si bon chrétien, à soixante-dix ans » (p. 67).

33 Pl., t. VII, p. 76.

(12)

vite que l’Empire, en succès »

34

. Le baron Hulot, vieux Beau de l’Empire, a été asservi par Valérie

35

; de même, le général Grandchamp se laisse étouffer, dans l’ignorance d’un “nouvel art d’aimer”, par Gertrude qui est sa cadette.

Une autre scène importante se déroule entre Vernon et Gertrude. Après avoir serré dans une armoire la tasse de Pauline dans laquelle Gertrude a mis du laudanum, Vernon propose à Gertrude de s’expliquer. Elle lui riposte : « Nous expliquer !... de quel droit, vous, vous le parasite de la maison, prétendez-vous avoir une explication avec la comtesse de Grandchamp ? » (p. 152). Quoiqu’elle n’aime point son mari, elle est tellement fière d’être l’épouse d’un comte qu’elle méprise Vernon en l’appelant “le parasite de la maison”

36

. À propos de l’amour intéressé de Gertrude, Ferdinand dit à Ramel : « Mlle Gertrude de Meilhac, élevée à Saint-Denis

37

, m’a sans doute aimé d’abord par ambition ; très-aise de me savoir riche, elle a tout fait pour m’attacher de manière à devenir ma femme ». Et Ramel, de sa part, remarque : « C’est le jeu de toutes les orphelines intrigantes » (p. 75).

Ferdinand continue : « Quand elle m’a vu ruiné vers la fin de 1816, […] elle a conçu, sans me le communiquer d’ailleurs, un de ces plans infâmes et sublimes, […] Pendant que j’établissais ma mère en Bretagne, Gertrude a rencontré le général Grandchamp, qui cherchait une institutrice pour sa fi lle. Elle n’a vu dans ce vieux soldat blessé grièvement, alors âgé de cinquante-huit ans, qu’un coffre-fort » (pp. 75-76). Pour Gertrude, le général Grandchamp n’est qu’un “coffre-fort”, comme ce que Valérie voit en Crevel “une caisse éternelle”

38

. Marguerite, qui travaille chez le général depuis vingt ans, surveille Gertrude

34 Ibid., p. 140.

35 Lorsque le baron Hulot, âgé de soixante ans, fait la première rencontre de Valérie, l’auteur remarque l’attitude provocante de celle-ci qui va fasciner le baron : « Mme Marneffe, âgée de vingt-trois ans, bourgeoise pure et timorée, fl eur cachée dans la rue du Doyenné, devait ignorer les dépravations et la démoralisation courtisanesques qui maintenant causaient d’affreux dégoûts au baron, car il n’avait pas encore connu les charmes de la vertu qui combat, et la craintive Valérie les lui faisait savourer […] » (ibid., p. 143).

36 Balzac utilise six fois le mot “parasite” dans Le Cousin Pons pour désigner le pauvre Pons. Quant à La Cousine Bette, l’auteur y insère une seule fois ce mot dans la version du Constitutionnel. Il s’agit de la description des parents qui accueillent Lisbeth chez eux : « Cette familiarité par laquelle elle se mettait franchement au niveau des gens, lui conciliait leur bienveillance subalterne, très essentielle aux parasites » (ibid., p. 84).

37 Dans le manuscrit, l’auteur présente l’enfance de Gertrude avec plus de précisions que dans l’édition originale :

« […] élevée à Saint-Denis et sortie de là sans fortune m’a peut-être d’abord aimé. Tu connais le hasard qui nous a liés ».

38 « […] tandis que Mme Marneffe jugea nécessaire de bien tromper cet homme en qui elle voyait une caisse

éternelle » (Pl., t. VII, p. 192).

(13)

de près et dit à Félix : « Ah ! vous pensez comme moi qu’une femme de trente-deux ans n’aime un homme de soixante-dix ans qu’avec une idée… Elle a un plan » (p. 81). Ils parlent de Gertrude qui veut satisfaire son avidité :

FÉLIX —Tiens ! parbleu, elle fait sa pelote.

MARGUERITE — Oui ! depuis douze ans, avec les revenus de Mademoiselle et les bénéfi ces de la fabrique. Voilà pourquoi elle retarde l’établissement de ma chère enfant tant qu’elle peut, car faut donner le bien en la mariant (p. 82).

L’expression “les bénéfi ces de la fabrique”, que Balzac a ajoutée dans l’édition originale, met en relief l’intérêt matériel de Gertrude. Rappelons-nous un souvenir raconté par le général à Godard : « Savez-vous pourquoi en 1816, après leur maudit licenciement de l’armée de la Loire, j’ai pris ma pauvre petite orpheline dans mes bras, et je suis venu, […] ici, près de Louviers, me faire fabricant de draps ? » (p. 54). C’est vers la fin de 1816 où Gertrude a rencontré le général. C’est-à-dire qu’elle manipule son mari afin de collaborer avec lui dans l’exploitation de la fabrique dès sa fondation. De surcroît, elle réussit à introduire son amant Ferdinand à la fabrique sans que son mari en doute. Depuis trois ans, ce jeune homme est le directeur, le caissier, le maître Jacques de la fabrique à qui le général fait confiance

39

. Elle met à profit la position sociale de son mari et tire du gain de sa fabrique, dans l’intention d’enrichir son fils Napoléon et de reprendre Ferdinand

40

. Le service intéressé de Gertrude ne refl ète-t-il pas la réforme sociale d’alors ? Tandis que son vieux mari garde toujours des idées héritées du Directoire et de l’Empire, la jeune Gertrude comprend bien qu’à la veille de la révolution de Juillet, on assiste à

39 Quand il aperçoit que Gertrude parle avec Ferdinand, le général lui dit : « Une conférence de si grand matin avec Ferdinand ! De quoi s’agit-il donc ? de la fabrique ! » (p. 121). Ses propos révèlent aussi la participation de Gertrude à la fabrique.

40 Dans la dernière moitié de La Cousine Bette, il y a une scène où Victorin, fi ls du baron Hulot, reçoit dans son cabinet une vieille femme qui s’appelle Mme Saint-Estève. Elle lui dit : « Cette veuve [Mme Marneffe] de vingt- neuf ans a si bien fait son métier de voleuse qu’elle a quarante mille francs de rente prises à deux pères de famille.

Elle est sur le point d’engloutir quatre-vingt mille francs de rente en épousant un bonhomme de soixante et un

ans ; elle ruinera toute une honnête famille, et donnera cette immense fortune à l’enfant de quelque amant, en se

débarrassant, promptement de son vieux mari… » (Pl., t. VII, p. 387). Son rapport ne prédit-il pas la prochaine

apparition de Gertrude ?

(14)

l’essor d’un nouveau système de valeurs

41

. La monarchie de Juillet fait entrer en scène des hommes qui prétendent que “l’argent est tout” et des femmes qui aspirent à l’indépendance financière

42

. Les démarches de Gertrude rappellent celles de Valérie. En feignant de l’amour pour Crevel, Valérie profi te aussi de ses profondes connaissances en économie

43

. À cet égard, André Lorant souligne : « Le thème de la sexualité révèle la “force des choses”, l’envahissement de la vie publique et privée par l’argent »

44

.

Quoiqu’elle exerce “les tromperies de l’amour vénal”

45

envers son mari, il advient que Gertrude n’arrive pas à cacher ses faiblesses. « Vous ne savez donc pas ce que c’est que d’avoir à trouver de nouveaux mensonges chaque jour, à l’improviste, de mentir avec un poignard dans le cœur ? », se plaint-elle à Ferdinand (p. 118). Tout en éprouvant ainsi du regret d’avoir menti à son mari, elle n’abandonne jamais son intention de poursuivre ses rapports intimes avec Ferdinand. Elle ne cesse d’intriguer afin de séparer Ferdinand de Pauline. Ramel reproche à Gertrude sa perversité : « Vous jouez un rôle terrible ! » (p.

132). Pauline, elle aussi, critique la conduite de sa belle-mère : « il [Ferdinand] ne veut pas d’une femme capable d’une trahison aussi noire que l’est la vôtre envers mon père » (p. 135) ; « Vous êtes la fausseté même et vous voyez toujours le mensonge chez les

41 Jean-Claude Caron explique les paroles féminines au XIXe siècle : « La création de journaux féminins par des femmes d’origine populaire dans les années 1830 représente l’une des étapes vers l’autonomie de la parole féminine. […] Plus légaliste que la presse féminine socialisante, La Gazette des femmes réclame leur accès à l’exercice des professions libérales, le droit au divorce, des droits pour les fi lles-mères et les enfants naturels » (Jean-Claude Caron, La France de 1815 à 1848, Armand Colin, 2008).

42 À propos de l’infl uence de Balzac sur les lettres et sur les mœurs privées ou publiques, Paul Thureau-Dangin rapporte : « Nous avons connu, depuis, un tel “réalisme” et un tel “naturalisme”, que nous ne comprenons peut- être pas, sans quelque peine, quel a été alors le scandale des innovations de Balzac. Les contemporains s’en rendaient mieux compte, et, devant les premières audaces de ces romans, M. Sainte-Beuve écrivait : “Il y a eu évidemment, sous le coup de juillet 1830, quelque chose, en fait d’étiquette, qui s’est brisé et a disparu.” Le critique ajoutait, avec une grande vérité d’observation, que ce changement s’était manifesté surtout “dans la condition de la femme”. […] si l’on veut mesurer le chemin parcouru, ou, pour mieux dire, le saut fait, il suffi t de comparer aux femmes de Balzac les héroïnes où s’était complu la littérature de l’époque précédente […] » (Paul Thureau-Dangin, Histoire de la monarchie de Juillet, Plon, 1884, t. I, p. 321).

43 « Elle avait accumulé ses rentes et ses bénéfices mensuels en les capitalisant et les grossissant de gains énormes dus à la générosité avec laquelle Crevel faisait participer le capital de sa petite duchesse au bonheur de ses opérations fi nancières. Crevel avait initié Valérie à l’argot et aux spéculations de la Bourse […] elle était promptement devenue plus forte que son maître », explique l’auteur (Pl., t. VII, p. 199).

44 André Lorant, Introduction à La Cousine Bette, Garnier-Flammarion, 1977, p. 33.

45 À propos de Valérie, Balzac rapporte : « Les tromperies de l’amour vénal sont plus charmantes que la réalité »

(Pl., t. VII, p. 192).

(15)

autres… » (p. 169). Vers la fi n de la pièce, quand on blâme Gertrude d’avoir empoisonné Pauline, le général dit pour la première fois à sa femme : « Ah ! vous allez donc dire à la justice ce que vous me taisez si obstinément depuis deux jours… Oh ! lâche et ingrate créature… mensonge caressant…» (p. 201). Il l’accuse de ses gestes hypocrites, ceux qu’il n’a pu apercevoir que depuis deux jours. L’entourage de Gertrude la caractérise de ces termes : “jalouse”, “menteuse”, “insinuante”, “fausse”, “terrible”, “méchante”, “fi ne”,

“infi dèle”, “féroce”, “odieuse”, “intrigante”, “infernale”, “lâche”, “ambitieuse”, “cupide”

et “dangereuse”, alors que le général la considère comme “un ange” ou “une perle”. De tels qualifi catifs ne soulignent-ils pas le vrai caractère de la traîtresse ? Il en est de même pour Valérie qui se joue des deux vieillards crédules, le baron Hulot et Crevel, en déployant ses adroites manœuvres, c’est-à-dire avec “ces coquets mensonges”, “cette délicieuse hypocrisie” et “ces flatteries fines”. En effet, ils apprécient « les perfections de Valérie, les intonations de sa voix, ses chatteries, ses gestes, ses drôleries, les saillies de son esprit, celles de son cœur »

46

, et ils la qualifi ent “spirituelle”, “habile”, “instruite”, “délicieuse”,

“belle”, “gracieuse” et “charmante”. D’ailleurs, il y a une scène où Valérie déclare à Lisbeth ses envies sexuelles : « Wenceslas et Henri, voilà mes deux seules passions. L’un, c’est l’amour ; l’autre, c’est la fantaisie » (p. 238). Le romancier assume le point de vue des Hulot et met en lumière les facettes répréhensibles de Valérie : « cette affreuse courtisane, aussi décevante, mais aussi belle, aussi gracieuse qu’une sirène » (p. 232), « cette dangereuse Parisienne » (p. 238), « le serpent fait femme » (p. 262), « le démon femelle » (p.

375), « la diabolique courtisane » (p. 376), « une scélérate » (p. 414) et « cette venimeuse créature » (p. 430).

Certes, quelques traits caractéristiques de Gertrude rappellent ceux de Valérie comme nous avons vu plus haut, mais à travers les faits et gestes de Gertrude on ne peut pas trouver la drôlerie qui caractérise Valérie. Regardons un peu plus près cette créature. Son personnage se dévoile petit à petit : « En vraie créole de Paris, Mme Marneffe abhorrait la peine, elle avait la nonchalance des chattes qui ne courent et ne s’élancent que forcées par la nécessité. […] Ces goûts de courtisane, Valérie les tenait de sa mère […] » (pp.

150-151). Ce qui est particulier dans la manière d’agir de Valérie, c’est de “faire fortune

46 Ibid., p. 236.

(16)

en s’amusant”

47

. Elle le pratique pleinement auprès de Crevel. L’auteur explique :

« Valérie possédait des spécialités de tendresse qui la rendaient indispensable à Crevel aussi bien qu’au baron. […] dans le tête-à-tête, elle dépassait les courtisanes, elle y était drôle, amusante, fertile en inventions nouvelles. Ce contraste plaît énormément à l’individu du genre Crevel ; il est fl atté d’être l’unique auteur de cette comédie, il la croit jouée à son seul profi t, et il rit de cette délicieuse hypocrisie, en admirant la comédienne » (p. 192). Il est possible que le succès de son jeu incite Valérie à inventer d’autres nouvelles comédies.

Aussi l’appelle-t-on “la comédienne”, “cette artiste en amour”, “une actrice applaudie”

d’autant mieux qu’elle fait des minauderies en présence des hommes. Elle affecte, de surcroît, de croire en Dieu. C’est dans une pensée d’avenir que « Valérie avait ajouté l’hypocrisie religieuse à son hypocrisie sociale » (p. 189). Sur son lit de mort, elle dit à Lisbeth : « je ne puis maintenant plaire qu’à Dieu ! je vais tâcher de me réconcilier avec lui, ce sera ma dernière coquetterie

48

! Oui, il faut que je fasse le bon Dieu ! » (p. 433).

Son dernier mot reflète non seulement la drôlerie propre à une créature née pour être courtisane, mais encore son intention de jouer un certain rôle. Par ailleurs, quand il est question du comportement de Gertrude, son entourage prononce quelquefois des propos réservés au théâtre comme “la comédie”, “le jeu” et “jouer un rôle terrible” comme si elle était comédienne

49

, en dépit de sa dénégation. Cependant, à la différence d’une ambitieuse courtisane mariée

50

, l’héroïne de La Marâtre, “ce drame domestique, épouvantable”, n’a aucun rapport avec des mots qualificatifs tels que “drôle”, “amusante” ou “fertile” qui serviraient la cause de la joie.

Observons pour la dernière fois le comportement injuste de Gertrude. Il s’agit du vol de lettres que Pauline gardait sur elle. C’est Ferdinand qui lui transmet, en tant que “des armes terribles contre Gertrude”, des lettres de son ancienne maîtresse avant son mariage avec le

47 « Mme Marneffe est donc en quelque sorte le type de ces ambitieuses courtisanes mariées […] qui sont décidées à faire fortune en s’amusant, sans scrupule sur les moyens ; mais elles ont presque toujours, comme Mme Marneffe, leurs maris pour embaucheurs et pour complices » (ibid., p. 188).

48 Dans l’édition Furne en 1848, Balzac utilise le mot “coquetterie” au lieu de “séduction”.

49 Dans le manuscrit, en regardant la gestuelle de Gertrude, le Juge dit à Ramel : « Quelle comédienne ! » (acte V, scène 7). Cette expression est censurée dans l’édition originale.

50 Balzac présente Mme Marneffe : « La très jolie Mme Marneffe, fi lle naturelle du comte de Montcornet, avait été mariée au moyen d’une dot de vingt mille francs à un employé subalterne du ministère de la Guerre » (Pl., t.

VII, p. 102).

(17)

général. Lorsqu’une dispute éclate entre elles, Pauline dit à Gertrude : « Je suis allée chez Ferdinand, et j’ai trouvé vos lettres, Madame ; j’en ai pris contre lesquelles l’aveuglement de mon père ne tiendra pas, car elles lui prouveront… » (p. 137). « Je ne me trompais pas, elles [les lettres] sont sur elle ; mais il ne faut pas les lui laisser une heure », se dit Gertrude (p. 139). Ayant endormi Pauline en mettant du laudanum dans sa tasse, Gertrude lui dérobe ces lettres compromettantes qu’elle va brûler dans sa chambre. Une scène presque semblable a lieu dans La Cousine Bette. Le baron Hulot a passé une nuit avec Valérie dans la petite maison de Crevel pendant l’absence de celui-ci. Le lendemain matin, Marneffe, accompagné du juge de paix et du commissaire de police, le surprend. Le mari de Valérie lui dit : « Vous m’avez volé ma femme et ne m’avez pas fait chef de bureau. Monsieur le baron, je ne vous donne que deux jours pour vous exécuter. Voici des lettres… Oui, des lettres qui prouvent que l’enfant que ma femme porte en ce moment dans son sein est de vous… » (p. 305). D’après le baron, il tenait tant à la lettre écrite par Valérie et où il est question de l’enfant qu’il portait toujours sur lui. Mais, à son grand étonnement, la lettre de Valérie est tombée entre les mains de Marneffe. Selon l’explication du commissaire, Valérie est parvenue à la dérober au baron pendant son sommeil. Car, elle est décisive au procès correctionnel, avec toutes celles que le baron a adressées à Valérie. Par des moyens audacieux, Gertrude et Valérie s’emparent des lettres compromettantes.

Dans la scène du whist et celle de la tapisserie aux scènes 4 et 5 de l’acte II de La Marâtre, l’auteur essaie de lui donner la valeur métaphorique, comme il l’a fait dans quelques œuvres romanesques. La scène du whist est placée de telle sorte qu’elle se mêle au sort des personnages comme on l’a vu dans La Cousine Bette. Si l’on examinait de plus près ce roman, on apercevrait que les personnages ont des traits caractéristiques semblables à ceux des personnages de La Marâtre. L’attitude de Gertrude envers sa belle-fi lle Pauline nous rappelle Lisbeth qui force Wenceslas de rester toujours fi dèle à elle. La trahison de

“son enfant” métamorphose la bonne mère en marâtre. D’autre part, Valérie et Gertrude ont

recours aux “tromperies de l’amour vénal” en présence des vieillards afi n de leur escroquer

de l’argent. Leur espoir est de profi ter d’une vie bien pourvue avec leur amant. Le baron

Hulot et le général Grandchamp, anciens officiers bonapartistes, se laissent prendre au

piège tendu par elles : tous les deux sont amoureux fous des jeunes femmes, alors qu’ils ne

connaissent pas bien le nouvel art d’aimer sous la monarchie de Juillet, différent de celui

sous l’Empire. Leur passion est tellement puissante qu’elle met enfi n la famille dans une

situation désespérée. Mais les deux femmes fi nes et ambitieuses, qui inventent des intrigues

(18)

machinées, n’échappent pas au sort providentiel. Elles se trouvent fi nalement précipitées dans un abîme : l’une est empoisonnée par son amant, l’infamie de l’autre provoque son amant à s’empoisonner

51

. L’amour est destructeur. Tel est le thème principal de La Cousine Bette

52

. Le même thème est traité dans La Marâtre. Il est possible que Balzac se rappelle, lors de la conception de sa nouvelle pièce, quelques scènes de ce roman dont la première page commence par “une véritable scène de comédie dialoguée”

53

, et qui est révisé et édité de 1846 à 1847

54

. Pour mieux comprendre La Marâtre, il convient de prendre en considération certaines parentés qui existent entre cette œuvre théâtrale et d’autres œuvres romanesques de Balzac

51 À propos de la création du personnage Valérie, Anne-Marie Meinninger indique : « Valérie, à cet égard, est sans doute plus encore le refl et de fantasmes que de réalités. Mais de fantasmes construits à partir de réalités ; tantôt primordiales, tantôt plus fugitives. […] Ainsi, dans sa propre création, Balzac représente la création artistique par la plus célèbre version de ce thème unique et obsédant : la femme détruit l’homme » (Anne-Marie Meinninger, op.

cit., p. 32 et p. 34).

52 Pierre Barbéris remarque : « Mais il y a plus et mieux que ce réalisme : c’est que Balzac, à la différence des idéalistes romantiques bien-pensants et bourgeois, au lieu d’évoquer l’amour comme quelque grande merveille, l’évoque comme un véritable enfer […] » (Pierre Barbéris, Préface à La Cousine Bette, Gallimard, 1972, p. 18).

53 Roger Pierrot remarque à propos de l’originalité de ce roman : « Préoccupé presque autant par le théâtre que par la technique du roman-feuilleton, Balzac va, après quelques tâtonnements, abandonner son procédé habituel de lente exposition descriptive du cadre romanesque, commencer son récit par une véritable scène de comédie dialoguée, la visite de Crevel à Adeline Hulot » (Roger Pierrot, Commentaires à La Cousine Bette, Librairie Générale Française, 1984, p. 495).

54 Après avoir fait paraître La Cousine Bette en feuilleton dans Le Constitutionnel du 8 octobre au 3 décembre

1846, Balzac n’a cessé de réviser le texte pour l’édition originale qui allait être mise en vente volume à volume, de

janvier à avril 1847.

(19)

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(21)

『継母』の登場人物の生成過程について

大 下 祥 枝

要旨

 本稿では、バルザックの5幕悲劇『継母』(1848年)の登場人物の生成過程について、同作家の小 説作品の作中人物の思考や行動様式と関連づけながら考察を試みた。

 『継母』の第2幕4場と5場で一家の主である

Grandchamp

将軍と来客がトランプゲームの一種「ホ イスト」に興じる場面と、その傍で継母

Gertrude

と娘

Pauline

がタペストリーを一緒に織る場面に 注目してみると、先ず、『従妹ベット』においてトランプのハートの札に作中人物の運命が暗示され ているごとく、この劇作品でもトランプのキングの札をめぐる遣り取りを通して、

Grandchamp

軍の家庭内の立場を象徴的に表わす仕掛けがとられているようである。次に、密かに同じ男性を愛 する二人の女性がタペストリーに向かう様子を理解しようとする時、『谷間の百合』の主人公がタペ ストリーに込めた気持ちを語る場面がヒントになり、さらにタペストリーの織り手は制作中の作品 の裏側を見ながら織り進めるという特殊な手法が、本心をあかそうとしない女性の姿と重なるよう である。『ベアトリクス』『三十女』『柘榴屋敷』、『アルベール・サヴァリュス』等の小説作品にお けるタペストリーを使ったメタファーの手法が、劇作品にもいかされている例とみなせるだろう。

 

Gertrude

Pauline

の精神的な繋がりの脆弱さは、『従妹ベット』の主人公

Lisbeth

と彼女が子

供のように面倒をみていた

Steinbock

との間でも描かれており、継母という単語(

marâtre

)の効

果的な使用も類似している。また、年齢差が著しい若い女性に心を奪われる老人の姿、老人を手玉 にとって自らの懐を肥やす女性の処世術、他人の手紙を盗む女性、社会の変革に対応できないナポ レオン軍の元将校が没落する様子等、『継母』と『従妹ベット』の間では、似通った生き方をする人 物達が描かれている。作者が、戯曲の制作に着手する直前まで『従妹ベット』の加筆・修正を行っ ていたことも、両作品間の共通性を生む切っ掛けになったであろう。いずれにしろ、バルザックの 劇作品を解釈する上で、同作家の小説作品の作中人物の思考や行動様式が参考になる場合もあると 言えるのではないだろうか。

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