SAINT-CYRAN r.,771‘ PASCAL
Preface
Nous nous proposons dans cette etude de preciser la port& de l'influence saint-cyranienne exercee sur Pascal, notamment sur les
«Pensees», at de la constater de facon objective, c'est4dire textuelle.
M. Jean IVIesnard, dans son article tres interessant L'invention chez Pascal, declare nettement que «Pascal travaille sur les lieux communs de son temps, mais ii ne subit pas d'influence precise>> (Pascal pre- sent, Collection Ecrivains d'Auvergne, G. de Bussac, Clermont-Ferrand, 1963, p.45). <Ii est cependant deux livres», continue-t-il, «dont Pascal s'est vraiment nourri et qui ont marque sa personnalite, la Bible et les Essais de Montaigne. Mais pour le premier, Yid& d'influence est inconcevable: livre de verite, la Bible s'impose au chretien comme la nature au savant; c'est un donne qu'il faut comprendre et assimiler.
Quant S Montaigne, Pascal lui doit assurement beaucoup, plus encore, croyons-nous, qu'on ne l'a dit; mais le rapport qui existe entre Fun at l'autre n'est aucunement celui de maitre a disciple. En face du premier, l'attitude du second est constamment celle de l'adversaire qui lutte, meme lorsqu'il admire; au reste, dans les emprunts meme textuels, la pensee du modele est souvent bouleversee de la maniere la plus imprevisible. En fin de compte, Pascal trouve dans les Essais un temoignage privilegie sur l'homme, qu'il utilise encore a la maniere d'un document>> (ibid. pp.46-47). Ainsi, on peut dire la meme chose, scion M. Jean Mensard, de Jansenius dont la Series a servi de
«canevas;› pour l'Abrege de la vie de Jesus-Christ, et de Raymond Maritin auteur du Pugio fidei que Pascal apologiste utilise comme d'un
«manuel d'exegese juive», at de Grotius dont le De veritae religionis Christianae a fourni «quelques renseignements sur Islam>›, at ainsi de suite.
Ii va de soi que nous sommes en accord, en regle generale, avec cc
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que nous indique M. Jean Mesnard un des erudits les plus distingues d'etudes pascaliennes de notre temps. Nous sommes obliges, cepen dant, de faire une exception, une seule peut-etre. C'est le cas, a propos, de l'abbe de Saint-Cyran.
L'etude comparative des textes saint-cyraniens et pascaliens, quoiqu'elle soit encore tres loin d'être exhaustive, nous amene de plus en plus a nous persuader de l'inspiration saint-cyranienne sur Pascal, l'inspiration bouleversante au premier abord qui continuait, a ce qu'il nous semble, a penetrer le coeur de Pascal au fur et a mesure de sa vie aussi militante que contemplative.
Nous nous permettrons de citer, pour le moment, a titre d'exemple, le fragment 706 de Pedition Lafuma de Pensêes:
Lier et daier. Dieu n'a pas voulu absoudre sans l'Eglise. Comme elle a part a l'offense ii veut qu'elle ait part au pardon. Ii l'asso-
cie a ce pouvoir comme les rois (et) les parlements; mais si elle absout ou si elle lie sans Dieu, ce n'est plus l'Eglise: comme
au parlement; car encore que le roi ait donne grace a un homme
si faut-il qu'elle soit enterinee; mais si le parlement enterine
sans le roi ou s'il refuse d'enteriner sur l'ordre du roi, ce n'est
plus le parlement du roi, mais un corps revolte.
L'edition Lafuma nous donne la note ainsi qu'il suit: «Sur la Copie le titre: Lier et Delier, tombe a la confection du Recueil.—Cf. St Matth., XVI, 19: «Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux;
et tout ce que tu lieras sur la terre sera lie aussi dans les cieux;
et tout ce que tu deliera sur la terre sera aussi delie dans les cieux.›>
(Notes, Editions du Luxembourg, 1951, p.132). L'edition Tourneur ajoute la remarque qui suit: «—Titre emprunte au sommaire de la Bible de Louvain pour le chapitre XVI de Matthieu, verset 19:
«Et je te donnerai, etc.» Ce titre ne figure que dans la Copie.»
(Pensees, II, Editions de Cluny, 1941, p. 148). Brunschvicg ne donne que le texte. Bref, tous ces trois grands commentateurs de Pascal sont unanimes a ne s'etre pas avise de rechercher, pour le fragment en question, d'autre source que celle de la Bible.
Or, nous trouvons dans le «Traite de la Penitence par feu Monsieur
l'Abbe de Saint Cyram> le passage suivant:
Puissance de her et de Mier.
Les pretres n'ont regu la puissance de &her que parce qu'ils ont regu celle de her les ames des pecheurs, car, supposant que
ce tribunal n'est constitue que pour ressusciter les 'Ames des pecheurs et pour effacer en eux les 'Aches mortels qui leur
causent la mort, it est certain que les pretres les ont toujours,
selon l'ordre veritable de l'Eglise, lies et deli& et tenus assujettis A la penitence avant d'entreprendre de les delier.
Dieu, par une admirable regle de sa Providence, afflige souvent de divers et longs maux un fidele qui peut passer pour un homme
de bien, et ne se fie jamais a lui et ne le traite jamais comme
son ami et son cher enfant, qu'apres l'avoir eprouve longtemps;
en cette maniere les pretres doivent imiter la sagesse de Dieu et ne s'amuser pas aux paroles et aux bonnes affections des pecheurs nouvellement convertis, mais ii faut voir des preuves,
par cette vole penible, de leur veritable conversion, et lorsqu'ils
seront demeures constants et perseverants dans la penitence, ils
pourront se confier a eux, leur donnant les sacrements et les
recevant a la communion de 1'Eglise comme s'etant rendus dignes d'être de ses enfants. (Jean Orcibal, La spiritualite de Saint-
Cyran avec ses ecrits de pietê Vrin, 1962, p.305)
Nous pourrions prendre les premieres lignes du fragment pascalien pour une sorte de résumé de la pens& saint-cyranienne. Et, ensuite, nous trouvons aussi dans la meme serie des pensees de Saint-Cyran, at sous le titre "De la confession", cet autre passage:
Quand le Roi donne abolition d'un crime, en est toujours oblige a l'enterinement qui se fait par le Parlement oit sont ses
juges, comme les pretres dans 1'Eglise, qui font ce que le
Parlement fait, le font a l'egard du pecheur a qui Dieu a déjà donne abolition de son crime par la secrete confession sans exclure
la grace que les pretres donnent par l'absolution. (ibid. p.387)
Pour quiconque etudiera avec attention les trois textes que nous
avons cites, la ressemblance entre nos deux auteurs sera assez
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frappante pour y etablir une etroite similitude. Ajoutons que les disciples de notre abbe martyr etaient tres desireux de voir les ecrits de leur maitre dont les religieuses de Port-Royal, Marie de Sainte-Claire par exemple, se chargeaient de transcrire les lettres et les considerations chretiennes innombrables, jusqu'a cc qu'elles en devinssent aveugles. Du reste, ii faudrait remarquer que le Traite de la Penitence a ete pour Saint-Cyran comme un chant du cygne.
M. Jean Orcibal nous indique que da premiere allusion au Traite de la Penitence semble se trouver dans une lettre ecrite par Saint- Cyran a Arnauld d'Andilly peu aprês l'espece de retractation qu'il avait adressee a Chavigny (14 mai 1640)» (ibid. p. 275). Leon.
Bouthillier, comte de Chavigny, devenu secretaire d'Etat en 1632, garda toujours des preoccupations religieuses et «ne cessa pas de considerer comme un directeur celui qui fut son prisonnier Vincennes» (Orcibal, Jean Duvergier de Hauranne, abbe de Saint-Cyran et son temps, Vrin, 1947, p.381). Nous voudrions reproduire le passage necessaire en nous appuyant sur un manuscrit de la Memoire de M. Lan-
celot, qui peuvent servir a la vie de feu Mr. de St Cyran. Pour en respecter le vieux et modeste style, nous le donnerons tel qu'il est,
sans y ajouter aucune rectification.
Je demande pardon de ma liberte et vous prie dormer cela a mon zele & au botlillenernent que je
ressenti en moi & qui me dure. Car je ne puis regarder ceux qui me font la guerre que repee a la main & cornice un
homme qui ne demande qu'a combattre pour in verite a peine d'y perdre la vue, quand ii n'y avoit autre chose
sinon qu'on m'interroge entre 4 murailles sans parties,
sans temoins & contre toute ordre de la justice & partic-
ulierement contre cette sentence de l'ApOtre ne recevez
point d'accusation contre un Prètre sans 2 ou 3 temoins.
Its ont sujet de craindre les jugemens de Dieu desquels je voudrois les preserver par mes prieres. Je vous declare
que je suis a lui jusqu'a la mort. Et si St Cyprien a aime l'unite de l'Eglise en defendant une mauvaise cause qu'il
croiroit bonne, je l'aime a plus forte raison en en defendant une
bonne contre tine mauvaise a mon avis quoique je l'apelle
probable parce qu'elle n'est pas encore decidee. Si je meurs je suis heureux que Dieu rn'a fait la grace de faire
penitence pour mes pechez en defendant la penitence et empechant que l'on acheve de la ruiner entierement. Car c'est de quoi ii s'agit.
Je no scay si je l'exprimerai par un ecrit a part que l'on pourra vous faire voir. Je pourrai vous dire quelque chose de particulier pour vous faire voir le tort qu'ils se font
plus qu'a moi, mais ii suffit que vous le verrez dans le ciel si Dieu ne veut pas que Faye l'honneur de vous voir avat que de mourir.
(ms. 2481, la Bibliotheque Mazarine, pp. 154-155) Nous sommes donc stirs que l'«ecrit a part» de Saint-Cyran a ete conserve, recopie, comme on le faisait toujours des manuscrits du saint prisonnier a Vincennes, par Arnauld fidele ami et disciple de toute la vie de notre abbe.
Comme on le sait, ii s'agit ici, dans les deux pensees citees, de la
«contrition» qui est condition «necessaire» de l'absolution que Saint-Cyran defendait contre l'«attrition» qui est «suffisante avec le sacrement», tout en laissant, cependant, le discernement au <<tribunal de Dieu» puisque «ce sont des mouvements interieurs de la grace
de Dieu que lui seul est capable de connaitre et de discerner».
M. Jean Orcibal nous montre le rapport entre le Traite de la Penitence et le Livre de la FrEquente Communion d'Antoine Arnauld et nous indique qu' «il ne parait pas douteux qu'Arnauld ait connu le Traite de la PÉnitence» (ibid. p.279). Pascal aurait ete admirateur de
«la Frequente Communion» comme tous les port-royalistes. Cependant, la tournure du fragment pascalien (notamment le mot «enterinement») nous montre qu'il a puise directement a la source saint-cyranienne.
Cela devait etre une chose tout a fait possible, puisqu'il connaissait d'Andilly a. Port-Royal. Et, sinon de d'Andilly directement, par l'entremise ou d'Arnauld, ou de Lancelot, ou de Singlin, ou de Sacy, Pascal aurait pu avoir la chance de lire et relire le Traite de l'abbe martyr. Toujours est-il qu'il n'est pas douteux que Pascal ait ecrit le fragment 706 sous l'influence immediate de Saint-Cyran.
Et le rapport qui existe entre ces deux auteurs est parfaitement
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celui de «maitre a disciple».
Nous voudrions, ensuite, faire un rapport sur l'inspiration saint-
cyranienne a Pascal, dont nous pourrions trouver des marques plus
ou moins distinctes dans ses Pensees, toujours en suivant l'ordre qui
a ete etabli grace aux travaux si laborieux que notre grand maitre
M. Lafuma a poursuivis jusqu'a sa mort. Ii va sans dire que le
rapport suivant n'est qu'un choix et qu'il reste encore bon
nombre de fragments a l'egard desquels nous ne parvenons pas
encore a nous assurer de la correspondance avec les ecrits de
Saint-Cyran. Ii y a aussi des fragments qui ne peuvent, par nature,
avoir aucune relation avec Saint-Cyran, qui ne sont qu'actualites pures
et simples, notes d'etude de l'Ancien Testament, pensees sur les
sciences naturelles, ecrits sur le «miracle>›. A regard de ces derniers,
nous nous bornons, pour le moment, a citer un passage de Lancelot
qui nous raconte:—«-Un jour M. Rebours lui voulant raconter une
histoire tres particuliere qu'il disait etre arrivee a une bonne femme,
M. de St-Cyran ne voulut pas seulement l'ecouter, lui donnant a
entendre qu'il ne fallait s'arreter qu'a la voie la plus ordinaire que
Dieu nous avait marque dans l'Evangile...» (De l'esprit de Monsieur
de St Cyran, ms. 2482, Mazarine, chap., 3, p.9).
Etude Comparative
Pensees, 6
. 1. Part. Que la nature est corrompue, par la nature meme Voila une des theses les plus fondamentales du jansenisme et du saint-cyranisme, a laquelle Pascal donnera de belles couleurs sous tous ses aspects. Nous nous bornerons, pour l'heure, a donner seule- ment deux fragments de notre abbe.
St-Cyran
L'homme laisse a soy-mesme.
( ) Ii n'y a homme, quelque juste qu'il soit, qui estant laisse de Dieu dans sa corruption naturelle, ne puisse commettre toute
sorte de pechez.
(Maximes saintes et chretiennes, 149, p. 38) Corruption de l'homme.
Les Philosophes Payens ont bien connu que l'homme etoit un abrege du grand monde & toutes les beautez qu'il contient,
mais ils ont ignore que chaque homme fust un grand monde de
corruption, & que tout ce qu'il y a d'infection dans la veue
de toutes les creatures du grand monde, vient de l'abondance
de l'impurete qui est renfermee dans chacun de nous. Si les hommes sortis d'Adam n'etoient point dans la terre, ii n'y auroit rien que de bon dans le monde.
(ibid., 529, pp. 156-157)
Ces deux fragments de Saint-Cyran sont tires des Maximes saintes
,et chretiennes , tirees des Lettres de Messire Jean du Verger de
Hauranne Abbe de Saint Cyran, nouvelle edition augmentee de plus
de six cens maximes, publiees «chez Charles Osmont, rue Saint Jacques,
au coin de la rue de la Parcheminerie, a l'Ecu de France, en l'annee
de M. DCCIII». Nous y trouvons un avertissement au lecteur qui
nous dit que Recueil des Maximes saintes & chretiennes repandues
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dans le premier volume des Lettres Spirituelles de Monsieur l'Abbe de Saint Cyran, qu'on a donne au public it y a quelques annees, a este si-bien receu, non seulement en France, mais aussi dans les pays &rangers oü il a este reimprime, qu'on a juge a propos de les revoir de nouveau, & d'y joindre un extrait semblable du second volume des Lettres du mesme Auteur». Nous y trouvons aussi l'approbation des docteurs faite, «A Paris cc quinzieme Decembre 1648» et l'extrait du privilege du roi avec la note suivante—«Acheve d'imprimer pour la premiere fois le 18 Aoust 1648». M. Jean Orcibal fait mention d'une publication des' Maximes saintes at religieuses ,.
(c20 ed., 1653 (reimprime en 1657, 1659, 1662, 1678)» (Les origines du janse,nisme: III, Vrin, 1948, p.152). Ce sont peut-etre les memes.
Pourtant, notre «approbation» et notre «privilege» donnent tour les deux le titre «Maximes Saintes Chrestiennes» et non pas «saintcs et religieuses». On ne salt pas pourquoi. Et, quoique nous n'ayons pas pu constater ces differentes editions, enumerees par M. Orcibal, derniere date (1678) s'accorde bien avec celle de la bibliographic de Jaccard (Saint Cyran, prÉcurseur, Lausanne, 1944, p.339). Et c'est, scion Jaccard, la date de <4e augmentee». Done, notre edition dolt etre une des reimpressions de la meme. Toujours est-il que notre petit et beau livre in 12' contient en ses 353 pages la quintessence des deux volumes des lettres chretiennes de l'abbe de Saint-Cyran
«dont it s'est fait tant d'editions avec l'approbation d'un -fort grand nombre de cardinaux, d'archeveques et d'eveques, qui les ont con- siderees comme l'ouvrage de nos jours qui donne la plus haute et la plus parfaite idee de la vie chretienne.» (Racine, Grands Ecrivains, IV, p.417). C'est un fait d'une grande consequence pour nous. Car Pascal les a lues. Nous ne disons pas cela par une simple conjecture en nous basant sur les dates de publication des Lettres chretiennes et spirituelles dont le premier tome parut en 1645 et le deuxiême en 1647 ni en nous appuyant sur le temoignage assez vague de Gilberte Perier qu'on trouve dans sa Vie de Jacqueline Pascal et qui nous indique seulement «des ouvrages de M. Jansenius, de M. de Saint-, Cyran, de M. Arnauld et des autres ecrits dont» toute la maison de Pascal fut «tres-edifiee» ou seulement des petis traites de M.
de Saint-Cyran» scion lesquels Jacqueline se prepara au sacrement
de confirmation (V. Cousin, Jacqueline Pascal, Didier, 1878, neuviême edition, pp.62-63). Nous pouvons dire que Pascal a in les Lettres chretiennes aussi que les Maximes parce que nous trouvons dans les ecrits de Pascal des reflets de sa lecture comme on le verra bientot. En passant ii nous faudrait attirer l'attention sur le fait que Pascal n'a fait mention que d'un seul titre des oeuvres saint- cyraniennes, c'est-a-dire lettre de M. de Saint-Cyran, De la Vocation»
(Lettre de Blaise et de Jacqueline a Mme Perier leur soeur, ler avril 1648).
Pensees, 23
Vanite des sciences. La science des choses exterieures ne me consolera pas de l'ignorance de la morale au temps de l'affliction,
mais la science des moeurs me consolera toujours de l'ignorance
des sciences exterieures.
Saint-Cyran Science & foy.
Ii y a cette difference entre les mouvements interieurs qui naissent de la connoissance que la science apporte, & ceux qui
naissent de la connoissance que donne la foy; que les uns viennent
des sens exterieurs clans le coeur, parce que la connoissance de
la science des hommes passe des sens an coeur: & les antics
au contraire passent du coeur dans les sens; parce que les effets
de Dieu se forment premierement dans le coeur & dans in volonte,
& passent en suite dans l'entendement & clans les sens scion qu'il luy plaist. Et pour cette raison quand Dieu instruit &
touche l'ame par sa parole divine qui est la semence de la foy, it excite les mouvements de la grace dans le fond du coeur &
clans l'ame, ofl us sont quelquefois retenus fort long-temps dans
cette paix qui surpasse tout sentiment, sans que l'ame s'en appergoive: & ce qui est plus admirable, c'est que Dieu differe
d'exciter les mouvements, & mesme les effets de la parole divine
dans le coeur, long-temps apres qu'on l'a entenclue, qu'on l'a
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receue, & qu'on l'a cachee, comme une semence qui ne germera que lors qu'il plaira a Dieu. C'est pourquoy dans l'Evangile
des semences, la terre, c'est-à-dire, l'ame qui produit incontinent
son fruit avec joye, se perd bientost apres dans la moindre tentation. (M.S.C., 721, 244-245)
Charite bien reglee.
( ) Mais nulle bonne oeuvre exterieure ne scauroit pour l'ordi- naire avoir cette vertu, si elle ne naist de la sante de l'ame, &
du reglement interieur des moeurs, comme les fruits & les fleurs
ne peuvent sentir bon que tandis qu'ils conservent la purete
& la vigueur de leur nature. ( ) Car Dieu n'aime pas tant nos oeuvres que nos personnes; & ii prend plus de plaisir a regarder
nos ames, que nos actions qui ne luy agreent qu'a l'egal de la
satisfaction qu'il a de nous, & du plaisir qu'il prend a nous
considerer tels que nous sommes dans le coeur & dans le reglement
de nostre vie interieure, c'est-a-dire dans nos mouvements secrets,
dans nos passions imperceptibles. ( )
(M.S.C., 872, pp. 30G-207) Les pensees saint-cyraniennes nous aident a mieux saisir ce que Pescal veut dire. D'abord, «la science des choses exterieures» ne nous console pas, parce que ses <anouvements interieurs» c'est-a-dire mouvements de l'esprit humain , viennent «des sens exterieurs», vien- nent de la nature, et que la nature, par definition, ne peut exciter des mouvements de la grace». Ensuite, «la sience des moeurs» de Pascal, qui n'est autre que <le reglement interieur des moeurs» , c'est- a-dire le reglement de «notre vie interieure» et de <mos mouvements secrets» de Saint-Cyran, nous console, parce que Dieu a de la «satis- faction», prend du «plaisir» quand it nous considêre purs et sains dans le coeur par la charite.
Ainsi, la dissemblance exterieure des expressions de nos deux auteurs ne nous empeche pas de deviner la matiere commune . Pascal scientiste
«invente» a sa maniere. Mais ce n'est jamais a l'encontre de Saint-
Cyran.
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