Essai sur l'etude de la langue francaise vers la fin du regime de Tokugawa.
Sadao TANAKA
I. L'oeuvre de Leon Roches.
Les dernieres annees des Tokugawa ont ete marquees par une decadence dans tous les do- maines sociaux.
Bien qu'il n'y eut aucune pression de l'exterieur, le regime du Bakufu d'Edo marchait vers la ruine.
Cependant, malgre cette situation lamentable du pays, nous sommes obliges de tenir compte du fait qu'une partie du gouvernement d'alors poussait activement a une politique d'ouverture vers les pays etrangers.
Ces partisans du renouveau, qui connaissaient deja suffisamment revolution des pays d'occi- dent, etaient decides a adopter le plus vite possible leur civilisation.
Un de ces leaders, OGURI Kozuke-no-suke, etait un fervent du changement radical. Il recla- mait, par exemple, la suppression du regime feodal et preconisait un gouvernement centralise par le Bakufu. A cette condition seulement on pourrait construire, a l'exemple de l'Occident, une nation moderne.
C'etait au moment oil ces evenements se deroulaient que Leon Roches arrivait au Japon.
Leon Roches debarqua en 1864 (1 ere annee de Genji). Il avait 56 ans. II devenait le deuxieme Ministre Plenipotentiaire de France apres P. du Chesne Bellecourt.
Avant d'être nomme a cette charge, Roches dirigeait une maison de commerce en Algerie, et comme it parlait couramment l'arabe, it servait egalement d'interprete dans l'armee francaise en Afrique. 11 s'etait battu en qualite de sous-lieutenant de cavalerie pendant la guerre. Comme diplo- mate, on peut dire qu'il avait eu une carriere originale(1).
L'annee ou it arriva au Japon, Rutherford Alcock (1809-1897) et Robert Hewson Pruyn (1815-1882), le premier representant l'Angleterre et le second l'Amerique, rentraient dans leur pays respectifs.
Le diplomate americain etait le premier arrive au Japon mais l'anglais Alcock deploya une grande energie pour la cause de son pays.
Ainsi Bellecourt qui n'avait aucune experience du Japon et qui etait loin d'egaler le talent de son collegue anglais, ne put faire aucune oeuvre durable. Roches avait donc une chance d'obtenir 'une place de choix dans le corps diplomatique .
Grace a sa nomination, it put entrer immediatement en relations amicales avec les francophiles du gouvernement japonais, par exemple: OGURI Kozuke-no-suke et KURIMOTO Joun. Ces deux amis le presenterent ensuite a quelques-uns des personnages de marque du Gouvernement, tels que MIZUNO Izumi-no-kami (roju: Conseil des Anciens) et SAKAI Hida-no-kami (wakadoshiyori:
Conseil des Jeunes Anciens) qui lui promirent leur puissant appui.
Il est evident qu'il mit un certain temps a s'adapter et avoir une connaissance suffisante de la situation politique du Japon, mais nous savons que c'etait un travailleur acharne et on dit qu'il pos- sedait un don special de pacificateur.(2)
Roches ne resta au Japon que cinq ans, mais pendant ce sejour relativement court it sut don- ner toute la mesure de ses capacites, car it a laisse, en dehors du College Francais de Yokohama, qui fera l'objet du paragraphe II, plusieurs oeuvres remarquables dont voici les principales:
1. La construction de l'arsenal de Yokosuka.
2. La Mission Militaire Francaise.
1) La construction de l'arsenal de Yokosuka,
A l'automne de 1864, le Bakufu des Tokugawa elabora, sur le conseil de Leon Roches, le plan d'un arsenal (3), et it chargea ce dernier de sa construction.
Roches, a son tour, nomma responsable des travaux Francois Leonce Verny (1837-1908), parent eloigne de Roches. Verny arriva au Japon en 1865; it etait ingenieur de la marine militaire francaise. Comme emplacement de l'arsenal Verny choisit Yokosuka, qui etait alors un vieux village de pécheurs, parce qu'il trouva que cet endroit ressemblait etrangement a celui de Toulon.
La construction commenca vers le mois de juin 1866. Le projet qui prévoyait quatre ans de travaux, dut etre interrompu parce que, en cours de route, en 1868, le gouvernement des Tokugawa fut renverse.
Vers la fin du regime des Tokugawa plusieurs grands fiefs menacaient deja le gouvernement, des luttes intertines opposaient partisans des Tokugawa et ceux de ces fiefs. Un gouvernement pro- visoire fut meme constitue. Les fiefs en revolte etaient soutenus par l'Angleterre, tandis que la France favorisait les Tokugawa. D'ou tiraillement inevitable entre les deux pays occidentaux.
Le gouvernement des Tokugawa dut enfin capituler et ce fut la restauration de Meiji. Leon Roches, qui etait l'envoye de la France, dut alors quitter le Japon.
Le nouvau gouvernement de Meiji confisca fonds et biens et prit a son compte la continuation des travaux de l'arsenal. Leonce Verny, en tant que technicien, poursuivit l'ceuvre commencee jusqu'a son achevement qui eut lieu en 1876.
Des le debut de la construction de l'arsenal, Verny se preoccupa egalement de former des Japonais pour qu'ils soient capables de diriger la marche de l'arsenal apres le depart des Francais.
D'apres une lettre que Verny adressa a Roches et selon d'autres documents, nous pouvons avoir un apercu du projet qui devait aboutir a la fondation, en 1866, d'une ecole superieure d'archi- tecture navale. Nous donnons ici le plan presume de ce projet(4).
1. Ecole Superieure d'architecture navale pour les ingenieurs.
a) Examen d'entree.
Le candidat, pour etre admis a suivre les cours de cette ecole, devra reussir un concours de francais et de sciences elementaires.
Ce candidat, pour cela, devra avoir suivi les etudes dans le College Francais de Yokohama
ou d'un êtablissement similaire.
b) Age: entre 17 et 21 ans.
c) Duree des cours: trois ans.
d) Traitement:
Un salaire sera alloue a ceux qui travaillent pour le gouvernement.Les deux qui auront ob- tenu les meilleures notes a la fin de leurs etudes seront envoyes en France pour etudier pen- dant deux ans.
e) Programme des cours.
— Premiere annee:
Mathematiques, Geometrie, Graphique,
Physique, Geographie, Francais superieur,
Dessin.
— Deuxieme annee:
Mathematiques, Geometrie, Mecanique, Physique, Chimie,
Sciences naturelles,
Francais superieur, Dessin.
— Troisieme annee:
Physique et etude des materiaux, Stereotomie,
Chimie,
Architecture navale.
-Horaire de la journee:
8h30-10h: cours,
10h-11h: etude,
13h-15h30: dessin,
15h30-16h30: cours,
16h30-18h: dessin libre ou questions .
Le mardi, de 8h30-11h, Le mercredi, apres-midi,
theme francais.
si on a obtenu une bonne note en dessin, conge.
2. Ecole d'architecture navale pour techniciens.
a) Un jour sur deux,
trois heures de cours.pour le graphique, pour la mecanique, pour la geometrie.
b) A la place du francais on peut ch
oisir le japonais.c) Dans les operations se servir des chiffres arabes.
Ces deux ecoles durent fonctionner a peine deux ans environ, et le nouveau gouvernement de Meiji les supprima en 1868. Faute de documents en notre possession, nous ne pouvons donner aucun resultat des 2 ans d'existence de ces ecoles.
En 1872, 4 ans plus tard, elles furent reouvertes, mais elles ne repondaient plus au plan de Verny et n'avaient plus la meme importance.
D'apres une enquete de l'Education Nationale faite en 1875, it n'y avait alors que 2 profes- seurs francais et 31 eleves.
2) La Mission Militaire Francaise.
Des 1864, le Bakufu des Tokugawa, avait decide, pour moderniser l'armee de terre du gou- vernement, d'inviter des conseillers militaires etrangers des trois armees d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie.
A ce moment-la, un detachement de soldats anglais se trouvait a Yokohama. Comme on le sait, les Anglais etaient deja en Chine. Le Bakufu, pour eviter d'être attaque par les puissances etran- geres, cherchait a entrer en relation avec elles. Mais it etait en butte avec quelques grands fiefs qui
etaient opposes a toute ouverture. De nombreux etrangers furent meme tues, surtout des Anglais.
Le gouvernement anglais ordonna donc a ses soldats de Chine d'aller proteger le territoire reserve aux Ambassades etrangeres de Yokohama. C'est ce qui explique la presence a cette époque de sol- dats britanniques a Yokohama.
Une partie du gouvernement du Bakufu proposa d'envoyer en Hollande un certain nombre de jeunes Hatamotos (samourais du shogun), en vue de former les cadres de l'armee japonaise. Pour-
quoi le gouvernement avait-il choisi la Hollande? Parce que celle-ci faisait le commerce avec le Japon depuis tres longtemps. Helas, pour des raisons economiques, le gouvernement ne pouvait pas faire les depenses qu'une telle entreprise exigeait. Et comme it lui tardait de commencer auplus tot, it s'adressa aux Anglais qui etaient sur place.
Le Bakufu etait déjà pret a mettre ce projet a execution, mais l'Ambassadeur anglais tardait a
donner sa reponse, pretendant que son gouvernement etait indecis.
Et pour cause! L'Angleterre faisait depuis quelque temps des approches, nous le savons, avec quelques grands fiefs antigouvernementaux. C'est pour cette raison que le Bakufu, las d'attendre, demanda a Leon Roches, par l'intermediaire de KURIMOTO Joun, un envoi de conseillers mili- taires francais. C'etait au mois de decembre 1865.
Roches d'abord n'osa pas non plus donner de reponse positive, a cause de l'attitude de 1'Angle- terre. Toutefois, it connaissait l'option nette du Bakufu en faveur de la France, et it pensait co- operer a fond a la reforme de l'armee de terre du gouvernement japonais qui, de cette fawn, pour- rait s'opposer effectivement par la force aux grands fiefs antigouvernementaux.
Apres quoi, Roches pourrait non seulement retirer de cette situation quelques avantages pour la France, mais encore par ce moyen, reduire l'influence de sa rivale 1'Angleterre.
Leon Roches envoya la requete japonaise a Drouyn de Lhuys, Ministre, Secretaire d'Etat au departement des Affaires Etrangeres de Paris. Celui-ci, a son tour, s'adressa au Marechal Randon, Ministre des Armees de terre. C'est ce dernier qui choisit les conseillers qui devaient faire partie de la Commission militaire desiree par le Bakufu.
Un contrat fut signe le 29 septembre de la 2e annee de Keio (le 6 novembre 1866, selon le calendrier europeen).
Peu avant, Flury Herard, que Leon Roches avait presente au Bakufu, etait nomme officielle- ment par le Bakufu lui-meme charge d'affaires du gouvernement japonais a Paris.
Herard, banquier de Paris, avait investi des capitaux dans les pays d'Asie. C'est lui donc qui signa, au nom du gouvernement japonais, le contrat des Conseillers militaires francais.
Des que la nomination de cette Mission militaire fut connue, les journaux publierent la nou- velle. "Le Monde Illustre"(s) surtout presenta a ses lecteurs les grands traits de la carriere des principaux officiers de cette mission. Nous donnons ici l'article de ce journal;
"La Mission Militaire Franc aise au Japon"
Une actualite interessante: S. M. l'Empereur envoie une mission militaire au Japon.
On sait 1'immense accroissement des transactions commerciales entre la France et cet interessant pays; depuis la derniere guerre faite par le contre-amiral Jaures, le gouvernement du TaIcoun apprecie de plus en plus les avantages a retirer pour lui, tant au point de vue scientifique et com- mercial qu'au point de vue militaire, d'une alliance solide avec l'Empereur Napoleon III.
Depuis longtemps déjà l'influence francaise agit avec succes au Japon: la mission du ministere des affaires etrangeres, a la tete de laquelle est aujourd'hui M. le consul general Leon Roche(6) , a montre aux Japonais tout l'interet de l'amitie de la France; ensuite, notre ministere de la marine a fourni, au moyen de son personnel d'ingenieurs et d'officiers de marine, de nouvelles preuves de cette verite, temoins les navires et l'arsenal maritime construits a Yacosta(7); enfin aujourd'hui c'est le ministere de la guerre qui cede aux pressantes sollicitations des goroggios(8).
La mission militaire envoyee au Japon est destinee a commencer l'instruction des troupes dites
talcounales et l'organisation d'un materiel de guerre regulier. Elle se compose de cinq officiers et
de dix sous-officiers; le chef de mission est un officier d'etat-major dont le nom est tres-bien connu
par les dernieres campagnes d'Afrique et celle de Chine: c'est M. Chanoine, ce jeune capitaine.qui
dut a son sang-froid et a la connaissance de la langue chinoise d'echapper a la trahison, tristement
célèbre, des mandarins de Tong-tcheou (elle couta is vie, on s'en souvient, au colonel d'artillerie de Grandchamps, a l'intendant Dubut, au missionnaire Duluc, au correspondant du Times, etc.).
A cette occasion, le capitaine Chanoine, fait chevalier de la Legion d'honneur des sa sortie de l'Ecole d'etat-major, fut fait, en Afrique, officier de l'ordre, quoique age seulement de vingt-cinq ans. I1 resta longtemps en Chine apres l'expedition, et it y refusa le consulat de Hong-Kong; revenu a Paris, ses services passes justifient le choix de S.M. l'Empereur, qui lui adjoint quatre officiers, un de chaque arme, et dix sous-officiers. Ce sont: M. Brunet, de l'artillerie de la garde, que nos lec- teurs ont connu par ses dessins du Mexique; M. Messelot, du 20e bataillon de chasseurs a pied, a peine revenu de la meme camp agne; M. Descharmes, brillant officier des dragons de l'Imperatrice, et M. Dubousquet, du 31e de ligne, qui a fait aussi l'expedition de Chine, et qui est appele, par sa connaissance particuliere des langues asiatiques, a rendre de signales services a la mission.
Nous avons demande a M. Brunet une photographie d'ensemble de tous les membres de la mission, que nous savions avoir ete faite au Cercle de l'artillerie de la garde; nous croyons interesser nos lecteurs en leur montrant cette reunion d'hommes qui vont contribuer a faire aimer la France dans le pays le plus intelligent de l'Orient.
Les sous-officiers ont ete choisis de facon a faciliter les premiers travaux d'instruction et d'industrie militaire: quatre pour l'infanterie, un pour la cavalerie, et cinq pour l'artillerie; parmi ces derniers sont comptes les chefs ouvriers necessaires (armurier, artificier, ouvrier en fer, ouvrier en bois ...).
La mission s'est embarquee a Marseille le 19 novembre et arrivera au Japon le 10 janvier, ou elle residera probablement a Yedo. Nos voeux l'accompagnent; nous savons que S.M. l'Empereur a designe des officiers de choix, et ils sont tous jeunes: avec l'instruction, le travail et l'energie, la jeunesse peut beaucoup en general; esperons donc que dans ce cas elle reussira a nous faire con-
naitre cet etrange pays, si avance dans la civilisation, et dans lequel on n'a pu encore penetrer librement.
Nous comp tons dans quelques mois mettre sous les yeux de nos lecteurs d'interessantes etudes de M. le lieutenant Brunet, qui veut bien encore, comme au Mexique, nous servir de correspon- dant.
A. HERMANT.(9)"
Cette Mission Militaire Francaise s'enbarqua donc a Marseille, le 19 novembre 1866, a bord du
"Peruse" des Messageries Maritimes . En cours de route, a Alexandrie, en Egypte, les militaires francais gagnerent le canal de Suez par la voie ferree. La, ils monterent a bord du "Cambodge", ligne directe pour l'Extreme-Orient. Its arriverent a Hong-Kong, le 8 janvier de l'annee suivante. Its changerent encore une fois de bateau et s'embarquerent a bord de 1' "Alphee". Enfin, le 13 janvier du meme mois, ils arriverent a Yokohama. Its debarquerent le soir, et immediatement se dirigerent vers la Legation Francaise.
Les dome stiques japonais qui attendaient, a l'entree de la Legation, le capitaine Chanoine et ses subordonnes conduisirent les arrivants a l'interieur et, la, l'interprete Mermet de Cachon ainsi que les officiers les accueillirent avec enthousiasme.
Le lendemain, les militaires francais se rendirent a Ota-mura, village dans la banlieue de Yoko- hama, dans une petite caserne (Jinya), preparee pour eux par le Bakufu.
C'est la qu'ils commencerent avec ardeur l'instruction des jeunes samourais. Cependant
comme leur installation laissait beaucoup a desirer et qu'il n'y avait pas de terrain de manoeuvres assez vaste, ils durent quitter Ota-mura, en mai 1867, et la Mission Militaire francaise fut trans- portee a Yedo.
Le capitaine Chanoine put ainsi donner libre cours a son desir de former des soldats. Et it s'y employa ênergiquement.
A ce moment-la, on voyait au Japon ici et la des soulevements partiels entre les armees regu- lieres du Bakufu et les soldats des grands fiefs antigouvernementaux.
Le shogun Yoshinobu (Tokugawa), le dernier de la dynastie, ne pouvant plus gouverner le pays a cause de la situation ambigue, abdiqua, le 14 octobre 1867, malgre l'opposition de ses parti- sans. Mais les fiefs antigouvernementaux ne cesserent pas pour autant de le harceler, pretextant qu'un nouveau gouvernement ne pourrait etre constitue tant que le regime du Bakufu ne serait pas completement aneanti.
Le 3 janvier 1868, la guerre civile commenca, pres de Kyoto, oil se trouvait le Mikado, l'empe- reur du Japon. Le shogun se rendit donc a Osaka, pres de Kyoto, oil it possedait un chateau. La, il esperait reduire les armees rebelles. Mais ayant appris, que le drapeau imperial flottait parmi les soldats antigouvernementaux et que ceux-ci avaient reussi a rallier a leur cause l'empereur lui- meme, it refusa de combattre et i1 reembarqua lui et ses troupes pour rentrer a Yedo.
Le shogun Yoshinobu (Keiki), reunit aussitot un conseil militaire dans son chateau shogounal.
Furent invites a cette reunion importante les dirigeants du gouvernement, les grands chefs mili- taires japonais, le capitaine Chanoine et plusieurs de ses officiers. Quelques-uns parmi les dirigeants et les chefs militaires ainsi que tous les officiers francais etaient fermement decides a poursuivre la lutte.
Ces partisans comptaient sur l'appui de la France, et Leon Roches etait pret a donner toute son aide. Le Bakufu possedait une marine militaire: it serait donc aise de transporter troupes et armes. Cependant le shogun Yoshinobu ne se departit pas de sa decision: it craignait une guerre civile et meme un conflit international, car, nous le savons, l'Angleterre soutenait les fiefs antigou- vernementaux, tandis que la France leur etait hostile. Le shogun fit donc parvenir a l'empereur sa soumission. Ce fut l'origine de la restauration de Meiji.
Leon Roches ne pouvait plus rester au Japon en de pareilles circonstances. Il fut remplace a son poste de Ministre plenipotentiaire au Japon par Maxime Outrey et il rentra en France en mai 1868. La Mission Militaire Francaise, apres la defaite du Bakufu, revint a Yokohama, et en novem- bre de la meme annee elle quitta le Japon.
Quant au capitaine Chanoine, apres son retour en France, it fut nomme general de corps d'armee. Plus tard, it devint Ministre des Armees de terre, mais a cause de l'affaire Dreyfus it prit sa retraite.
II. La fondation du College Francais de Yokohama.
Les Francais qui travaillaient a l'arsenal de Yokosuka et les militaires de la Mission francaise avaient un serieux handicap: ils ne pourraient pas se faire comprendre des Japonais dans leur lan- gue. Il etait indispensable de trouver des interpretes. Voila pourquoi se fit jour l'idee d'une ecole francaise a Yokohama.
Leon Roches, cela allait de soi, fut nomme responsable et charge par le gouvernement du
Bakufu de la fondation de cette ecole. Cependant it ne faut pas oublier les deux personnages qui le seconderent grandement dans cette oeuvre: Mermet de Cachon du cote francais et KURIMOTO Joun du cote japonais.
1) KURIMOTO Joun et Mermet de Cachon.
Mais avant d'aller plus loin, nous devons parler des relations de ces deux derniers, puisqu'ils furent les chevilles ouvrieres de cette entreprise. D'abord, disons un mot sur KURIMOTO Joun.
M. HAGA Toru ecrit dans "Le Japon et la France "f 10)
"Chef d'un groupe de francophiles dans le camp du shogun
, Kurimoto Joun (1822-1897) meriterait ici quelques remarques. Ii fut le premier Japonais a apprendre le francais directement d'un Francais. A Hakodate, ou it assistait le gouverneur en tant qu'aide de camp, dans son entre- prise d'exploitation de l'ile de Hokkaido, ce medecin confucianiste echangea, a partir de 1860, des lecons de langue avec un missionnaire catholique, Mermet de Cachon, qui venait de s'y installer.
Mais, en homme d'une grande curiosite, Kurimoto s'interessa plus a la civilisation qu'a la langue, tout comme Fukuzawa(h 1), et interrogea son maitre sur divers aspects de l'actualite francaise. Le resultat en fut le livre Empitsu-kibun (ecrit en 1861, publie en 1869), Notes au crayon, petit essai en forme de dialogue ou l'on apercoit clairement quelles etaient les preoccupations essentielles d'un samouraI intellectuel au moment critique de la fin du shogunat. Appele en 1863 au ministere des Affaires etrangeres d'Edo, it retrouva son ami Cachon qui etait devenu secretaire a la legation de France. Le triangle Kurimoto-Cachon-Roches qui se forma alors fut efficace pour etablir l'al-
liance franco-shogounale ..."
Ensuite, parlons un peu de Mermet de Cachon. Grace a deux documents que la Societe des Missions Etrangeres de Paris (M.E.P) a bien voulu mettre a notre disposition nous pouvons donner a nos lecteurs une notice assez detaillee sur la vie de notre heros.
Selon le premier document(12),
"Mermet ou Mermet -Cachon , Eugene-Emmanuel, ne le 11 septembre 1828 dans la paroisse des Bouchoux(13), commune de Haute-Molune (Jura), entra minore au Seminaire des M.-E.(14) le 11 juillet 1852. Prétre le 11 juin 1854 it partit le 25 aout suivant pour le Japon. En février 1855, it se rendit avec deux missionnaires, Girard et Furet, a Nafa dans les Iles Riu-kiu (Lieou-kieou), et s'adonna avec perseverance et succes a l'etude de la langue. Mais comme ses predecesseurs et ses compagnons, it se heurta a l'hostilite religieuse des autorites de l'Ile, et ne reussit a baptiser qu'un seul Japonais. En 1856, it revint a Hong-kong.
Demande comme interprete par le baron Gros qui fit un voyage au Japon en 1858, it lui rendit de reels services pour le traite du 9 octobre. Le sejour a Yeddo ou eurent lieu les negociations permit au missionnaire de prendre contact avec les Japonais. L'annee suivante, it se fixa a Hako- date, et it y obtint la cession d'un terrain; it fit construire une chapelle et un presbytere, installa une ecole dans laquelle lui-même enseignait le francais, et fonda un hopital. I1 entretint avec les
autorites japonaises et les consuls europeens d'excellentes relations. I1 composa un dictionnaire
anglais-francais japonais(15) fournissant la matiere de deux volumes, des dialogues destines a facili-
ter l'etude de la langue, et commenca un vocabulaire de la langue aino (16); en un mot, it deploya une remarquable activite, qui, portee a la connaissance du gouvernement francais, lui valut la croix
de chevalier de la Legion d'honneur.
En 1860, it fut nomme superieur de la mission et refusa. En 1861, on attenta deux fois a sa vie; it poursuivit neanmoins ses travaux qui devinrent peu a peu plus difficiles, par suite de la crainte
que les autorites japonaises avaient de voir le catholicisme s'implanter chez eux. Cette crainte re- pandue egalement dans le peuple excita une hostilite telle, que le missionnaire ne pouvait plus sortir sans etre insulte. Au milieu d'un si penible apostolat sa sante flechit; les ressources lui manquerent;
it s'apercut qu'il etait alle trop vite, et sans la complete approbation de son superieur. En 1863, it quitta Hakodate, fit un voyage en France ou it publia une brochure sur les AInos, repartit pour le Japon en 1864, et passa quelques mois a Yokohama pour etudier le projet d'etablissement d'un college catholique. Cette meme annee, it quitta definitivement la mission et la Societe des M.-E. Il commenca, sous le nom de Mermet de Cachon, et avec des collaborateurs, la publication d'un Dictionnaire francais-anglais-japonais, qui ne fut pas continuee. I1 mourut vers 1871. ".
Le second document (17) nous donne quelques apercus sur sa vie a Hakodate (Hokkaido),
"II n'arriva a Hakodate que le 25 novembre
, apres une tres mauvaise traversee.
froid rigoureux, car cette ville est situee dans la partie septentrionale du Japon.
Rousseille:
Il y retrouva un Il se peint a M.
Au milieu des neiges et des ours (encore aujourd'hui les ours sont nombreux dans l'ile de Yeso—note de l'auteur Marnas), luttant contre le froid et les autorites, autre espece d'ours, qui pour paraitre charmes de l'entendre parler et perorer en japonais, n'en sont pas moins inquietes sur ses desseins ulterieurs et posent mille difficultes a son installation (lettre a M. Rousseille 25 novembre
1859.)
Mais M. Mermet n'etait pas homme a s'effrayer pour si peu. I1 avait fait aux Ryukyu un pre- cieux apprentissage et se trouvait déjà quelque peu familiarise avec la diplomatie asiatique. Etant entre directement en conference avec les gouverneurs de la ville, it reconnut bien vite qu'ils n'etaient point aussi difficiles a apprivoiser qu'il l'avait cm d'abord. En attendant que ses pourpar- lers avec eux aboutissent, it accepta pendant quelques jours l'hospitalite que lui offrit M. Hogdsen,
consul d'Angleterre, provisoirement chargé des affaires de France et, des le commencement de decembre, it eut la satisfaction de pouvoir demeurer dans une maison a lui. L'activite qu'il deploya alors est vraiment prodigieuse; elle se manifeste jusque dans le style de ses lettres.
Je voudrais pouvoir vous annoncer, ecrit-il le 3 decembre (lettre au meme), que je suis installe dans mon château de cent dollars. Encore une semaine! Tous les jours it s'embellit. J'encourage les ouvriers, je les gratifie de sake, ce qui me coute 400 sapeques par semaine. Je suis tres occupe. Je donne des lecons d'anglais et de francais; je mesure les chevrons, les poutres; je taille de l'ouvrage a Mme Hogdsen pour ma chapelle, qui sera tres jolie, grace au bon marche des soies et des broderies ...
C'est demain dimanche, le salon de cette dame va encore une fois servir de chapelle pour les
officiers et les matelots catholiques russes, car nous avons deux batiments de guerre russes dans le port.
En somme, je suis content parce que je suis tres occupe... Apres Noel, j'irai voir M. Girard, s'il ne vient pas lui-meme me rendre la premiere visite...
Ma maison est a deux minutes de la mer en droite ligne, au milieu de la ville, dans l'immense cour d'une grande bonzerie. Les bonzes sont déjà un peu mes amis...
J'ai eu audience de trois princes japonais. Je les ai vus et "j'ai vaincu". Un joli terrain m'a ete concede temporairement, c'est-à-dire pour aussi longtemps que je voudrai demeurer a Hakodate.
Ce terrain a rendu tous les consuls jaloux, parce qu'aucun n'a pu l'obtenir, meme pour six mois.
Dans dix jours j'aurai debourse cent piastres et je serai chez moi.
Quand it ecrivait ces lignes, it etait depuis quelques jours seulement a Hakodate. Un mois apres, une chapelle commencait a s'elever sur le terrain qui lui avait ete accorde; it etait au mieux avec tout le monde et 'name avec le gouverneur de la ville.
J'ai ete recu chez eux, ecrit-il le 5 janvier 1860 (a M. Libois), et je les ai recus chez moi. Je leur ai montre ma modeste chapelle et je leur ai dit que je l'avais faite pour Leurs Excellences et pour tous les Japonais... Tout secours et toute assistance me sont donnes pour mes etudes. Je suis connu de tout le monde, qui me salue les mains jointes (c'est la maniere de saluer respectueuse- ment.). Tous les Japonais s'ingenient a trouver des pretextes pour venir me voir. J'ai des malades que je soigne et qui ne savent comment me temoigner leur reconnaissance. Je recois d'eux en cadeau du poisson, du riz, du sucre, etc... Ma petite chapelle est frequentee par les Russes et quel- ques catholiques americains et anglais. Les residents etrangers, voyant mes bons rapports avec les autorites, viennent me voir. J'ai ouvert une ecole de francais. Jusqu'ici je n'ai que de petites dis- putes avec les bonzes.
Ainsi, a la fin de 1859, c'est-a-dire, six mois apres l'ouverture des trois ports de Kanagawa, Hakodate et Nagasaki, it n'y avait que deux missionnaires au Japon, mais ils pouvaient se rendre le temoignage d'avoir beaucoup travaille et repondu aux besoins de l'heure presente, M. Girard a Yedo et Kanagawa, M. Mermet a Hakodate. Its etaient neanmoins impatients de recevoir du renfort.
Peut-etre ne s'etaient-ils pas suffisamment apercus que le vieil esprit japonais, hostile a la religion perverse de Jesus, n'etait pas mort. Peut-etre leur zele leur faisait-il meconnaitre jusqu'a un certain point que la brusque arrivee de nombreux missionnaires catholiques dans les ports du Japon n'eut pas manqué de reveiller les defiances d'un peuple ombrageux a l'exces. Peut-etre n'avaient-ils vu dans la mart inopinee du Shogun Iesada (15 aout 1858)(18), au lendemain de la conclusion du traite americain, et dans l'incendie du palais de Yedo vers la fin de cette annee, que des accidents tout fortuits, au lieu d'y reconnaitre l'indice certain d'un sourd mecontentement, un reproche fait au souverain effectif, d'ouvrir aux barbares "le pays des dieux", une nouvelle atteinte portee a l'autorite shogunale, supportee plutot que respectee pendant des siecles et qui commencait a etre discutee! Its ne devaient pas tarder a mieux juger de la situation et des veritables aspirations du pays dans lequel ils venaient d'entrer."
2) Le College Francais de Yokohama.
Le College Francais de Yokohama fut inaugure au mois de mars 1865 (2e annee de Kaei) . Il fut d'abord installe dans une petite caserne a Ota-mura , dans les environs immediats de Yokohama, lieu destine aux francais de la Mission militaire.
Mais comme l'emplacement n'etait pas prevu pour des classes , it fut transporte pres du terri- toire des Legations etrangeres, dans un batiment construit a cet effet.
Le nouveau college, long de 36 metres et large de 11 metres comprenait le rez-de-chaussee et un etage, et avait une superficie de 396 metres carres . En bas se trouvaient deux salles de confe- rence, le bureau de l'econome, le refectoire et la cuisine . L'etage etait compose de seize pieces.
Mermet de Cachon devint, comme de juste, directeur de l'ecole, tandis que du carte japonais , KAWAKATSU Omi-no-kami prenait la charge de fonctionnaire administratif de l'ecole .
Dans les premiers temps qui ont suivi immediatement l'inauguration de l'etablissement , le directeur fut seul a enseigner, mais plus tard it se fit aider par d'autres pretres des Missions Etran- geres de Paris et des fonctionnaires de la Legation francaise.
Il y avait comme assistant de l'ecole, SHIODA Saburo. Celui-ci avait appris le francais a Hako- date sous la direction de Mermet de Cachon. Meme apres la restauration de Meiji , sa specialite dans l'etude des langues allait lui faire jouer un grand role dans le domaine diplomatique .
En effet, en decembre 1885 (18e annee de Meiji) it fut nomme au poste de Ministre chargé d'affaire a Pekin (Chine). Le 11 mai 1889, it mourut age de 46 ans .
Les cours du College Francais de Yokohama etaient donnes en francais danstoutes les matieres scolaires. Non seulement en histoire ou en geographie, par exemple , mais encore en education physique, c'est-à-dire, l'equitation et la gymnastique militaire. Ces cours etaient faits par des pro- fesseurs francais.
Le college comprenait le cours elementaire, le cours moyen et le cours superieur .
L'annee scolaire qui s'etendait en general sur une annee entiere , etait ici particulierement courte, car elle ne durait que 6 mois. La raison etait facile a comprendre: le Bakufu etait presse par la necessite d'avoir des eleves pouvant parler francais rapidement . Ainsi les meilleurs eleves etaient envoyes en Europe, en plein milieu des etudes , comme interpretes dans les delegations du Japon a l'etranger. Voila pourquoi, le systeme de cette ecole ne prevoyait pas de fin officielle des etudes .
Voici l'horaire des cours.
Tous les jours, excepte le dimanche,
— de 8 heures du matin a midi ,
— et de 4 heures a 6 heures de l'apres-midi . L'apres-midi du mercredi, it y avait repos .
Le dimanche etait un jour de conge, mais les eleves pouvaient se rendre respectif pour poser des questions , mais seulement de midi a 6 heures.
chez leur professeur
Quant aux 6 premiers mois de l'annee scolaire, l'horaire etait fixe comme suit:
Le matin,
— de 8 heures a 9 heures , lecon de lecture ou d'ecriture au tableau.
— de 9 heures a 9h30 , lecon de geographie.
— de 9h30 a 10 heures, lecon d'histoire universelle.
— de 10 heures a 10h15, recreation.
— de 10h15 a 11 heures , repetition de ce qui avait ete fait le matin de 8h a 9 heures.
— de 11 heures a midi , le temps etait consacre a relever le tout sur un cahier.
L'apres-midi, it y avait un autre exercice de lecture ou d'ecriture au tableau.
— de 5 heures a 5h30 , it fallait retranscrire le tout sur le cahier.
— de 5h30 a 6 heures , lecon de mathematiques.
Ensuite un examen, tous les 3 mois, en presence du Ministre de la Legation Francaise et des fonctionnaires japonais, donnait les resultats des cours de l'ecole. Et ceux qui avaient obtenu les meilleures notes recevaient un prix.
II y avait en plus un examen special le jour anniversaire de la naissance du Shogun et de l'em- pereur Napoleon III. Ceux qui avait eu les 3 premieres places, recevaient aussi un prix, comme recompense de leurs efforts.
Signalons encore qu'un reglement pour les pensionnaires etait en vigueur. Mais comme celui-ci ressemblait a ce qui se faisait en France, nous n'en parlerons pas ici. Toutefois it nous parait inte- ressant de noter les 4 jours de conge, de style bien francais les 13, 14, 15 et 16 juillet.
Maintenant nous voudrions porter a votre connaissance divers documents, tous de Leon Roches sur le college francais, la creation et l'installation de l'ecole, le nombre des eleves et des professeurs francais, etc..
Yokohama, le 4 avril 1865.(19)
Monsieur le Ministre,
Les eleves designes par le gouvernement japonais pour entrer au college francais, dont les etudes sont dirigees par M. Mermet de Cachon, m'ont ete presentes en grande ceremonie le Ier de ce mois par deux Gouverneurs des Affaires Etrangeres, l'Amiral commandant la Division Navale Japonaise a Yeddo et l'Hattamoto chargé de leur surveillance. Its sont au nombre de 23; six d'entr'eux appartiennent a des families de DaImios, les autres sont fils d'employes du gouverne- ment, generaux, gouverneurs, medecins du Talkoun, leur age varie de 14 a 20 ans.
Notre ami korimoto(20), qui n'a pas pu contribuer a cette importante decision de Gorojos(21), m'a presente successivement chacun de ces jeunes gens dont le type et les fawns distinguees indiquent, de prime abord, le milieu aristocratique dans lequel ils ont ete eleves.
La plus grande preuve de la confiance que tu as inspiree au gouvernement japonais, m'a dit
Korimoto, c'est la determination qu'il a prise de to confier ces jeunes eleves. Considere-les comme
tes enfants et dirige-les dans la voie que tu croiras la meilleure pour qu'ils deviennent des hommes
utiles a leur pays. Nous recompenserons ceux qui auront merite tes eloges, nous punirons ceux qui
se seraient attire ton blame.
Puis, s'adressant aux Eleves: Voila le pere que vous a choisi le Talkoun, leur a-t-il dit, c'est l'ami sincere que le Sublime Empereur des Francais nous a envoye afin de nous guider au milieu des difficultes de notre époque, suivez les conseils, ils vous conduiront, je l'espere, a etre un jour l'orgueil du Japon.
J'ai repondu de mon mieux aux paroles flatteuses de Korimoto et grace a l'habile interpretation de M. Mermet de Cachon, je crois avoir fait sur nos jeunes eleves la bonne impression qu'ils ont pro- duite sur moi.
Ainsi le college francais compte aujourd'hui:
23 eleves venus de Yeddo,
18 officiers civils et militaires residant a Yokohama, et 6 anciens eleves logeant chez l'abbe Mermet.
Total: 47.
Les 23 eleves de Yeddo appartenant aux plus hautes classes de la societe japonaise ne seront pas meles aux autres. C'est un surcroit de travail pour M. de Cachon, mais nous avons du respecter ce prejuge dans l'interet même de l'oeuvre que nous avons a diriger.
J'ai redige un projet des Etudes que devront faire les eleves pendant le courant de cette annee et j'ai indique les heures des classes et l'epoque des examens, on a donne a ce projet le nom porn- peux de "Reglement", it a ete soumis aux Gorodjos et, approuve par eux, it est devenu executoire.
J'en joins une copie.
En outre de la premiere concession que j'ai faite a M. Mermet de Cachon lors de mon arrivee ici, j'ai obtenu du gouvernement japonais la permission de lui ceder une partie du terrain qui a ete mis a la disposition de la France pour la residence de son Representant et oil s'elevent rapidement l'hotel et les dependances que je pourrai, je l'espere, occuper avant la fin de cette annee.
Sur cette nouvelle concession, M. Mermet de Cachon a construit son habitation qui servira en meme temps de college. Les autorites japonaises en ont approuve le plan de la destination. C'est un arrangement fort avantageux pour le service, car, de la sorte, le professeur pourra diriger les
Etudes de son college sans que l'interprete cesse d'etre a ma portee et a ma disposition.
J'ai detache aupres de M. Mermet l'un des deux cavaliers qui m'ont ete envoyes de Cochinchine, le nomme Buland, qui etudie avec ardeur la langue japonaise. C'est un garcon bien eleve, assez ins- truit et qui, comme repetiteur, peut etre fort utile au college. S'il persevere it pourra en outre de- venir interprete, et je croirais manquer a l'un des devoirs de ma mission si je negligeais la moindre
occasion d'assurer pour mes successeurs le service important de l'interpretariat.
Les Japonais ont voulu donner le nom de college a ce qui n'est aujourd'hui que l'ecole la plus elementaire, mais cette appellation prouve qu'ils songent a l'avenir. Aussi vers la fin de cette annee , époque a laquelle les eleves devront commencer a parler et a ecrire le francais , aurons-nous a nous entendre avec les Gorodjos pour faire venir de France les professeurs necessaires pour que notre Etablissement merite veritablement le nom de college francais.
Je renouvelle a Votre Excellence la demande que j'ai eu l'honneur de lui adresser dans ma derniere depeche (Direction Politique n° 31) au sujet des livres , des cartes, dont la privation n'est pas un des moindres obstacles que nous ayions a surmonter.
En voyant dans mon salon les 23 eleves que le Taikoun confiait a ma direction, eleves appa-
rtenant tous aux classes les plus elevees , je n'ai pu m'empecher de songer au changement extraor-
dinaire qui s'est opere au Japon pendant le cours de l'annee qui vient de s'ecouler — it y a 11 mois ,
les Gorodjos refusaient d'abord de me recevoir et la premiere entrevue que j'obtenais d'eux etait consacree au developpement des faits et des arguments qui, a leur avis, devaient nous convaincre de la necdssite absolue de l'abandon de Yokohama!
Une entente parfaite entre les Representants des Puissances signataires des traites et une attitude energique et bienveillante en meme temps, ont amene ces heureuses modifications . Le gouvernement japonais commence a comprendre les necessites que lui imposent ses nouvelles relations avec le monde civilise et a discerner la voie qu'il doit suivre; it a pu se rendre compte des tendances des divers gouvernements avec lesquels il a contracte et tout nous porte a croire qu'il cherche un point d'appui aupres de la nation dont la politique desinteressee lui inspire la plus grande confiance.
Tel est, it me semble, le but que le gouvernement de l'Empereur a assigne a ma mission et c'est a l'atteindre qu'ont tendu et que tendront tous mes efforts.
Veuillez agreer l'assurance de la respectueuse consideration avec laquelle j'ai l'honneur d'être ,
Monsieur le ministre, de Votre Excellence,
le tres humble et tres obeissant serviteur.
Leon Roches. "
Des que le College Francais de Yokohama fut bien parti, Leon Roches adressa en France des rapports detailles sur la marche de l'ecole, it envoya des listes de livres et autres objets indispensa- bles aux etudes et il demanda au gouvernement de patroner cet etablissement.
Voici ce deuxieme document qui en fait foi (22):
"A Son Excellence Monsieur Drouyn de Ministre, Secretaire d'Etat au departement des Affaires Etrangeres.
Lhuys,
Yokohama le 5 fevrier 1866.
Monsieur le Ministre,
Par mes depeches en date des 18 mars et 4 avril 1865 (Direction Politique N° 31 et 32) , j'ai eu l'honneur d'attirer l'attention de Votre Excellence sur l'etablissement a Yokohama d'une
Ecole Franco-Japonaise placee sous la direction de M. Mermet de Cachon. L'espoir que j'exprimais a cette époque sur l'avenir reserve a cette institution s'est realise et nous pensons , des aujourd'hui la considerer comme la pepiniere des fonctionnaires destinee a seconder le developpement regulier des nouvelles relations etablies entre le Japon et les Gouvernements Etrangers.
Ces considerations appelaient done necessairement toute la sollicitude du Representant de la Frnace sur une oeuvre placee, d'ailleurs, sous son patronage, et je n'ai jamais doute du bien- veillant interet qu'elle devait inspirer au Departement. Votre Excellence a bien voulu me prouver ,
en effet, que je ne me trompais pas sur ce point, en me faisant adresser quelques livres classiques
pour l'instruction des eleves; malheureusement, par suite d'un malentendu sans doute, le choix de
ces livres n'a pas pu repondre aux besoins du moment et M. de Cachon a du s'en procurer d'autres
aux frais du Gouvernement Japonais.
J'aurais ete tres heureux de recevoir les livres, cartes ou atlas, que je desirais offrir, au nom de l'Empereur, et a titre de recompense, aux jeunes gens les plus meritants de 1'Ecole, mais apres avoir vainement attendu, de jour en jour, l'arrivee de cet envoi, nous avons cru devoir proceder
enfin aux examens qui ont lieu le 31 decembre dernier. J'ai pu constater dans cette circonstance les progres extraordinaires qui ont ete obtenus, en moins d'une annee, par les soins de M. Mermet
de Cachon. Interroges sur la grammaire, l'arithmetique et la geographie, les eleves ont repondu de la maniere la plus satisfaisante et plusieurs d'entr'eux ont ecrit en francais, sous ma dictee, sans me donner l'occassion de corriger une seule faute d'orthographe.
I1 ne m'etait donc pas permis d'eluder la promesse par laquelle j'avais cru devoir stimuler le zele de nos jeunes laureats; M. de Cachon et moi nous avons puise dans nos bibliotheques et , comme les ouvrages que nous avons pu en retirer ne suffisaient pas a l'accomplissement de mon engagement, j'y ai ajoute deux montres et leurs chalnes, l'une en or et l'autre en argent, plus trois albums de photographies dont j'ai reporte le prix sur les frais de service esperant que Votre Excellence voudrait bien approuver cette determination.
Deja nous commencons a utiliser les principaux Eleves pour toutes les traductions n'offrant pas de trop grandes difficultes. Its joignent a une vive intelligence un desir d'apprendre qu'il est necessaire de contenir afin de mieux assurer leur progres; tout ce qui concerne l'art militaire exerce particulierement sur eux un irresistible attrait. Je n'ai pas besoin d'ajouter qu'ils sont parfaitement eleves car, dans ce pays, cette qualite appartient a chaque classe de la population .
Le local actuellement affecte a leurs etudes ne suffisant plus a leur nombre toujours croissant, le Gouvernement du Taikoun a prescrit la construction d'un nouvel Etablissement dont l'impor- tance repondra reellement au titre de College qu'on tient a lui donner.
Quels que soient le zele et l'activite de M. Mermet de Cachon, it ne pourrait remplir toutes les obligations que lui imposent a la fois cette oeuvre et les services qu'il rend a ma Mission, s'il n'avait trouve dans un jeune sous-officier mis a ma disposition par M. le Gouverneur de la Cochinchine des aptitudes qu'il a su utiliser. Pourvu de grades universitaires, le Sr. Buland seconde tres efficacement mon interprete, it a reussi a se faire aimer des eleves et, plus d'une fois, it a ete l'objet des felicita- tions du Gouvernement Japonais.
J'ose esperer, Monsieur le Ministre, que Votre Excellence ne lira pas sans interet les details que j'ai l'honneur de Lui fournir sur une oeuvre eminemment francaise et qu'Elle voudra bien lui reser- ver une part de la sollicitude qu'Elle accorde a tout ce qui peut servir l'influence du Gouvernement de l'Empereur a l'etranger.
Veuillez agreer l'assurance de la respectueuse consideration avec laquelle j'ai l'honneur d'etre ,
Monsieur le Ministre,
de Votre Excellence,
le tres humble et tres obeissant serviteur.
Leon Roches"
Apres la premiere distribution des prix du college francais Leon Roches dans une lettre au Ministere des Affaires Etrarigeres de Paris donne ses impressions (23) :
" Y
okohama, le 17 novembre 1866,
Monsieur le Ministre,
La distribution des prix aux Eleves du College Franco-Japonais a eu lieu le 13 de ce mois dans les appartements de reception de la Legation de France a Yokohama. Cette ceremonie a regu cette annee un éclat tout exceptionnel par la presence de S. Inaba Mino no Kami Gorodjo, nouvellement nomme, accompagne de deux Vice-Ministres, tous les trois Daimios et d'une douzaine de fonction- naires eleves du Gouvernement de Yeddo.
Les prix se composaient des ouvrages que M. le Ministre de l'Instruction Publique a bien voulu mettre a la disposition de votre Excellence et de plusieurs objets de l'industrie Europeenne, fournis par le Gouvernement Japonais et par moi.
J'ai l'honneur de transmettre ci-joint a Votre Excellence la copie du discours que m'ont adresse les jeunes Eleves japonais et de ma reponse. Ces deux discours ont ete lus en frangais et en japonais et ont paru produire un excellent effet sur tous les assistants.
Apres la distribution des prix les Eleves ont pris part a une collation et tous spontanement ont porte avec un enthousiasme touchant la sante de Sa Majeste l'Empereur.
Dans la soirée j'ai reuni a ma table S. E. le Gorodjo et tous les personnages qui l'accompa- gnaient. Le Ministre du TaIkoun a ete profondement impressionne de la ceremonie a laquelle it a
assiste et de l'accueil cordial qu'il a regu a la Legation. C'etait la premiere fois qu'il se trouvait en contact avec des Europeens. Apres avoir porte la sante de l'Empereur, it m'a prie avec insistance de temoigner a Votre Excellence l'expression de la gratitude de tout son gouvernement envers l'Auguste Souverain et son illustre Ministre qui ont déjà donne tant de marques de leur bienveillance au Japon.
L'absence de M. l'Abbe Mermet de Cachon eut enleve tout interet a cette reunion si, sur ma demande, le Gouvernement Japonais n'avait consenti a detacher au service de la Legation de France,
M. Schioda Sabouro, ancien eleve de M. de Cachon et qui pendant les deux voyages qu'il a faits en France a acquis une connaissance parfaite de notre langue. Son concours m'est, je puis le dire, in- dispensable et je me reserve de soumettre a Votre Excellence un moyen de reconnaitre les services imp ortants qu'il est appele chaque jour a me rendre.
Veuillez agreer, Monsieur le Ministre, l'assurance de la respectueuse consideration avec laquelle j'ai l'honneur d'etre, de Votre Excellence, le tres humble et tres obeissant serviteur"
et le
A ceux qui terminaient leurs etudes, Leon Roches adressait un bref discours pour les feliciter ur souhaiter un avenir fecond. Voici l'un de ces discours (24) .
"Mes chers enfants ,
Il y a dix-huit mois que la plupart d'entre vous m'ont ete presentes par ordre de S. M. le Taikoun, qui m'a donne une si haute marque de confiance en placant sous ma direction les fils de ses plus honorables serviteurs.
Je vous aimai tout d'abord, parce que c'était un devoir pour moi de vous aimer. Mais depuis qu'en interrogeant vos professeurs, en lisant vos petites compositions et en vous employant comme interpretes, j'ai pu me rendre compte de votre caractere, de votre desir d'apprendre, de vos senti- ments eleves et de vos diverses aptitudes, je vous aime pour vous-memes.
Je voudrais avoir a constater chez vous plus de progres dans vos etudes. Vous etes loin de parler
et d'ecrire correctement la langue Francaise qui est la clef des sciences que vous devez apprendre,
pour l'avantage et la gloire de votre pays. Toutefois j'ai acquis la certitude que vous étes intelligents, et que si vous continuez a travailler avec ardeur vous arriverez au but que s'est propose votre Gou- vernement, en fondant le college Franco-Japonais.
Je suis heureux surtout du changement qui s'est opere dans vos jeunes tetes. Votre intelligence s'est developpee au contact de vos chers professeurs et vous commencez a penser comme des horn- mes. Quand je dis "hommes" j'entends ce mot dans sa plus noble signification, c'est-a-dire celui qui accomplit tous ses devoirs envers le Ciel, envers sa patrie et envers ses semblables. Voila la definition de ce que j'appelle des hommes, tels que vous le deviendrez tous un jour, j'en ai le ferme espoir.
J'ai lu avec interest la narration que chacun de vous a faite et dont le sujet est un voyage au Foujiyama. J'y ai trouve quelques belles idees; mais it m'a semble qu'en general, vous aviez donne une trop grande place aux details materiels du voyage. Une partie de votre temps aurait ete occu- pee, d'apres vos propos ecrits, a manger, a boire et a dormir. Ce sont certainement trois fonctions qu'il est indispensable de remplir pour vivre, mais it ne faut pas vivre seulement pour ces trois fonc- tions.
A propos du Foujiyama je veux vous raconter aussi le voyage que j'ai fait jusqu'au sommet de cette belle montagne, et ce voyage ne m'a coute ni peine, ni fatigue, ni argent; je l'ai fait en une seule nuit et couche dans un excellent lit. Vous comprenez déjà que c'est un reve que je vais vous raconter, mais souvent les reves sont les realites de l'avenir.
Je revais done qu'apres etre reste plusieurs annees au Japon j'etais rentre en France en laissant une partie de mon coeur dans votre beau pays, oil j'avais recu de hauts temoignages d'amitie et de consideration. Un long espace de temps s'etait ecoule, j'etais bien vieux, mes jambes avaient peine a me soutenir et portant je brulais du desir de revoir le Japon. Le Bon Dieu accueillit sans doute favorablement mon desir puisque tout d'un coup je me trouvai au sommet d'une magnifique mon- tagne dont la forme unique au monde me prouva que j'etais sur le Foujiyama. La, je fus accueilli par un homme qui me tendit la main et me dit: Soyez le bienvenu; je sais combien vous aimiez le Japon, et moi qui suis le Talkoun, je suis heureux de vous remercier de vos bons sentiments et du bien que vous avez fait autrefois a notre pays. D'ici je puis vous montrer tout l'Empire que j'ai ete appele a gouverner sous les ordres du Tenshi a l'epoque ou vous representiez au Japon le magnanime Empereur des Francais. Vous jugerez par vous-meme des resultats que nous avons obtenus en sui- vant la politique sage et loyale que vous nous avez conseillee au nom de votre Auguste Souverain!
Malgre mon grand age je sentis la force penetrer dans tous mes membres, et ma vue devenir telle- ment percante que je voyais le Nyphon avec toutes ses Iles dans leurs moindres details. Les plaines et les collines etaient couvertes de riches cultures, des bois magnifiques couronnaient les montagnes;
le pays etait coupe en tous sens de routes et de canaux. Les longues cheminees des usines annon- caient partout le developpement de l'industrie. J'apercevais en outre distinctement les mats d'in- nombrables navires marchands dans les grands ports du Nord, du Sud, de l'Est et de l'Ouest; d'im- menses arsenaux d'ou sortaient de puissants vaisseaux de guerre, et de grands champs oil de nom- breux corps d'infanterie, d'artillerie et de cavalerie, manoeuvraient avec tant de precision que je croyais voir des armees francaises.
En levant les yeux pour remercier l'Etre Supreme, je vis une immense montagne suspendue
entre le ciel et la terre, et au sommet de laquelle etait place un trone d'or, ou siegeaitun homme
venerable dont le regard qui me semblait divin s'abaissait avec tendresse vers le Taikoun. Il ne me
fut pas difficile de reconnaitre le Mikado dans cette apparition celeste. J'etais en extase; j'en fus
tire par le Taikoun qui me fit l'honneur de me presenter tous les grands Daimios du Japon qui vi- vaient dans son magnifique palais. Quelle ne fut pas ma joie en constatant que pas un Kokichi ne manquait a cette illustre assemblee. Cette joie arriva au comble quand je reconnus dans les hauts dignitaires de l'Empire la plus grande partie de mes jeunes eleves du college Franco-Japonais de Benten (25).
A ce moment je me reveillai et du sommet du Foujiyama je me retrouvais devant mes chers enfants. Ce n'est qu'un reve mais c'est un réve que l'avenir realisera, et vous aurez contribue a sa
realisation.
Le discours que vous m'avez adresse me touche vivement. Son principal mérite a mes yeux est la reconnaissance que vous ressentez pour vos bienfaiteurs. Conservez religieusement ce noble sen-
timent, qu'un jeune sourd-muet instruit dans l'ecole fondee par l'abbe de l'Epee appelait: la me- moire du coeur. Je ne manquerai pas de transmettre a Mr. Mermet de Cachon, l'expression de votre gratitude, je lui ferai connaitre les resultats de vos examens et it en rendra compte au Ministre de
l'Empereur qui a daigne envoyer les livres que je vais distribuer a ceux d'entre vous qui auront me- rite des prix. Je n'ai permis a Mr. de Cachon de s'eloigner de vous que pour s'occuper plus efficace-
ment encore de votre instruction. Il va choisir lui-meme les professeurs qui vous initieront aux di- verses sciences ainsi que tous les livres necessaires a vos etudes.
J'ecrirai egalement a Mr. Leneru le bon souvenir que vous lui conservez. Il y sera tres sensible.
Les devoirs seuls de sa profession ont suspendu la mission qu'il remplissait aupres de vous. Il est alle sous les ordres de 1'Amiral Rose infliger un chatiment exemplaire aux Coreans qui ont lachement assassin& de paisibles missionnaires Francais qui tachaient de les arracher a la barbarie dans laquelle ils sont plonges. Mr. Leneru aura a vous donner des details interessants sur cette contree que le grand Taico-sama (26) aurait certainement conquise, si la mort ne l'avait arrete dans le cours de sa glorieuse carriere.
C'est vous-memes qui direz a Mr. le Baron Brin et a Mr. Weuve combien vous appreciez la bonte qu'ils ont de concourir a votre instruction. Quant a Mr. Buland, c'est en votre nom que j'ai appele sur lui la bienveillance du Ministere de la Guerre de l'Empereur. Je suis heureux de lui donner de- vant vous le temoignage de ma satisfaction pour les soins intelligents et affectueux dont it vous en-
toure incessament. Ainsi chacun, professeurs et eleves auront ou eloges ou recompenses.
Que me reviendra-t-il a moi, votre pere? La meilleure part, si vous le voulez, mes chers enfants, vos progres et votre affection.
Je finis bien vite car je vous vois impatients. Vos yeux se dirigent sur ces prix que chacun de vous espere obtenir. Quelques-uns seulement seront appeles a les recevoir. Je suis sur qu'aucun sen- timent de jalousie ne penetrera dans le coeur de ceux qui n'auront pas leur part a ces recompenses.
Its redoubleront d'ardeur au travail, et aux prochains examens, ils obtiendront la victoire.
Avant de terminer toutefois, mes chers enfants, reunissons nous tous dans une pensee d'action de grace envers nos Illustres Souverains dont l'amitie et l'alliance nous donnent la certitude que le Japon sera la France de l'Asie.
Vive l'Empereur, vive le Taikoun:'
Ensuite l'un des sortants de l'ecole, au nom de ses camarades repondait a Leon Roches. Nous sommes heureux de donner plus bas une de ces reponses, conservee aux Archives des Affaires Etrangeres de Paris (27).
Comme vous le verrez vous-memes, le text est ecrit en style direct et tres bien redige; it est tellement bien tourne que nous ne pouvons pas nous empécher de penser que quelque Francais a du collaborer a sa redaction.