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Eluard et la poésie malgache : un essai sur l'influence de Paulhan sur Eluard 利用統計を見る

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Eluard et la poesie malgache : un essai sur

l'influence de Paulhan sur Eluard

著者名(日)

福田 拓也

雑誌名

東洋法学

53

1

ページ

238-225

発行年

2009-07-01

URL

http://id.nii.ac.jp/1060/00000702/

Creative Commons : 表示 - 非営利 - 改変禁止

http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/deed.ja

(2)

: 53 I (2009 7 l ) 23

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Eluard et la p06sie malgache : un essai sur l'influence de

Paulhan sur Eluard

Takuya Fukuda

L'importance de 1'influence exerc6e par la pens6e paulhanienne sur la p06sie

d'Eluard a 6t6 mainte fois soulign6e. Certains critiques et sp6cialistes ont tent6 d'en ex-pliciter la nature. 11 nous semble qu'ils s'accordent pour voir deux traits fondamentaux

du langage qui pr60ccupent Eluard tout comme Paulhan: opacit6 du signe et aspect

performatif du langage.

1 . L'aSpect iIIOCUtionnaire du langage

Le premier point que l'on 6voque souvent comme un trait essentiel du langage selon Paulhan et Eluard est son aspect illocutionnaire, que F. R6canati d6finit comme voici: "I'aspect illocutionnaire, c'est non pas le contenu de l'6nonc , mais ce qu'il est comme acte, c'est le fait de dire ce qui est dit, dans la mesure oh dire, c'est agir, c'est accomplir

un acte illocutionnaire: promesse, ordre, question, affirrmation, pr6diction,

avertisse-''( I )

ment, menace, etc. Dans un chapitre de sa th se, consacr 1'influence de Paulhan sur Eluard(2 ) , Colette Guedj claircie bien propos des hain-teny cet aspect illocution-naire ou performatif de l'6nonc6 Iinguistique: Dans les 6nonc6s m6rinas, Ie langage n'est pas un simple moyen de repr sentation: il porte en soi sa propre finalit6

illocution-( I ) Fran ois R canati, La Transparence et l' nonciation. Seuil, 1979, p.1 19.

( 2 ) Le chapitre IV: "Les lignes de force de la pens6e paulhanienne qui peuvent expliquer certaines constantes de la p06tique eluardienne" des Rapports entre linguistique et pratique de I 'icriture tudi s chez divers po tes et plus sp4cialement dans I 'oeuvre de Paul Eluard, th se doctorat d' tat, 1 982.

(3)

Eluard et la p06sie malgache : un essai sur l'irLfluence de Paulhan sur Eluard

24 CTakuya Fukuda]

naire en ce sens qu'il s'institue comme un dire en acte qui a force d'autorit6 [・・・]: par 1'utilisation qu'il fait du proverbe, Ie locuteur veut convaincre son interlocuteur, c'est

-"(3). E1le a pu aussi reconnal^tre non sans dire le vaincre par le pouvoir du verbe, [・・・]

pertinence dans les p0 mes et les 6crits th60riques" d'Eluard l'affinnation de la force

''(4)

performative des mots . La 16gitimit6 de la remarque de Guedj semble se confirmer, dans la mesure oti Paulhan lui-meme insiste dans 1'introduction de 1'anthologie de 1 9 1 3 sur la performativit6 et l"'autorit6" du hain-teny:

[...] le hain-teny n'a pas de valeur en lui-meme et pris is016ment. [...] elle [sa

r6ci-tation] suppose une rivalit6, une hostilit6 r6elle ou imaginaire qui doit se terminer par la victoire de 1'un des rivaux. Le hain-teny est, si 1'on veut accepter le mot, une poe'sie d 'autorit . 11 entre dans une lutte d'610quence, oti il n'est qu'un argument. Et ce caract re d'argument lui est si intimement uni que le malgache ne dit point: r6citer, dire des teny, mais: combattre en proverbes, fairre combattre des

hain-(5)

teny [...].

Mais en est-il vraiment ainsi? Si le hain-teny est "une p0 sie d'autorit6", cette "au-torit6", tient-elle une dimension illocutoire du discours proverbial? Est-ce que Pau-lhan consid re v6ritablement 1'aspect illocutionnaire comme un trait fondammental du

langage?

Avant d'examiner ces points, force nous est de faire une petite remarque sur le choix, effectu6 par Guedj , de textes paulhaniens portant sur le hain-teny: ce qui est genant dans 1'analyse de Guedj est qu' 1'encontre de sa remarque ("L'6tude qui va suivre s'ap-puie sur les premiers textes de Paulhan", p.262), elle ne se r6f'ere comme "premiers

( 3 ) Ibid., p.272. ( 4 ) Ibid., p.263-265.

( 5 ) Les Hain-teny merinas : poe'sies populaires malgaches / recueillies et traduites par Jean Paulhan, Paris, Paul Geuthner, 1913, p.14-15.

(4)

東洋法学第53巻第1号(2009年7月)

25 textes”qu’a“L7exp6rience du proverbe”etLεsπα∫nイ6n』ys de1939(6)。Vu le changement d’attitude de Paulhan devant les hain−teny qu’a61ucid6SilvioYeschua(7),il nous semble dif且cile(le mettre au meme rang le texte de1913et celui de1939.

  Aselimiterautextede1913,0nnepeutpass’empecher(1evo廿quelachoseneva

pas aussi simplement(lue Guedj a voulu la concevoiL Si Paulhan admet le statut d’acte a l’6nonciation proverbiale,c’est en tant qu’elle est1’&cte de lutter,combattre,ou plus pr6cis6ment de vaincre ou de convaincre rinterlocuteur dans la discussion。Or,selon J.L.Austin et John R.Searle,convaincre est a consid6rer comme un acte perlocution− naire plut6t(lu’illocutionnaire(8).Dans ces conditions,serait−il certain que Paulhan af firme globalement1’ef6et perlocutionnaire de racte de convaincre qu’est l’6nonciation proverbiale,il n’entame nullement une analyse(16tail16e,par exemple,de la modalit6de

chaqueverbepouvantd6signerunactei110cutionnaire.N’est−ilpaspossibleaucontraire

(lue l’“autorit6”,le pouvoir persuasif de l’6nonc6proverbial tienne a une autre dimen一 (6) (7) (8)  Le texte des Hain−teny rephs dans les OEμv泥500配μ∼診ε5,t。II et auquel Guedj se r6驚re est celui de l939・Vbir les bibliographies6tablies par Jean−Claude Zylberstein(OE麗v泥5co〃zμ2館s,t.V,Pans,Tchou l Cercle du Livre pr6cieux,1970,p503),  Silvio Yeschua,“Jean Paulhan et les hain−teny:de1’6tude savante au r6cit initiatique”,Cαh’εr31εαη P躍h伽2:Jean Paulhan et Madagascar,1908−1910,Ga11imard,1982,p.338−356.Yeschua tente de f田re ressortir le cheminement de Paulhan qui,en1913,prenait une attitude objectivante devξmt les hain−teny,en r6duisξmt ainsi“1’obscurit6du ph6nomさne”(p.340),mais en1939parvient a tenir compte de l’obscurit6de la po6sie malgachejusqu’a“se rapproprier,1a figureちet retre plutδt que d’en parler”(p,346),ce quPattestent les“6tomements,e皿eurs et tatomements”(P。355)avec lesquels le livre de1939retrace rexp6rience des hain−teny. J.LAustin醐t“lesactesperlocutoires”co㎜e“actesquenousprovoquonsouaccomplissonspαrle fait de dire une chose”et6voque quelques exemples:“convaincre,persuader,empecher,et meme surprendre ou induire en erreur”,9照η44か8,c’ε∬血かε,traduction par Gilles Lane,Seuil,“Points”,1991,p.119。 Et Searle en adoptant la notion d’Austin:“A ces trois notions[actes d’6nonciation,actes propositionnels et actes illocutiomairesl,je voudrais maintenξmt句outer la notion47ααεP6rJoo副onnα’泥,propos6e par Austin.Si ron consi(1さre la notion d’acte illocutionnaire,il faut aussi consid6rer les cons6quences,les effets que de tels actes ont sur les actions,les pens6es ou les croyances,etc,des auditeurs.Par exemple,si je soutiens un argumentje peux persuader,ou convaincre mon interlocuteur;1...】”,Lε5ασεs4εZ伽8α86:essai de philosophie du langage,traduction par H61さne Pauchard,Pahs,Hennann,1988,P。62。        (236)

(5)

Eluard et la p0 sie malgache : un essai sur l'influence de Paulhan sur Eluard

26 CTakuya Fukuda]

sion qu'illocutionnaire?

2 . Le caract re citationnel du proverbe

Pour r6pondre cette question, envisageons le probl me de la provenance de l' "au-torit6" proverbiale. 11 nous semble 6vident qu'observer dans la joute de hain-teny le fait de convaincre l'interlocuteur, c'est- -dire, 1'effet perlocutionnaire de l"'autorit6" de l'6nonciation proverviale et examiner la provenance de cette "autorit " sont les deux choses tout fait diffe'rentes qu'on ne peut pas confondre. Or, c'est ce que semble faire

''

Guedj, en se d6terminant s'arr ter la force des mots" qui "sont des actes", ou "I'evidence poetique"(9) sans s'interroger sur la cause de cette "force", de cette

"6vi-dence" .

Paulhan, quant lui, tente de r6pondre cette question sans pour autant 1'examiner jusqu'au bout. Dans le sixi me chapitre de 1'introduction des Hain-teny merinas de 1 9 1 3 , intitul6 "L'autorit6 du hain-teny", Paulhan essaie de "rechercher d'oh lui vient

cet-te autorit6 et quels signes il est possible de la reconnaitre" (p.66). 11 est vrai qu' ces

questions, il a pu obtenir une r6ponse: c'est le nombre des proverbes que contient un

hain-teny consid6r6 comme un ensemble de vers proverbiaux et non-proverbiaux qui

d termine la joute: "Deux vieillards merinas qui discutent 6tayent de proverbes chacun de leurs raisonnements, et celui qui a cit6 1'appui de sa cause le plus grand nombre de proverbes 1'emporte" (p.70); ou bien comme dit la conclusion de 1'introduction: "L'art de discuter consiste d s lors citer l'appui de sa cause le plus grand nombre de <<grandes phrases >>, tout en les entourant, pour les mieux faire ressortir, de <<petites phrases >> attribu6es un adversaire" (p.74) Ies "grandes phrases" srgmfiant rcl les

( 9 ) "Les mots montrent, Ies mots prouvent, Ies mots sont des actes dont on ne peut mettre en doute

l'innocence et la force" (p.265). "Cette obstination d'Eluard [...] cerner au plus pr s la force des mots qui affirment une certitude dont on ne peut douter, c'est bien ce qu'Eluard appellera <<1'6vidence p06tique >>" (p. 265). "Ils [les mots] sont nantis d'un pouvoir autrement redoutable, celui de dire ce dont on ne peut douter, celui de dire et dans le meme temps d'affinner que ce que l'on dit existe [...]" (p.269), etc.

(6)

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: *j *53

I

(2009 l 7 I ) 27

proverbes. Alors, d'oti vient 1' "autorit6" et la force du proverbe m me? Pour donner

r ponse cette question, Paulhan 6tudie dans le sixi me chapitre deux hain-teny

(p.66-69). Voyons sommairement comment 1'observation de Paulhan porte sur eux, en citant un peu longuement les vers en question. L'un des deux hain-teny est celui oti "un homme d6sire une femme" (p.66). Paulhan envisage surtout ces vers-ci, 6nonc6s par 1'homme apr s des refus de la part de la femme:

" Peut- tre vous tiez-vous crue la grande roche, Que le ciseau n'entamera pas?

Peut-etre vous 6tiez-vous crue la grande roche, Que 1'eau n'entamera pas?

Ou vous tiez-vous crue les broussailles s ches, Que le feu ne bri lera pas?

Ou vous 6tiez-vous crue le coq couleur-du-sikidy, Que le fer ne menace pas?

Ou vous 6tiez-vous crue le taureau de terre glaise, Dont on ne visera pas les cornes?

Oti trouverez-vous

Le forgeron qui ne se brtilera pas ?

Oti trouverez-vous

Le porteur d'eau qui ne sera pas humide? Oti trouverez-vous

L'attiseur de feu qui ne sera pas en sueur? Oti trouverez-vous

Le marcheur qui ne se fatiguera pas?"

(p.39)

De ces neufs proverbes qui vainquent la femme, Paulhan dit que "les cinq premiers (234)

(7)

Eluard et la p0 sie malgache : un essai sur l'influence de Paulhan sur Eluard

28 CTakuya Fukuda]

proverbes sont pareils de forme et de sens" et que "les proverbes qui suivent, de forme diffe'rente, offrent le m me sens", Ie "sens"6tant icr. "<<Vous allez sans doute consentir; il faudra bien que vous acceptiez mon amour>>" (p.67). Dans le deuxi me hain-teny que

Paulhan analyse dans ce chapitre, "une femme veut rejeter la demande importune"

(p.69). Voici les cinq vers proverbiaux constituant son refus "convainquant":

L'oiseau blanc ne quitte pas les boeufs.

C'est dans les vall6es que se couchent les mousti ues. C'est dans les coudes des rivi res que se couchent les caimans . C'est en Ranavalomanjaka que se couchent les saluts.

C'est en moi, petite, que s'est couch6 1'esprit.

(p.29)

La signification contextuelle du premier proverbe est celle-ci: "J'ai de' j un ami que je ne puis quitter" (p.69), que vlennent "repeter sous quatre formes differentes" Ies vers

suivants .

Ainsi, Paulhan d6gage deux facteurs qui peuvent contribuer produire 1' "autorit6" du proverbe: Ia "r union", Ia r6p6tition de proverbes dont il souligne l'efficacit6

6nig-(10)

matique , et la structure syntaxique de la phrase proverbiale: "II faut donc supposer que tous ces proverbes ont une valeur, exercent une influence, plus peut- tre que par leur sens, par leur r6union meme et par leur forme de proverbes" (p.69). Notons que le "sens" des proverbes doit tre compris ici la lumi re de la notion benvenistienne de s6mantique: il s'agit d'un sens qui pr6suppose un ensemble chaque fois unique de cir-constances , de "notions toujours patuculamsees speclfiques crrconstanclelles"(12) " (11)

(lO) Du premier proverbe, Paulhan dit: "C'est un argument tr s simple, et que gagne-il a [sic] etre r6p t6 huit fois? Un raisonnement fin et juste perd souvent de sa valeur, si l'on s'accoutume l'entendre" (p.68). De meme, pour le deuxi me: "Etait-il n cessaire de r p6ter sous quatre formes diffe'rentes cette r6ponse tr s simple, [...]? Cela nous semble difficile admettre, et pourtant cela est" (p.69).

(8)

       東洋法学 第53巻第1号(2009年7月)      29 dans la mesure oU le meme6nonc6proverbial peut avoir deux significations contraires selon le contexte et1’6nonciateur(13).Mais comme nous1’avons vu,consid6r6dans son rapport avec I’“autorit6”des proverbes,1eur“sens”ne contribue pas au surgissement(1e 1’“autoht6”autantqueleur“fome”et“r6union”。C訂selonlui,1aforceduproverbeest ind6pendante(lu contexte et(1e r6nonciateur: Ce pouvoir(1es mots,de certains mots,est6trange:tous ces proverbes semblent avoir une force ind6pendante des chconstances dans les(luelles ils sont prononc6s et de la persome meme qui les prononce.       (P.69)   11est donc6vident que si Paulhan tient compte de la dimension s6mantique du proverbe,c’est−a−dire(lu fait quラ(≦noncer un proverbe est un acte de discours,il ne re− g肛depou銑antpassonillocutionn韻t6co㎜eproduisant1’e仔etperlocutionna廿e.   Malgr61es deux616ments qu’il a d6gag6s(stmcture syntagmatique et r6p6tition des proverbes),Paulhan tatonne encore comme pour trouver une r6ponse meilleure ou d6− finitive,comme s’ils6taient insu伍sants pour expliquer la provenance de1’“autorit6”: [...]leproverbealamemeautodt6,qu’ilviennede1’hommeoudelafe㎜e:1’un ou1’autre triomphe,non pas tant parce que les proverbes se rattachent a sa cause et montrent,surun point pr6cis,son bon droit,que parce qu少il a su les citer,et que ce sont des proverbes,et que les avoir dits prouve sa science(1es paroles.        (P.69−70) Ensuite,il rapproche les proverbes des“fo㎜ules magiques”et des“mots abstraits” (11) Emile Benveniste,Pハoわ諺η28s48伽8麗醜’gμθ86η6雌」811,Gallimard,p.226. (12)伽4.,P.228. (13)V・ir酪∬α∫n一町溺6r∫nαs,・P.cケ.,P.68et69. (232)

(9)

    Eluard et la po6sie malgache un essai sur1’influence de Paulhan sur Eluard 30      〔Takuya Fukuda〕 Ainsi,il a cert2血ement d6gag6quelques616ments pouvant produire1’“autorit6’:forme syntagmatique,r6p6tition(1es6nonc6s proverbiaux,acte de citation,proverbialit6du proverbe et“science des paroles”.Mais il s’arrete la,il abandome tous ces616ments sans les approfondir,s’abstenant de conclure d6finitivement sur cette matiさre.N6an− moins,il ne semble pas tout a fait impossible de releverpam亘ces616ments qui peuvent etre autant d’origines du pouvoir proverbial deux616ments privi16gi6s,ne f丘t−ce que sourdement:citation et“science des paroles’ノ。En effet,il semble que l’int6ret implicite de Paunlan a cette(lpoque porte sur la notion de citation et le caract己re co㎜un,co1− lectif du proverbe。Dans la page70,aprさs avoir pr6sent61es616ments pouvant provo− quer le pouvoir persuasif,i1ε“oute:

11estco㎜undevoirdeuxjeunesgensdisputerd’unequestiond’int6ret,d’amour,

de coutumes。Un vieillard,intervenant,1eur cite un seul proverbe,puis,ayant ainsi rappe161a v(lht6traditionnelle,se tait。Et les deux adversaires,reconnaissant rau− torit6du proverbe,se taisent aussi et ob6issent。 conme s’il voulait faire ressortir a son insu1’aspect“住aditionnel”,conventionnel de la prati(lue proverbiale,congue co㎜e acte citationnel qui consiste a r6P{≦ter les6noncia−

tionsant6rieures,af血eappelaux6nonc6sd6pos6sdanslesavoirco㎜un(14),etcela,

aux d6pens de1’unicit6de1’acte de discours,comme si la remarque de Dominique (14) Sur ce point,il est significatif qu’en parlant du jeu citationnel et transformatif des proverbes dans le    qua朧mechapiαedel’in甘・ducd・n(“Leversmennaetlesl・isdec・mp・siti・ndesh田n−teny’ジ),Paumm    ne s’interdise pas de se(lemander db血vient la“valeur singuliさre”du proverbe,Il s’agit pr6cis6ment du    pre皿亘er hain−teny que nous avons cit6au−dessus: Le hain−teny VII de la discussion que j’ai cit6e,notamment,pr6sente une suite de dix−huit vers qui ne sontque lar6p6tition,sous des fomes議peine di価6rentes,de deux proverbes.Etlaquestion se poserait,sansdoute,desav・ird’・血vientaupr・verbesavaleursinguHさre,etquellessontlesl・isde sonワthme:je ne raborderai pas ici.        (P57)

(10)

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Maingueneau sur 1"'autorit6" du proverbe pr6sentait une r6ponse au questionnement de Paulhan :

[...] les proverbes appartiennent au stock de savoir partag par l'ensemble de la comnrunaut Iinguistique [...] ; ce sont m me les seuls nonc s qui au m me titre que le lexique soient cens6s connus de tous les locuteurs d'une langue. C'est d'ail-leurs cela qui confe're sa force au proverbe: alors que les citations d'autorit6 habi-tuelles sont rapport es des sources particuli res (1e Christ, tel savant, tel

philoso-phe, etc.) 1'autorit6 qui valide le proverbe coincide en droit avec l'ensemble des 10cuteurs d'une langue, ind6pendamment de toute sp6cification sociale ou

tempo-relle . (15)

Nous sommes donc enclin relever conune suscitant la valeur perlocutionnaire de 1' nonc6 proverbial son caract re citationnel et sa collectivit plut6t que son aspect illo-cutionnaire.

L'int r t implicite de Paulhan pour la nature citationnelle du proverbe n'est pas sans nous rappeler la remarque de Benveniste sur le hain-teny:

Dans la joute verbale pratiqu6e chez diffe'rents peuples et dont une vari t6 typique est le hain-teny des Merinas, il ne s'agit en r alit6 ni de dialogue ni d'6nonciation. Aucun des deux partenaires ne s'6nonce: tout consiste en proverbes cit6s et en contre-proverbes contre-cit6s. 11 n'y a pas une seule r6fe'rence explicite I'obj et du

debat. Celui des deux jouteurs qui dispose du plus grand stock de proverbes, ou qui en fait l'usage le plus adroit, Ie plus malicieux, Ie moins pr6vu met l'autre quia et il est proclam6 vainqueur. (16)

(15) Dominique Mangueneau, L'Enonciation en linguistique fran ais, Hachette, 1 99 1 , p. 121 .

( 16) op. cit. , p.85 .

(11)

32 Eluard et la po6sie malgache un essai sur l’influence(1e Paulhan sur Eluar(1        〔Takuya Fukuda〕   Benveniste d6nie ainsi le statut d’6nonciation au hain−teny,en ce qu7il est d6nu6du “besoin de r6f6rer par le(1iscours”comme“condition meme de cette mobilisation et de cette appropriation de la langue”,d6nu6de“1ar6f6rence”comme“partie int6grante de

1’6nonciation”(17),vueapp肛e㎜entdi任6rentecepend㎝tdecelledePaulhanpourqui

citer des proverbes reste un geste appartenant au domaine de la s6mantique,une“mise en fonctionnement de la langue par un acte individue1(1’utilisation”(18),un dialogue,si− non avec1’interlocuteur,avec des textes ant6rieurs que sont des proverbes,bien que l’aspect citationnel du hain−teny soit accenU16.11s7ensuit que ce qui caract6rise la posi− tion de Paulhan est1’ambigult6de son attitude devant1’“autorit6”du proverbe:d’une part,il affi㎜e1’aspect s6mantique et(1iscursif de la p㎞’ase proverbiale,ainsi(lue son statut d’acte perlocutiomaire de convaincre;mais d’autre part,il a1’air de tenir au ca− ractさre citationnel ou traditionne1(1u proverbe。

  Danscesconditions,ilestprobablequelaconceptionpaulhaniemeduproverbesem−

ble assez proche de celle de H。Meschomic,dans la mesure oむtous les deux,f合t−ce implicitement quant a Paulhan,recomaissent dans le proverbe“la40加n副on du dit sur une situationゑa dire qui mobilise le langage”(19)et en meme temps un acte de dis− cours.C7est sans doute pour tenir compte de ce double aspect,r6p6titif et6nonciatif que Meschomic insiste sur les concepts de1’6nonciation et de la“r6−6nonciaition”du proverbe:“[_]1e proverbe,comme en cela le po色me,est une activit6de langage,un acte de discours dont le r6f6rent est1’(≦nonciateur et le r6一(5nonciateur dans leur rapPort aunesituation.L’6nonciationco㎜econs㎝ctiondelar6−6nonciationestler6f6rent.”(20) Donc,r6nonciation proverbiale serait to両ours une“r6−6nonciation”。Sous une autre op.

tique,Dominique Mangueneau dit,en se toumant peut−etre vers ce carac−

t己re double du proverbe,que1’analyse de ce type d’6nonc6implique“une distincton (17)伽4.,P.82. (18)乃’4.,P.80. (19)He面Meschomic,“Lesproverbes,actesdediscours”,dansPo4s∫8蹴5吻onsε,Gallimard,1978,p.155. (20)1厩,P.151.

(12)

: 53 I (2009 7 ) 33 entre 6nonciateur et asserteur". Selon elle,- "lorsque quelqu'un dit un proverbe, par exemple Tel p re, telfils, il accomplit un acte de discours singulier: il pose une assertion qu'il donne pour valid6e par une entit6 aux contours ind6finis, Ia <<sagesse des nations >>, pr6sentant son dire comme 1'6cho d'un nombre illimit6 d'6nonciations ant6rieures." (21) Ensuite, elle nuance les choses, en disant: "La subtilit6 de la chose , c'est que ce ON qui est 1'asserteur du proverbe ne peut pas tre consid6r6 comme une instance vraiment distincte de 1'6nonciateur, car ce dernier fait partie de la communaut6 Iinguistique." (22)

Ainsi, nous avons pu d6gager une instance caract ristique de 1'6nonciation prover-biale ou I enoncrateur et le "re enoncrateur" ou l'asserteur ne se distinguent pas nette-ment et que refl te l'attitude ambigu6 du Paulhan de 1 9 1 3 devant le hain-teny. Et c'est pr6cis6ment ce niveau, c'est- -dire, dans ce caract re double de 1' nonciation du proverbe (en m me temps acte de discours chaque fois unique, et r6p tition) que nous cherche-rons le contact des deux recherches, th 0rique de Paulhan et p06tique d'Eluard, et 1'influence qu'a pu exercer le premier sur le dernier.

3 . P06sie malgache et p0 sie 6luardienne

Le lien qui s' tablit entre Paulhan et Eluard en mati re de la nature double de 1'6non-ciation proverbiale se traduit par la parent6 de la p06sie malgagche dont Les Hain-teny merinas fait 6tat du processus producteur et de 1'activit6 p06tique d'Eluard de 1 9 1 8, qui proc de, nous l'avons vu, par retournement de formes ou d' nonc6s pr existants .

L'analyse du processus producteur du hain-teny se trouve dans le chapitre IV de 1'in-troduction des Hain-teny merinas: "Le vers merinas et les lois de composition des teny" . Dans cette approche, Paulhan explicite que 1'essentiel de 1'enfantement du hain-teny consiste dans la transformation de 1'6nonc6-mod le qu'est le proverbe:

L'on peut imaginer une langue dont les deux ou trois cents phrases rythm6es, Ies

(21) op.cit., p.120.

(22) Ibid., p.121.

(13)

34

Eluard et la p0 sie malgache un essai sur 1'influence de Paulhan sur Eluard

CTakuya Fukuda]

quatre ou cinq cents vers types seraient fix6s pour toujours, transmis sans modifi-cation par la tradition orale: 1'invention p06tique consisterait d s lors, prenant , ces

vers pour mod les, cr6er leur image d'autres vers de forme pareille, ayant

m me rythme, m me structure, et, dans la mesure du possible, meme sens. L'on

aurait ainsi une id e tr s approch6e de ce qu'est la p06sie malgache: ses vers sont les exemples", Ies proverbes; ses p06sies, imagin6es 1'imitation des "mots-exemples", Ies reproduisant des centaines d'exemplaires nouveaux, Ies d6velop-pant ou abr6geant, Ies entourant de phrases diffe'remment rythm6es qui les feront mieux ressortir, sont les hain-teny (p.52-53)

I1 est 6vident que "I'invention p06tique", relat6e dans ces lignes de Paulhan, qui proc de en transformant des phrases-mod les, des "mots-exemples", est tr s proche de la pratique du retournement laquelle Eluard s'adonnait en 1 9 1 8 . La parent6 de 1'exer-cice de la p0 sie malgache ainsi d6crit avec le proc6d6 6luardien de r 6criture est d'au-tant plus frappante que le p0 te lui-m me mentionne le proverbe et sa pratique de "d6veloppement" dans la lettre du 1 7 j anvier 1 9 1 9 adress6e Gonon:

Je fars ce que J al fait dans les Poemes pour la Palx "en mieux" (!) "en beaucoup

mieux"[.] Je d6veloppe mes onze p0 mes. J'esp re que v[ou]s aurez bient6t le

bonheur, Ia grande joie d'en lire une s6rie.

Je fais des p0 mes, et des proverbes (c'est TRES difficile!) et des embryons de doctrines et des d finitions . J'6cris le livre que j 'ai toujours r v6, depuis ma

nour-rice. (23)

Citons encore le passage de Paulhan r6capitulant 1'argument du chapitre en question oh il s'agit pr cis6ment du "d6veloppement" : "le hain-teny Lest] un d6veloppement, et,

(14)

:

53

*i

* I = (2009

7 Fl ) 35

en quelque sorte, une illustration du proverbe, 616ment traditionnel et primitif de la langue p06tique malgache" (p.57-58).

Notre propos ne se limite pas cependant cette remarque de la parent6 entre les re-cherches de Paulhan et d'Eluard en mati re du proc6d6 de l'6criture: il faut voir dans ce chapitre sur le m6canisme (re) productif de la p06sie de'=j annonc6 Ie probl me plus fondamental de 1'opposition entre 1'individuel et le collectif, "I'invention p06tique" et 1 element traditionnel et primitif'. En 6tudiant dans 1'appendice de 1'anthologie de 1 9 1 3 ,'' ' '

les quatorze teny similaires oh r6appara^rt plus ou moins d6form6 Ie m me hain-teny, Paulhan a pu distinguer la part individuelle et la part collective et traditionnelle du

hain-teny:

Une telle r6union de variantes de la meme p06sie, [・・・], doit permettre de distin-guer ce qui est, dans le hain-teny, Ia part de l'invention personnelle du r6citant, et ce

qui est la trame essentielle, donn e par la tradition. Or cette trame est ici cons-titu6e par un proverbe, tant6t seulement 6voqu, tant6t cit6 en son entier (p.406).

Il d coule de cette constatation que le sujet p06tique malgache a toujours besoin de recourir l'el6ment traditionnel, au proverbe constituant 1' "unit6 profonde" des hain-teny similaires pour parler, pour fairre la p06sie. On retrouve donc ici la relation enfant-p re inh6rente 1'6criture enfant-p06tique, constat e lors de notre 6tude sur la enfant-pratique inter-textuelle d'Eluard portant sur le texte biblique. Ici autant que ia, il est question du statut

6nonciatif du sujet p06tique, de son existence singuli re face la tradition, 1'ensemble des 6nonc6s d6pos6s dans le r6pertoire commun, collectif, et en fin de compte la langue en g6n ral.

Nous avons ainsi observ que selon Paulhan de l'introduction des Hain-teny merinas, 1'6nonciation proverbiale de la p06sie malgache, Ioin d'etre r6ductible son aspect illo-cutionnaire ou performatif, ni sa nature citationnelle ou traditionnelle, est marqu6 par

(15)

Eluard et la p0 sie malgache : un essal sur I mfluence de Paulhan sur Eluard

36 CTakuya Fukuda]

un double caract re: elle doit etre consid6r6e la fois comme acte d'6nonciation et comme acte de citation ou de transformation. La p06sie malgache ainsi d6finie s'appa-rente, n'en pas douter, la pratique du retournement qu'Eluard a effectu6e en 1 9 1 8 , et

cela, non seulement par la similitude des proc d6s mais par le fait que dans les deux pratiques p06tiques malgache et 6luardienne, 1'individuel ou le singulier ne s'affirme que par recours au collectif ou 1'universel. 11 est tentant, pour terminer, de supposer entre les deux proc6d6s un rapport intertextuel autre qu'une simple parent6, de penser au titre d'hypoth se que la p0 sie proverbiale des merinas, rapport6e et expliqu e par Paulhan, d6termine d'une certaine fa90n la pratique de la transfonnation effectu6e par Eluard. 11 nous semble du moins certain que le p0 te a pu lire 1'anthologie parue en

1913, comme, par exemple, Andr6 Breton qu'a "enchant6" "la traduction de p0 mes

malgaches" (24)

- <7 f,_-< 1 -

f

(24) Il s'agit d'un passage d'une lettre d'Andr6 Breton cit6 par Annie Padiou dans une lettre adress e

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